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Reports

Céreste, Saint-Pierre (rapport de fouille préventive), Digne-les-Bains, juin 2014, 3 vol.

Résumé : La ferme Saint-Pierre se situe sur la commune de Céreste, à l’extérieur du village, sur la rive droite de la vallée de l’Encrême, une rivière affluente du Calavon, à une altitude moyenne d’environ 400 m NGF. Elle est distante d’environ 700 m du prieuré de Carluc. Le site archéologique de Saint-Pierre est connu depuis la découverte fortuite par le propriétaire des lieux d’un ensemble de sépultures rupestres au cours de l’année 2004. Une première opération archéologique programmée avait été conduite en 2007 par Vanina Susini, puis un diagnostic d’archéologie préventive avait été réalisé au début de l’année 2011 par Christophe Voyez (INRAP). Ces deux opérations avaient permis de mettre en évidence la présence d’une nécropole médiévale étendue sur une superficie d'environ 1300 m², à laquelle étaient associées les fondations d’un bâtiment, interprété comme l’ancienne église Saint-Pierre, encore mentionnée sur le cadastre napoléonien au début du XIXe siècle. L’intervention du Service départemental d’archéologie des Alpes-de-Haute-Provence, au cours de l’été 2011, a été motivée par une demande du Service régional de l’archéologie, préalable à des travaux d’aménagement prévus par le propriétaire. L’opération archéologique s’est déroulée entre le 18 juillet et le 26 août 2011 et a porté sur une superficie d’environ 200 m² située au nord de la bastide. La zone investiguée s’étend pour partie sur le cimetière, du côté ouest et pour partie sur l’église, du côté est. Seule la moitié sud de celle-ci a pu être dégagée au cours de la fouille. Les vestiges archéologiques se répartissent sur l’ensemble de la surface décapée, dont l’étendue est estimée à environ 15% de la superficie totale du site. Les 15 datations radiocarbone réalisées sur les sépultures indiquent une durée d’utilisation comprise entre le VIIe siècle au plus tôt et le XVIe siècle. Le bâtiment présente un plan rectangulaire, auquel est accolée une abside semi-circulaire à l'est, dont seul subsiste le négatif, dessiné par un ensemble de sépultures rupestres. Un mur prolonge l’édifice vers le sud, au droit de sa façade occidentale. Les maçonneries sont conservées sur une à deux assises au maximum et fondées directement sur le socle rocheux qui présente une importante déclivité nord-sud. Aucun niveau de sol ou de circulation lié au bâtiment n’est conservé. 75 structures funéraires ont été dénombrées au cours de l’opération. Les inhumations se répartissent à l’intérieur et à l’extérieur de l’édifice. La plupart est installée dans le substrat rocheux, certaines sépultures étant cependant aménagées dans les niveaux de recouvrement sédimentaire. On note la présence de plusieurs recoupements ou superpositions entre sépultures, témoignant de phases successives d’inhumation, qui se concentrent particulièrement à l’intérieur ou à proximité de l’église. Parmi les 75 structures funéraires identifiées, 15 n’ont pas pu être fouillées et 5 n’ont été fouillées que partiellement. L’étude archéologique de la nécropole s’appuie donc sur un corpus de 55 structures funéraires fouillées exhaustivement. D’après l’étude taphonomique, la décomposition des corps s’est effectuée en espace vide pour 46 individus sur 55, les 9 autres cas étant indéterminés. Toutefois, parmi cet ensemble, seules 14 sépultures présentaient des vestiges de couverture en matériaux pérenne (tuiles, lauzes). On peut déduire de cette observation que les couvertures de nombreuses sépultures ont disparus au fil du temps et que d'autres ont pu être couvertes par des matériaux périssables (planches de bois). La typologie des contenants funéraires correspond aux exemples connus à ces périodes dans la région. La majorité des tombes (23) sont rupestres, les fosses d’inhumation formant le contenant funéraire. La plupart des creusements sont alors anthropomorphes et agrémentés d’une alvéole céphalique. Seules 3 sépultures correspondent strictement à la définition du coffrage, c’est-à-dire que la dépouille est déposée dans un contenant funéraire immobile, aménagé directement dans la fosse d’inhumation. Parmi ces derniers, on note la présence d’une sépulture sous bâtière de lauzes, datée des VIIe-VIIIe siècles. Les autres inhumations (12) sont déposées dans des contenants mixtes, associant creusement rupestre et aménagement en matériaux exogènes plus ou moins soigné. On remarque la présence, dans de rares cas, d’éléments