De la représentation de la parole à la performativité des paroles : parcours dans l’ethnolinguistique française

Résumé : En France, linguistique et anthropologie se sont développées de manière indépendante, même si les ethnographes de terrain ont pu être sensibilisés dès le début du 20e siècle aux questions linguistiques. L’influence de Marcel Mauss sur les ethnologues africanistes de la première génération est importante, en particulier sur Marcel Griaule. Celui-ci, après une phase de travail extensive et intrusive, dans les années 1930, à la tête d’une équipe pluridisciplinaire munie de questionnaires, revient en pays dogon en 1946 dans une perspective totalement différente. Il se met alors à l’écoute de la parole et privilégie la relation avec un informateur, qu’il regarde comme un initiateur prêt à l’introduire à une façon de voir le monde et de le dire. Mais celle qui va véritablement fonder l’ethnolinguistique comme discipline scientifique autonome est sa fille, Geneviève Calame-Griaule, qui l’accompagne lors de cette mission pour étudier la langue parlée dans la région de Sangha. Revenant régulièrement en pays dogon, elle ne va pas seulement élaborer la grammaire et le dictionnaire dogon, mais mener une véritable enquête ethnographique sur les usages de la parole qui conduit à la publication d’Ethnologie et langage (1965), livre fondateur de l’ethnolinguistique française. A la suite de cet ouvrage, une impulsion est lancée, fédérant des chercheurs aux objectifs différents travaillant tous sur le continent africain à la défense d’une discipline qui n’est pas seulement l’association de deux autres. D’abord rattachée au LAS (Laboratoire d’Anthropologie Sociale), Geneviève rejoint en 1969 l’équipe CNRS-Inalco « Langage et culture en Afrique de l’Ouest », qu’elle dirigera de 1977 à 1989 et qui se développera par la suite, jusqu’à l’actuel Llacan (Langage, Langues et Cultures d’Afrique noire). De son côté, Jacqueline Thomas fonde avec André-Georges Haudricourt le Lacito (Langues et Civilisations à Tradition Orale) en 1976 et s’entoure de chercheurs spécialisés dans les ethnosciences, la linguistique de terrain, l’ethnomusicologie, la littérature orale… D’autres anthropologues, sans être proprement ethnolinguistes, seront très attentifs à la parole, notamment les membres du groupe « Systèmes de pensée en Afrique noire » de l’EPHE. Nous proposons, après un bref parcours historique, de dégager trois axes successifs qui nous permettront de présenter rapidement certains des travaux représentatifs de l’ethnolinguistique africaniste française : dans un premier temps, autour de la notion de parole, puis autour de la performance et, enfin, de la question de la performativité et des rapports de la parole au pouvoir.
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Contributor : Sandra Bornand <>
Submitted on : Friday, August 21, 2015 - 11:27:06 PM
Last modification on : Tuesday, May 28, 2019 - 1:40:04 AM

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Citation

Sandra Bornand, Cécile Leguy. De la représentation de la parole à la performativité des paroles : parcours dans l’ethnolinguistique française. Les Langages du Religieux : approche pluridisciplinaire et comparative de la parole efficace, Université de Toulouse le Mirail, Jun 2015, Toulouse, France. ⟨halshs-01185900⟩

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