Nicolas Le Floch : un policier pas comme les autres ?

Résumé : L’adaptation d’un héros romanesque et de sa geste à la télévision, qui plus est dans le cadre d’une série, met ordinairement au jour un certain nombre de stratégies et de choix narratifs que l’on peut interpréter selon différents impératifs télégéniques ou scénaristiques. Nicolas Le Floch, né sous la plume de Jean-François Parot, évoluant dans un Paris « vraisemblable » et documenté du XVIIIe siècle, connaît ainsi une re-naissance télévisuelle depuis 2008 avec la série éponyme diffusée sur France 2 dans sa case « policier » du vendredi soir, celle des PJ, Avocats et associés et autres Central nuit. Clairement inscrite dans le genre policier par cette programmation, cette fiction historique a opéré une redéfinition, au fil des épisodes puis à la faveur de son émancipation de l’écrit romanesque, du héros et de ses adjuvants. C’est la construction de cet avatar télévisuel qui nous occupera dans le présent chapitre. Cette question peut être abordée sous des angles multiples et notre choix s’est arrêté sur la manifestation de l’« expertise » dans une large acception et sur le statut de l’« expert », de l’« homme de l’art », défini ici comme un spécialiste appelé à émettre un avis technique sur une question donnée et dont les compétences sont issues d’un savoir éprouvé. Certes, une interrogation concernant l’expertise médico-légale avant la lettre nous semble tout à fait pertinente en ce qu’elle se situe pleinement dans une forme d’archéologie scientifique, tout en posant le héros face à des compétences qui lui étaient inconnues dans les romans. Le bourreau Sanson et le chirurgien de marine Semacgus, les sachants, les savants, tendent ainsi à s’effacer dans la série télévisée, venant le plus souvent confirmer, tout au plus compléter ce que Nicolas, avait déjà constaté. Cependant, il nous apparaît éclairant de poser, au-delà de la seule « expertise médico-légale » devenue un des attributs du policier télévisé, d’autres types de savoirs. En ce sens, le procureur Noblecourt constitue un adjuvant de taille par sa connaissance des us et coutumes de la cour et par son « expertise sociale » au sens large (lecture des blasons par exemple). Fils du peuple et pourtant d’ascendance aristocratique, esprit éclairé, préférant la preuve à l’aveu arraché sous la torture, Nicolas Le Floch, dans les romans comme dans la série, serait un héros historique en surface, mais contemporain en profondeur. Par ailleurs, la notion d’« expertise » ne se limite pas au seul champ de l’enquête policière : le lecteur, puis le téléspecteur ne peuvent qu’être frappés par la multiplication des recettes de cuisine insérées dans les dialogues. Qu’il s’agisse de Catherine, des tenancières de restaurants ou du procureur Noblecourt, les discussions culinaires sont foison et participent aussi de l’éducation du héros tout en manifestant encore la vraisemblance historique. C’est donc à travers cette circulation des savoirs, de leurs manifestations discursives et de leur(s) incarnation(s) que se construit cette réflexion, dans une volonté de questionner les contours d’une adaptation télévisuelle mais aussi les traits du héros policier contemporain, fût-il né en 1738.
Type de document :
Chapitre d'ouvrage
Bernard Papin; Geneviève Landié; Alain Sebbah. Nicolas Le Floch, un "expert" au temps des Lumières, L'Harmattan, pp.131-151, 2014, 978-2-343-04230-5
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Contributeur : Séverine Barthes <>
Soumis le : mardi 29 mars 2016 - 22:10:07
Dernière modification le : vendredi 23 juin 2017 - 03:46:58

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Séverine Barthes, Émeline Seignobos. Nicolas Le Floch : un policier pas comme les autres ?. Bernard Papin; Geneviève Landié; Alain Sebbah. Nicolas Le Floch, un "expert" au temps des Lumières, L'Harmattan, pp.131-151, 2014, 978-2-343-04230-5. <halshs-01294815>

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