de signalisation des tombes formés par des lauzes dressées à chaque extrémité de la sépulture. Les tombes sont toutes dénuées de mobilier funéraire. Les observations taphonomiques ont toutefois permis de démontrer que plusieurs défunts ont pu être inhumés habillés ou en linceul. Le nombre minimum d’individu (NMI) correspondant aux 55 structures funéraires fouillées exhaustivement s’élève à 60, auxquels il convient d’adjoindre un NMI de 5 provenant des sépultures partiellement fouillées, ce qui porte le NMI total à 65. Le bon état de conservation de la série ostéologique a permis d’obtenir une estimation assez précise de l’âge au décès et, pour les individus assez âgés, une diagnose sexuelle quasisystématique et fiable. La détermination du sexe repose sur un échantillon de 27 sujets, parmi lesquels on dénombre 15 hommes, 11 femmes et 1 indéterminé. Les estimations de l’âge au décès ont également bénéficié de la bonne conservation de la série ostéologique. Tous les âges sont représentés. On dénombre 25 individus adultes, soit 40% du corpus analysé, et 37 individus immatures, soit 59% du corpus. Le profil de la population exhumée parait conforme à celui d’une population préindustrielle. L’analyse stratigraphique et chronologique des vestiges permet d’établir trois grandes phases d’occupation du site. Le premier état (VIIe - VIIIe siècles) correspond à l’aménagement d’un premier bâtiment doté d'une abside profonde de 3 m et large de 4 m, autour de laquelle s’agrègent plusieurs inhumations. Nous ignorons la configuration de la partie occidentale de cet édifice, reconstruite dans un second temps. Toutefois, les maçonneries dégagées au nord et à l'est par l’INRAP lors du diagnostic de janvier 2011 pourraient lui appartenir. Si la fonction funéraire de ce premier bâtiment semble évidente, nous ignorons tout des motifs de sa construction (fondation privée ; monastique ?) ainsi que la nature de ses liens avec lesétablissements de l’Antiquité et de l’Antiquité tardive qui pourraient se situer à proximité. Le second état (fin VIIIe – fin Xe siècles) est marqué par la reconstruction de la partie occidentale de l’édifice, du moins de sa partie sud-ouest. Le mur gouttereau méridional de la nef recoupe en effet plusieurs sépultures, dont une est datée entre 781 et 988 AD. Un ossuaire est installé contre ce mur, dans lequel sont relégués des ossements appartenant aux sépultures du premier état d’occupation. Une sépulture datée entre 782 et 989 AD est postérieure à la construction de ce mur. Dans une seconde étape, une maçonnerie est édifiée dans le prolongement du mur de façade occidental ; elle est antérieure à une sépulture datée entre 898 et 1117 AD. Lié à la terre et installé sur un niveau de sédiment, ce mur pourrait correspondre à une extension méridionale de l’édifice, voire à un simple enclos. Il semble que le bâtiment conserve cette configuration tout au long du Moyen Âge et de l'époque moderne. Parallèlement à la reconstruction de l’édifice, l’espace funéraire se développe notamment à l'extérieur de l'édifice, plusieurs autres sépultures étant datées entre le VIIIe et le XIIe siècle. L’absence de relations stratigraphiques avec les maçonneries ne permet cependant pas d’articuler parfaitement les deux événements. La nécropole est en fonction au moins jusqu’aux XVIe-XVIIe siècles, puisqu’une sépulture installée dans la nef de l'église est datée entre 1456 et 1636 AD. Le troisième état correspond à l’abandon du cimetière et de l’église et à la démolition progressive de cette dernière. L’inventaire des biens nationaux dressé en 1791 fait état d’un « bâtiment servant de chapelle ». En 1834, le même édifice apparaît comme ruiné sur le cadastre napoléonien. On peut donc supposer que l’abandon intervient entre ces deux dates, la bastide étant sans doute construite dès le XVIIIe siècle.
Document type :
Reports
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01158702
Contributor : Mathias Dupuis <>
Submitted on : Monday, June 1, 2015 - 5:26:26 PM
Last modification on : Wednesday, April 7, 2021 - 3:11:43 AM

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  • HAL Id : halshs-01158702, version 1

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Citation

Mathias Dupuis, Elise Henrion, Élisa Bailly, Yann Dedonder, Jean-François Devos. Céreste, Saint-Pierre (rapport de fouille préventive), Digne-les-Bains, juin 2014, 3 vol.. [Rapport de recherche] Département des Alpes de Haute-Provence. 2014. ⟨halshs-01158702⟩

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