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"Compte-rendu de "The Feminist Care Tradition in Animal Ethics", Josephine Donovan, Carol J. Adams (Dir.) - New York, Columbia University Press, 2007, 392 p."

Résumé : Dans le sillage des travaux actuels sur le care, cet ouvrage collectif est particulièrement intéressant, tant il identifie avec acuité certaines de leurs carences, tout en cherchant à les dépasser. L'ambition des coordinatrices, résumée dans le titre, est ainsi de montrer le care « en pra-tiques », sa mise en actes dans des situations concrètes, observables par des sociologues et des ethnologues (ils constituent la plus grande part des contributeurs de l'ouvrage). On peut décomposer cet agenda général en trois objectifs : (1) donner une consistance empirique aux théories du care ; (2) montrer que les situations de care peuvent impliquer tout autant des humains que des non-humains ; (3) réfuter l'idée que les technologies de soin seraient incompatibles avec les activités de care-voire qu'elles en détruiraient l'essence. Pour comprendre le premier objectif, il faut situer Care in Practice dans le contexte théorique dans lequel il s'inscrit. Rappelons que l'éthique du care s'est constituée en se démarquant des théories morales plus classiques, très attachées à la rationalité des actions éthiques et à l'universalité de leurs principes. A contrario, les pen-seuses féministes du care défendent l'idée d'une éthique incarnée, contextualisée, attentive au proche, aux contextes complexes dans lesquels elle prend corps. Cet accent mis sur la proximité et la complexité s'accom-pagne d'une définition praxéologique du care : si le care peut être décrit comme une posture morale, une inclination bienveillante envers d'autres êtres, c'est aussi et sur-tout une activité. Plus précisément, c'est un souci mis en pratique. Ainsi, pour comprendre la valeur éthique du care, il faut l'observer en action, en train d'être accompli, affirment de nombreuses théoriciennes. Cette exigence vient encore une fois accentuer la distance entre la philo-sophie morale et les pensées du care : la première tend à se passer d'empirie pour supporter ses argumentaires, ou alors à décrire des situations fictionnelles (les expé-riences de pensée chères à la philosophie analytique), archétypales, censées reproduire des dilemmes moraux réels, tout en réduisant la complexité des situations à quelques éléments. L'éthique du care ne pourrait prendre corps que dans des situations réelles (et non pas « réa-listes »). Mais force est de constater que les travaux empi-riques sur le care ne sont pas légion. Une part de l'expli-cation est fournie par les coordinatrices dans leur introduction (pp. 8-9). Si des relations de care ont pu être documentées empiriquement par le passé, elles l'ont été de manière incomplète : la sociologie de la santé, nous disent-elles, s'est surtout intéressée aux relations de pou-voir dans le monde médical et s'est attachée à l'aspect paternaliste des médecins plus qu'à leur position de « care-givers ». Inversement, les sciences infirmières ont fortement mis l'accent sur la relation de soin en tant qu'élément structurant de la profession, plaçant en quelque sorte les infirmières en situation de monopole du care. Mais il y a eu peu de réflexion sur le fait qu'infir-mières et médecins soient conjointement engagés dans des situations de care. En outre, certaines configurations sociales n'ont pas été thématisées comme relevant d'une activité de care : le travail des éleveurs d'animaux, par exemple, ou celui des vétérinaires. L'enjeu de l'ouvrage est donc de donner une visibilité nouvelle à ces pratiques en les thématisant transversalement en tant qu'activités de care. Cette perspective semble être un préalable indispensable pour comprendre le care. En effet, comme le rap-pelle Patricia Paperman, faire une sociologie du care exige une attitude de care de la part du chercheur : si le care a longtemps été une activité invisible, c'est parce qu'il ne se donne à voir qu'à celles et ceux qui sont convaincus de son importance et qui, de ce fait, adoptent une attitude bienveillante vis-à-vis de leur objet. On sent tout au long de la lecture de Care in Practice cet implicite chez les contributeurs. Sous la plume de Dick Willems, ce souci apparaît plus clairement et, par là même, la portée politique de l'ouvrage. Reprenant la critique (évoquée plus haut) d'irréalisme de la bioéthique actuelle, D. Willems appelle au développement d'une « éthique empirique », fondée non plus sur des situations idéales
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00968612
Contributor : Jérôme Michalon <>
Submitted on : Thursday, November 12, 2020 - 9:59:53 AM
Last modification on : Thursday, January 7, 2021 - 3:41:03 AM

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nss130049.pdf
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Citation

Jérôme Michalon. "Compte-rendu de "The Feminist Care Tradition in Animal Ethics", Josephine Donovan, Carol J. Adams (Dir.) - New York, Columbia University Press, 2007, 392 p.". 2012, pp.362-380. ⟨10.1051/nss/2013049⟩. ⟨halshs-00968612⟩

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