Muhawalat li-qira'at al-mujtama' al-suri thalathun 'aman ba'da Michel Seurat - naqd oua tahlil al-khitab at-ta'ifi

Résumé : La Syrie est la nation arabe la plus affectée par la violence ; plus que le mot « révolution », c’est le mot « guerre » qui vient immédiatement à l’esprit en cette année 2014. Pourtant, au commencement, la contestation qui visait le régime était fondamentalement pacifique. A cet égard, il convient de noter la réussite indéniable d’un régime qui, traitant de façon policière ou militaire la question politique, a réussi à militariser l’insurrection. Ainsi, le caractère originellement multiforme de celle-ci a cédé la place à des logiques de polarisation et de radicalisation qui menace la substance même de la société. Les ingérences étrangères, qui se sont développées, avec le concours actif du régime avide de construire d’utiles ennemis, ont incité nombre de commentateurs à nier le caractère révolutionnaire du moment que traverse la Syrie.Il est vrai que, marqués par une certaine tradition orientaliste, certains spécialistes peinent à penser que le monde arabe puisse connaître d’authentiques révolutions au sens où l’Occident les a connues depuis trois siècles. Les ingrédients critiques de ces révolutions, comme l’égalité ou une certaine autonomie individuelle, n’existeraient pas encore, en effet, dans le monde arabe contemporain. Le culturalisme orientaliste consent, certes, à reconnaître que des soulèvements puissent résulter de l’indignité dans laquelle certains Etats maintiennent leurs peuples ; un manque d’une minimale redistribution des fruits de la croissance économique peut aussi être considéré comme une cause des révoltes. Mais, l’ampleur des événements en Syrie, notamment, suggère, dans cette perspective, de mettre en avant des facteurs propres aux sociétés orientales, comme le confessionnalisme ou leur perméabilité aux influences étrangères. Selon cette hypothèse, le déchaînement guerrier ne ferait qu’objectiver de violents sentiments sectaires enfouis jusqu’alors. Le ressentiment d’une partie de la population, avivé par de multiples ingérences étrangères, serait donc le moteur d’une révolte qui n’a rien d’une révolution. La possibilité d’une dictature confessionnelle, qui s’esquisserait dans les revendications de certains rebelles, serait la vérité d’une révolte qui ne pose pas la question de l’émancipation, et qui ne serait donc pas, par conséquent, une révolution.Notre thèse, à l’inverse, est que l’insurrection syrienne a une signification profondément révolutionnaire, c’est-à-dire que la question politique centrale est originellement celle de l’émancipation collective et individuelle ; la question syrienne est donc essentiellement une question révolutionnaire. Son origine ne peut se trouver dans le vieux cadre du confessionalisme ou de la politique des puissances, même si le régime réactive le vieux monde déclinant pour pouvoir persister. Nous tenons, ainsi, que le déchaînement du confessionalisme manifeste cette politique de la contre-révolution et non la vérité profonde de la révolution. Néanmoins, ce que la contre-révolution ne pourra sans doute jamais effacer, même si elle devait triompher, c’est l’idée, partagée au plus profond de la société, que les événements ont brisé toute continuité entre passé et avenir, c’est l’idée révolutionnaire elle-même.Dans une première partie consacrée à l’idéologie, nous discuterons de cette idée selon laquelle la révolution n’a pas eu lieu, pas plus en Syrie qu’ailleurs. Selon cette conception orientaliste, l’Arabe se réduit essentiellement à un homo religiosus à la Mircéa Eliade, qui demeure étranger à l’idée de révolution. Cette hypothèse rejoint une conception apologétique de certains régimes arabes et musulmans, selon laquelle leurs peuples ne les contestent pas radicalement dès lors qu’ils ne sont pas inféodés à l’Occident. Il y règnerait, ainsi, des voies singulières adaptées à l’esprit de certains peuples, que ce soit en Syrie ou en Iran. Dans une deuxième partie plus sociologique, nous réaffirmerons la réalité révolutionnaire que l’on veut occulter. À cet égard, il est nécessaire de discuter de la riche mais trop brève œuvre de Michel Seurat, qui utilisait des catégories du marxisme pour les retourner contre elles-mêmes, et qui rejoignait in fine l’analyse des Frères Musulmans.
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Contributor : Jérôme Maucourant <>
Submitted on : Tuesday, December 16, 2014 - 9:22:40 AM
Last modification on : Monday, June 17, 2019 - 6:26:09 PM
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Akram Kachee, Jérôme Maucourant. Muhawalat li-qira'at al-mujtama' al-suri thalathun 'aman ba'da Michel Seurat - naqd oua tahlil al-khitab at-ta'ifi. OMRAN, Arab Center for Research and Policy Studies (Doha, Qatar), 2014, pp.51-62. ⟨halshs-01087302⟩

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