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Conference papers

Des cartes mentales pour lire l'imaginaire

Abstract : Les cartes mentales, définies par Staszak comme l'« expression cartographique d’une représentation subjective de l’espace » (Staszak 2003, 132), sont des outils mobilisés en géographie pour appréhender l’espace vécu des individus ou des groupes sociaux, leurs imaginaires et leurs pratiques. Introduites dans la géographie anglo-saxonne dans les années 1970, elles ont d’abord trouvé application dans un milieu urbain (Lynch 1976), avant d’être mobilisées pour analyser les perceptions et représentations de l'espace dans des milieux ruraux et montagnards (André 1989), ou comme clés de lecture en géographie politique (Guillorel, 1990). Souvent présentées comme des outils de la géographie « par le bas » (Bailly 1990, 13), elles semblent être un exercice à la portée de tous, comme le montrent les travaux s’appuyant sur des cartes mentales réalisées par des enfants (Duhamel et Deprest 1993 ; Fournand 2003). Cependant, l’utilisation de la carte mentale se révèle plus complexe pour le chercheur qu'elle ne le semble au premier abord, et ce en amont comme en aval de sa production : en amont, comment formuler la demande, quels mots utiliser, quels mots éviter ? En aval, une fois que la carte se trouve entre les mains du chercheur, comment l’analyser, quelle grille de lecture adopter ? Pour incarner cette complexité lors d'une expérience partagée, nous proposerons aux membres du public de réaliser une carte mentale d'après une consigne précise, afin qu'ensemble nous débattions des imaginaires qu’elles révèlent et des grilles d'interprétation possibles. Cette démarche sera enrichie par nos pratiques personnelles, et nous témoignerons à trois voix de nos utilisations de cet outil dans des contextes de recherche différents. Dans l'Ouest du Montana, territoire de la Wilderness dans les imaginaires, et emblématique des dynamiques de retour à la nature, les cartes mentales ont été utilisées dans le cadre d'entretiens conduits avec les nouveaux habitants d'une part et les populations déjà en place d'autre part : en dessinant leurs lieux de vie, ils ont pu exprimer en images leurs relations spécifiques à l'environnement, dont la lecture s'avère révélatrice des processus inégalitaires que connaît actuellement le New West. En Limousin, plus particulièrement sur le plateau de Millevaches, les cartes mentales ont été utilisées pour saisir les représentations et les pratiques des nouveaux habitants. Leur analyse a permis d’appréhender un imaginaire spatial propre aux nouvelles populations qui, par leur pratiques et relations sociales, structurent un nouvel espace. En Polynésie française, l’utilisation des cartes mentales dans le cadre d’enquêtes qualitatives menées auprès des habitants et des décideurs a permis l’exploration des représentations plurielles des Tuamotu face au changement climatique. Les cartes mentales révèlent un imaginaire géographique d’espaces et de groupes sociaux vulnérables qui peuvent susciter des formes de gouvernance inadaptées, à l’image de l’expression « réfugiés climatiques » pour le Pacifique (McAdam, 2013). Après avoir proposé, mais aussi mis à l'épreuve, nos grilles d'interprétation telles qu'elles ont été construites dans nos recherches respectives, il s'agira enfin de souligner les difficultés et biais que nous avons pu rencontrer dans l'analyse et auxquels risque d'être confronté tout chercheur face aux cartes mentales. Ainsi, quels rôles jouent les représentations véhiculées massivement par les media dans le façonnement de ces imaginaires ? A titre d’exemple, les clichés (au sens propre et figuré) au sujet des îles menacées sont véhiculés par « une coalition hétéroclite d’experts, d’activistes, de journalistes, de célébrités ou d’hommes politiques » (Gay, 2014). Ensuite, si la carte mentale est en soi un exercice individuel, comment pour autant faire la part de ce qui relève de l'individuel et de ce qui relève du collectif, entre la détermination du groupe social d'appartenance et les éléments propres au biographique, entre imaginaire personnel et imaginaire partagé ? L’appartenance sociale pose par ailleurs un autre problème : en effet, réaliser une carte mentale est un exercice auquel les individus se prêtent avec plus ou moins de facilité. Tandis que certains de nos enquêtés ont réalisé avec soin des cartes très détaillées, d’autres ont exprimé leur incapacité face à cette forme de représentation ou ont refusé l’expérience : la capacité d’abstraction et d'expression que requiert une carte mentale en fait-elle un outil socialement discriminant ?
Document type :
Conference papers
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01230705
Contributor : Emilie Chevalier <>
Submitted on : Wednesday, November 18, 2015 - 7:48:47 PM
Last modification on : Wednesday, March 4, 2020 - 12:22:19 PM

Identifiers

  • HAL Id : halshs-01230705, version 1

Citation

Greta Tommasi, Gabrielle Saumon, Emilie Chevalier. Des cartes mentales pour lire l'imaginaire. Festival International de Géographie, Oct 2015, Saint-Dié-des-Vosges, France. ⟨halshs-01230705⟩

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