Les régimes de visibilité de Pyongyang : Pour une "topo-politique" de la distance (article complet)

Résumé : Nous avons déjà étudié la manière dont l’imaginaire du régime nord-coréen s’est projeté dans l’espace de Pyongyang depuis la libération jusqu’à nos jours, proposant une topo-mythanalyse de la capitale qui non seulement relevait les structures visibles (perspectives), mais aussi des axes plus symboliques révélés par l’analyse diachronique. Nous y lisions non seulement la mythologie officielle, sous la forme d’un discours théologal, mais nous avions aussi pu définir le régime d’imaginaire dominant (sous l’aspect de la mythodologie durandienne). Nous nous étions cependant attachés aux monuments-clés de la reconstruction urbaine d’après-guerre, sans avoir pu, faute de place, expliquer quels étaient les critères qui nous avaient permis de constituer ce corpus. Notre sélection procédait en fait d’une analyse des guides touristiques, coréens comme étrangers, mais aussi des programmes des agences de voyages, officielles ou privées, proposant des séjours dans la capitale. Nous y avons décelé un tapsa ou périple touristique contemporain mettant en avant un certain nombre de lieux-symboles, et qui a ordonné notre topo-mythanalyse. L’étude a cependant relevé des non-lieux, ou plus précisément des hétérotopies (Foucault), des lieux non-visités, non-visitables, cachés parfois même des citoyens nord-coréens. Nous avons ainsi relevé une autre topologie, constituée de ces espaces non-visibles, voire in-visibles, et de statuts intermédiaires. Certains monuments sont ainsi visibles de l’extérieur, mais non visitables (certains musées, pendant longtemps l’hôtel Ryugyong, etc.). Dans le cas de cet hôtel, son statut a varié et évolué avec le temps, ce qui nous a introduits à la question de la diachronie de la visibilité. Pendant longtemps, l’hôtel était visible, mais d’une certaine distance uniquement. Cet élément, croisé à d’autres indices, nous amène à considérer la notion de distance comme fondatrice de l’ordre spectaculaire, tout particulièrement dans l’espace urbain : il y a, comme dans les relations matrimoniales en anthropologie, une « distance convenable » dans la scopie de la ville moderne. L’urbanisme moderne n’est-il pas, avec entre autres ses notions de « perspective » et de « monument », une toponomie de la distance adéquate à la spectacularité, entendue à la fois comme mise en scène et spectacle debordien ? Rappelons que le spectacle selon Debord est entendu comme rapport social médiatisé par des images. Dans notre contexte, il serait rapport social médiatisé par des lieux et monuments mis en espace. On se rend compte qu’à Pyongyang, il y a toute une dialectique de la distance aux lieux, et qu’elle est déterminée par le statut des spectateurs (visiteurs ou citoyens). Il y a ainsi différents régimes de visibilité (Lussault) selon que l’on est simple touriste ou journaliste, résident étranger, simple citoyen ou apparatchik, et que ces régimes sont eux-mêmes variables dans le temps. C’est l’étude de ces régimes de visibilité des monuments et lieux de mémoire de Pyongyang que nous souhaitons engager dans cette présentation, afin de déceler les rapports (sociaux, socio-politiques, voire géo-politiques) qu’ils structurent et leur rôle comme stratégie et outil de contrôle.
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Contributeur : Benjamin Joinau <>
Soumis le : lundi 22 février 2016 - 17:39:22
Dernière modification le : mercredi 28 septembre 2016 - 15:53:43
Document(s) archivé(s) le : lundi 23 mai 2016 - 10:41:36

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Benjamin Joinau. Les régimes de visibilité de Pyongyang : Pour une "topo-politique" de la distance (article complet). 2016. <halshs-01276216>

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