Une modélisation de l'activité est-elle nécessaire, est-elle envisageable ?

Résumé : La distance semble grande, car nous n'étudions pas l'activité en situation de travail, nous ne repérons pas d'atteinte à la santé. Cependant nos travaux de terrain, de longue imprégnation, portant sur l'expérience et les pratiques corporelles (des joueurs de volley-ball, des expéditeurs polaires) nous ont conduits à rencontrer les propositions de Canguilhem, puis celles de Schwartz et Durrive. Parmi les nombreuses références que nous avons consultées, ces pensées et écrits se sont révélés extrêmement précieux pour : procéder à des aller-retour entre terrain, matériaux et théorie ; nous aider à interpréter nos résultats ; tenter de rendre compte de l'activité des pratiquants. Notre perspective aborde l'ergologie en tant qu'étude compréhensive de deux indissociables, l'activité et l'expérience de l'homme (organisme et individu : Canguilhem, 1966) en situation ordinaire. Ce projet est aussi celui de l'approche énactive, considérant l'homme comme un centre de perspective et d'activité sur le monde (Di Paolo, 2005), réclamant une centration des phénoménologies de la vie sur : le sens commun ; les pratiques ordinaires ; l'expérience vécue in situ ; et plus tardivement sur les valeurs (Weber et Varela, 2002). Un tel projet constitue un défi littéralement impossible, tant l'activité/expérience est hautement énigmatique et pour tout dire inanticipable (Schwartz, 2007) et d'autre part contextuelle, singulière et contingente : prétendre répondre aux questions " d'où vient que tel individu ait tel vécu, pourquoi tel phénomène apparaît-il à tel individu ? " et " pourquoi et comment tel individu agit-il ainsi à tel moment ? " est illusoire. Nous nous hasardons cependant à aller aussi loin que possible dans sa schématisation (Revault d'Allonnes, 1920) ou sa condensation (Scheler, 1955) en partant des diverses régularités repérables : " quel que soit le type de système autonome que nous étudions, nous ne pouvons l'aborder qu'à partir de certaines régularités de son comportement, qui sont intéressantes pour nous, observateurs extérieurs, parce que nous avons un accès conjoint au fonctionnement du système et à ses interactions " (Varela, 1989, 10). Nous travaillons à cet effet sur trois matériaux enchâssés : les régularités des actes ; celles des contextes dans lesquels ils sont manifestés ; celles ressortant des verbalisations et ressentis a posteriori liant ces actes à leur contexte lors d'entretiens d'autoconfrontation. Ce procédé permet d'approcher les normes à l'œuvre : si l'on en croit Canguilhem, on ne peut comprendre l'action d'un organisme sans faire appel à la notion de normes propres car elles induisent des comportements privilégiés dont on peut détecter la régularité " par référence de l'individu à lui-même dans des situations identiques successives ou dans des situations variées " (2003, 210). Mais il permet tout autant d'approcher les schèmes à l'œuvre. La notion de schème est précieuse car elle permet précisément de dissoudre le faux paradoxe entre la régularité des actions pour une classe de situations et la singularité de chaque action (Bartlett, 1932 ; Vergnaud et Récopé, 2000 ; Récopé et al., 2011). Nous avons soutenu qu'il y a complémentarité entre norme et schèmes et soutenons aujourd'hui que celle-ci est féconde pour notre projet : comprendre autant que possible l'activité/expérience passe par une modélisation de ce qui en est modélisable...
Document type :
Journal articles
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00972624
Contributor : Fabien Coutarel <>
Submitted on : Thursday, April 3, 2014 - 6:07:09 PM
Last modification on : Thursday, October 25, 2018 - 3:21:26 PM

Identifiers

  • HAL Id : halshs-00972624, version 1

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Citation

Michel Récopé, Simon Boyer, Géraldine Rix-Lièvre, Fabien Coutarel. Une modélisation de l'activité est-elle nécessaire, est-elle envisageable ?. Ergologia, Société internationale d'ergologie, 2013, pp.45-74. ⟨halshs-00972624⟩

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