Traduire l'ironie pour le doublage : le contrat de spectature au risque de l’implicite

Résumé : Là où le jeu de mots relève du trope, l’ironie serait à l’inverse une figure de pensée. On pourrait dès lors en conclure que sa traduction, n’impliquant pas d’enjeux purement linguistiques, en est facilitée. Or, dans la problématique de la traduction de l’Autre, le transfert de l’ironie s’avère entreprise fort délicate, car son fondement est celui d’une fausse naïveté. L’ironie joue sur l’altérité et pose ainsi, par essence, un problème de réception, puisqu’elle viole l’une des règles fondamentales de coopération conversationnelle définie par Grice, « la maxime de vérité » : elle ne peut fonctionner que si l’auditoire est doté de la capacité à appréhender le message antiphrastique qu’elle convoie. Quand la parole originale est porteuse d’ironie, elle implique une réception au second degré, et dans le transfert interlinguistique l’altérité du texte à traduire va s’en trouver inévitablement redoublée, car l’ironie ne saurait fonctionner sans l’allusion. L’art de l’allusion induit un respect certain du public, puisqu’il ne se peut comprendre que partagé, connivence intellectuelle impliquant dès lors un décodage de l’intention du locuteur-auteur. Ce type de relation sollicite tout particulièrement la coopérativité du destinataire, et l’ambiguïté foncière du processus postule la compétence interprétative du récepteur, intégrée dès son émission par l’émetteur. Le cinéaste Woody Allen est coutumier d’un type d’ironie bien spécifique, l’ironie intertextuelle. Cette figure crée une fracture entre les récepteurs, spectateurs naïfs qui verront le film au premier degré, sans y reconnaître les allusions et citations implicites, et public dit compétent qui l’appréciera dans toute sa richesse, en décodant ses divers niveaux de sens. Cette fracture sera dupliquée en traduction : sur le plan herméneutique, il faut en effet que le spectateur de la version française puisse « entendre » le sous-entendu, et c’est à l’adaptateur que revient cette responsabilité, dans le respect du contrat de spectature initial. Nous proposons d’étudier, par le biais de l’analyse contrastive d’exemples tirés de cinq films d’Allen dans leurs versions originales et leurs versions doublées en français, les enjeux que représente la traduction de l’ironie pour le doublage, principalement lorsqu’elle est basée sur l’allusion et l’understatement : ces différents niveaux d’appréhension du film représentent un véritable enjeu traductif pour les adaptateurs, en termes d’implicitation/ explicitation notamment, se combinant aux multiples contraintes portées par le « texte » plurisémiotique audiovisuel. La communication s’appuienotamment sur les théories de la réception et les concepts d’Auteur et Spectateur Modèles.
Type de document :
Communication dans un congrès
Autour des formes implicites, Nov 2014, Limoges, France. 〈http://afi2014.e-monsite.com/〉
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Contributeur : Frédérique Brisset <>
Soumis le : samedi 3 janvier 2015 - 14:31:35
Dernière modification le : jeudi 29 novembre 2018 - 01:21:07

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Frédérique Brisset. Traduire l'ironie pour le doublage : le contrat de spectature au risque de l’implicite. Autour des formes implicites, Nov 2014, Limoges, France. 〈http://afi2014.e-monsite.com/〉. 〈halshs-01099424〉

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