Les conflits de mémoire et leurs enjeux politiques, en Corse, de l’entre-deux-guerres à nos jours

Résumé : Dans les années qui suivent la première guerre mondiale, les champs politique et littéraire corses sont le théâtre d’un conflit entre d’une part les « corsistes », nostalgiques de la période d’indépendance (1755-1769) et qui se proposent de rendre à l’île ses attributs nationaux, et d’autre part l’Administration et les responsables profrançais, qui s’opposent résolument à toute tentative d’autonomie. Ce conflit se manifeste dans les journaux et revues et à travers la littérature, en langue corse et en langue française. Le passé est interprété, voire instrumentalisé, par les différentes parties. Les grands hommes de l’histoire de Corse sont convoqués : si les corsistes glorifient naturellement la figure du général Pasquale Paoli, chef d’état de la Corse indépendante au XVIIIe siècle, les profrançais lui préfèrent celle de Sampieru Corsu – personnage du XVIe siècle ayant été l’allié des Français. Les commémorations constituent l’un des instruments de la confrontation. Dans les années vingt, les communes inaugurent les monuments aux morts de la Grande Guerre. En Corse, ces manifestations ont aussi pour objectif, par le rappel des sacrifices communs, de resserrer les liens entre l’île et la France. Mais en 1925, les corsistes inaugurent, en présence d’une foule imposante, un monument commémorant la bataille de Ponte Novu (1769), celle qui opposa les nationaux aux troupes du roi de France et qui mit fin à l’indépendance corse. Cette commémoration est, depuis lors, renouvelée chaque année – jusqu’à nos jours – par les nationalistes corses. Les textes – en vers ou en prose – lus en la circonstance, s’adressent aux ancêtres tombés pour la patrie corse. On assiste donc à une concurrence entre deux « imaginaires spectraux nationaux » (Benedict Anderson) : le français et le corse. L’analyse des textes en dévoile l’enjeu : l’élaboration d’un imaginaire national. Si le thème de la bataille de Ponte Novu a souvent été traité dans la littérature corse, le texte le plus emblématique et le plus significatif à cet égard – tant au plan historique qu’aux plans littéraire et politique – est certainement celui du discours prononcé sur le lieu même de l’événement le jour de l’inauguration du monument, le 3 août 1925, par Petru Rocca, Directeur du journal A Muvra, leader du parti corsiste PCA (Partitu Corsu d’Azzione) et Président du Comité d’organisation de la commémoration. C’est ce texte qui nous servira ici de fil conducteur.
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Contributor : Jean-Guy Talamoni <>
Submitted on : Wednesday, July 22, 2015 - 7:43:22 PM
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Long-term archiving on : Friday, October 23, 2015 - 10:22:48 AM

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Jean-Guy Talamoni. Les conflits de mémoire et leurs enjeux politiques, en Corse, de l’entre-deux-guerres à nos jours. Ural historical Journal, 2014, 4(45) (4), pp. 50-59. ⟨halshs-01179182⟩

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