Guerre et progrès chez les Gaulois : une relation ambiguë

Résumé : cette proposition d’interprétation des données archéologiques repose sur une lecture à contretemps de l’histoire, partant des périodes pour lesquelles les sources textuelles antiques évoquant des conflits impliquant les Gaulois sont les plus précises et les plus abondantes pour accéder progressivement aux périodes moins documentées, où le palimpseste du temps n’a conservé que des bribes, puis aux périodes les plus anciennes qui n’existent qu’à travers les vestiges archéologiques. ainsi, l’époque augustéenne, caractérisée par la mise en place de la pax romana, ne peut pas être considérée comme une période d’état de guerre organisé ou subi par les Gaulois. La conquête est terminée, les cités gauloises ont intégré l’empire romain et se plient, bon gré mal gré, à ce nouvel ordre. Les révoltes rapidement étouffées par les armées romaines n’ont rien de comparable à la mobilisation observée à la période précédente, marquée par la conquête de césar (c. 80-30 av. J.-c., La tène D2). Face à cette menace, les cités gauloises indépendantes entrent dans un état de guerre subi, marqué par la préparation dans l’urgence de remparts massifs pour défendre les oppida, ainsi que par l’équipement avec des armes peu coûteuses du maximum de combattants. cet état de guerre subi succède à une longue période d’accalmie (c. 275-80 av. J.-c., La tène c à La tène D1). seule l’élite guerrière traditionnelle est représentée comme telle dans la mort et son équipement témoigne d’une grande stabilité technique. L’abondance des dépôts d’armes dans les sanctuaires montre que cette élite gère physiquement et symboliquement le désarmement d’une partie de la population. cette situation contraste avec celle qui est observée à la fin du iVe et durant la première moitié du iiie siècle (c. 320-275 av. J.-c., La tène b2). Les élites gauloises mettent à l’oeuvre un véritable état de guerre organisé qui peut être mis en relation avec l’expansion des peuples gaulois vers les balkans et en Grèce, mais aussi, sans doute, avec l’existence de conflits locaux. en effet, ces expéditions ne sont pas toujours victorieuses et ont dû avoir pour conséquence le retour de nombreux guerriers dans leurs territoires d’origine. La capacité d’innovation des artisans gaulois est mise au service de la préparation de ces campagnes. Les progrès techniques sont nombreux et concernent à la fois la protection du guerrier par la généralisation du bouclier à coque de protection métallique et l’apparition de la cotte de maille que son efficacité de déplacement au combat avec l’invention du ceinturon métallique. Les armes sont d’une grande qualité technique et sont souvent doublées d’une charge décorative qui nécessite là encore temps et savoir-faire. Les panoplies sont standardisées et attestent des différentes catégories de guerriers mobilisées par les armées gauloises. cet état de guerre organisé apparaît d’autant plus distinctement qu’il succède à une courte période d’accalmie (c. 380-320 av. J.-c., La tène b1), identifiable une nouvelle fois essentiellement par une proportion de tombes de guerriers plus faible et la stabilité technique des armes. La période précédente (c. 530-380, hallstatt D2 à La tène a) présente une situation plus complexe. Les proportions globales de sépultures de guerriers demeurent relativement stables. cependant, leur répartition géographique et l’émergence de troupes plus légères suggèrent des périodes d’instabilité. L’armement témoigne d’une multiplication d’innovations techniques (épées en fer de bonne qualité, fourreau en tôle de fer, bouclier à élément de protection métallique, char à deux roues). Par comparaison avec les deux principaux épisodes guerriers identifiés postérieurement et qui se caractérisent par de brusques changements techniques (cf. supra) l’existence de conflits armés peut être postulée. Les premières sources textuelles et les découvertes archéologiques évoquent pour le Ve siècle une présence celte certaine en europe centrale, le long du Danube. elles permettent également de situer entre la fin du Ve siècle et le début du iVe siècle la principale phase d’expansion des celtes en italie du nord. Pour nos régions, les instabilités locales, suite à la mise en place, à la contestation et à la disparition du système princier, puis la préparation des grandes expéditions vers l’italie et l’europe centrale, qui peuvent servir d’exutoires à ces tensions, permettent d’expliquer les phénomènes observés et l’ampleur des progrès techniques réalisés dans le domaine de l’armement. La très faible quantité d’armes, voire leur absence totale dans certaines régions, remarquable à la période précédente (c. 620-530 av. J.-c. hallstatt D1) apparaît d’autant plus délicate à interpréter que plus aucune source textuelle ne peut être mobilisée. cette situation succède à une longue période, marquée par les premiers développements de la métallurgie du fer. cette innovation majeure représente un immense progrès technique et est d’abord exploitée au bénéfice de l’armement. Les tombes de guerriers, relativement nombreuses, arborent épées en fer qui viennent concurrencer de manière irrémédiable l’armement en bronze. s’il est difficile de mettre cette innovation en relation avec un quelconque état de guerre, il inaugure néanmoins plusieurs siècles de recherches techniques et fonctionnelles, mises au profit des élites guerrières gérant des conflits qu’elles auront ou non sollicités.
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Contributor : Sophie Desbois-Garcia <>
Submitted on : Thursday, February 11, 2016 - 12:03:14 PM
Last modification on : Thursday, November 29, 2018 - 4:53:38 PM
Document(s) archivé(s) le : Saturday, November 12, 2016 - 5:41:37 PM

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Gérard Bataille, Jenny Kaurin, Stéphane Marion. Guerre et progrès chez les Gaulois : une relation ambiguë. Conflits et progrès scientifiques et techniques en Lorraine à travers les siècles / Actes du colloque des 17 et 18 octobre 2014, Edhisto, pp.115-140, 2015. ⟨halshs-01272638⟩

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