"Exposition en prison et hiérarchie morale des publics empêchés"

Corinne Rostaing 1 Caroline Touraut 2
2 DAP
CMW - Centre Max Weber
Résumé : Les actions artistiques et culturelles ne cessent de se développer ces dernières années en prison. A l’initiative d’artistes, d’associations culturelles, de bibliothèques, de troupes théâtrales ou de musées, elles s’appuient sur de nombreux supports (lecture, théâtre, arts plastiques, danse, écriture, photographie, musique, vidéo…) et prennent des formes très diversifiées (expositions, ateliers, spectacles, conférences, films…). Dans les actions menées en prison, il ne s’agit pas de faire venir le public au musée mais bien d’aller à la rencontre des publics considérés à la fois comme matériellement « empêchés » par l’incarcération d’y avoir accès et « éloignés » de la culture « cultivée » des catégories sociales favorisées. Les détenus, issus majoritairement des catégories les plus défavorisées, font partie des publics cibles, comme l’ont été les classes populaires lors du déploiement de la politique culturelle en France (Dubois, 1999). Les musées, soumis aussi à d’importantes contraintes financières, ont cherché à élargir leur public (Zolberg, 1983) et se sont engagés dans un mouvement de démocratisation culturelle, c'est-à-dire d’un accès plus large de tous à des œuvres culturelles. Comment se passe alors la rencontre entre deux mondes sociaux aussi différents. Sur quelles définitions des « publics » les actions muséales en milieu carcéral reposent-elles ? Les représentations des personnels muséaux, souvent éloignés du monde carcéral, ne posent-elles pas un regard fragmentaire sur le public carcéral ? C’est à partir d’une enquête ethnographique sur une action d’envergure initiée en 2010 par un musée de renommée internationale au sein d’un établissement pénitentiaire pour longues peines que seront interrogées les représentations développées par les concepteurs de ce projet sur la notion de publics. Dans une perspective interactionniste qui prend en compte l’ensemble des relations sociales qui se sont tissés entre les multiples contributeurs à ce dispositif, nous étudierons dans quelle mesure la rencontre entre deux mondes aussi différents, le monde carcéral et celui de l’art, permet l’ouverture réciproque des institutions. Nous analyserons comment elle redéfinit les classifications - ces principes d'identification qui permettent aux personnes de se penser dans la société et de penser le monde (Douglas, 1999) et nécessite un travail d’ajustement incessant pour la réalisation d’une telle action. En s’inspirant de la « hiérarchie des crédibilités » (Becker, 2006), nous analyserons ensuite en quoi elle est aussi susceptible de générer une hiérarchisation des légitimités entre les publics , lorsque seuls certains publics deviennent la cible privilégiée des actions. L’analyse des processus de construction de la notion de publics interroge sous un autre jour les porosités du mode carcéral avec son environnement et permet de se demander si le développement des activités culturelles en détention participe pleinement à une ouverture de la prison.
Type de document :
Article dans une revue
Culture et Musées, Actes Sud, 2016, Dans les murs/hors les murs. Cutlure et publics empêchés
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Contributeur : Corinne Rostaing <>
Soumis le : mercredi 6 avril 2016 - 17:44:30
Dernière modification le : dimanche 15 octobre 2017 - 22:44:16

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  • HAL Id : halshs-01297606, version 1

Citation

Corinne Rostaing, Caroline Touraut. "Exposition en prison et hiérarchie morale des publics empêchés". Culture et Musées, Actes Sud, 2016, Dans les murs/hors les murs. Cutlure et publics empêchés. 〈halshs-01297606〉

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