LATTARA (Lattes, Hérault) 2013 : Rapport de fouille programmée 2013 ; rapport final d'opération 2011-2013

Résumé : La fouille de la maison 54101 a eu pour objectif principal d'approfondir notre connaissance sur les maisons de plan méditerranéen de la ville ancienne de Lattara et de dater précisément leur mise en place, probablement vers la fin du IVe s. av. n. è. L'intervention de 2013 correspond à l'arrêt du projet en cours autour de la maison 54101. Tous les objectifs n'ont pu être atteints mais on dispose désormais d'éléments tangibles permettant de préciser l'origine ainsi que l'évolution de ce bâtiment. Les traces urbanistiques les plus anciennes documentées correspondent aux restes de murs qui s'appuient au rempart et datés de manière lâche du IVe s. av. n. è. Ces structures sont sans doute à relier à un quartier de petites habitations qui s'étendent alors le long de l'enceinte. Elles présentent un plan rectangulaire ou quadrangulaire, et sont chacune précédées par une cour individuelle avec des aménagements en architecture légère et matériaux périssables. Dans la deuxième moitié du IVe s. av. n. è., ces espaces se transforment en un prolongement des modules construits en dur, et forment alors un îlot complexe marquant une certaine consolidation de l'habitat et de la trame urbanistique s. La période comprise entre le début et le troisième quart du IVe s. av. n. è. ne montre pas de traces urbanistiques évidentes ou, au moins, n'est pas représentée par des éléments constructifs visibles. Les niveaux attribués à cette période semblent en revanche indiquer un grand espace de plein air, apparemment non bâti. Plusieurs évidences nous confortent dans l'hypothèse de l'existence d'une aire ouverte entre le rempart et les bâtiments datant du dernier quart du IVe s. av. n. è. À ce moment, on constate l'existence de deux bâtiments disposés l'un en face de l'autre, séparés entre eux par un espace allongé, et démarqués des ensembles voisins par une ruelle à l'est et à l'ouest. Unités architecturales différenciées séparées par une espace public ou, à l'inverse, espaces constituant un ensemble qui pourrait être déjà considéré comme une maison à cour ? Les arguments allant dans ce sens demeurent faibles. En revanche, il semble acquis que, d'une manière ou d'une autre, ces éléments urbanistiques participent de ce que deviendra la maison à cour du IIIe s. av. n. è, et en constituent au moins son embryon en marquant les axes qui la définiront par la suite. Cependant, il est aussi possible que ces lignes puissent être la traduction de la fossilisation de l'urbanisme antérieur, celui qui, au début du IVe s. av. n. è, s'appuie contre le rempart. Autour de 300 av. n. è, on assiste à un réaménagement global de la zone. Non seulement un nouveau bâti est implanté de manière généralisée, reprenant directement les murs précédents, mais on assiste également à une extension des espaces occupés avec des éléments architecturaux stables. Selon toute vraisemblance, c'est à partir de ce moment que l'on peut véritablement commencer à parler d'une maison à cour pour l'ensemble 54101. L'arasement de la partie méridionale de la zone ne nous permet pas de connaître l'organisation intégrale de ce dernier. Cependant, les deux tiers du bâti conservé de cette maison ont été suffisants pour restituer les grandes lignes de son évolution. La maison 54101 s'intègre dans le quartier méridional de la ville antique de Lattara où plusieurs maisons à cour se concentrent autour la rue 116. Séparée des deux maisons à cour voisines -52101 et 52103- par des petites et étroites ruelles, elle s'étendrait depuis la rue 116 pour s'appuyer au rempart et resterait définie par deux ailes séparées par une cour allongée. L'implantation de ce bâtiment implique l'appropriation d'un passage, voire d'une rue qui, durant l'état précédent, communiquait en angle droit avec à la rue 116, ce qui nous permet de caractériser cet espace comme étant désormais une cour, et non une rue. Malgré la dynamique de sédimentation qui montre également une séquence propre à un espace ouvert avec de constants réaménagements et remblais ponctuels, les nombreuses structures que s'y placent nous indiquent clairement un usage quotidien de type privé et couvrant toute la séquence correspondant au IIIe s. av. n. è. Au-delà de l'implantation de la cour, avec un caniveau mis en place durant la deuxième moitié de ce siècle et abandonné dans le deuxième quart du IIe s. av. n. è,. on entrevoit non seulement la continuité des structures architecturales des bâtiments précédents, avec leur reprise et de nouvelles élévations, mais on constate également l'édification d'au moins un nouvel espace, à savoir la pièce 54/6. Ce secteur est aménagée 6 Pierre garmy, Eric Gailledrat durant le premier quart du IIIe s. av. n. è. avec des murs confectionnés à l'aide de puissants blocs. L'utilisation de ces modules dans une architecture a priori domestique parait surprenante et semble suggérer qu'ils sont utilisés ici en remploi. On peut alors imaginer qu'ils proviennent d'un bâtiment plus ancien et quelque peu monumental, pour l'heure non repéré. Au cours du IIIe s. av. n. è., les deux ailes de la maison montrent un développement parallèle. Les différentes pièces connaissent un processus d'occupation dynamique qui se façonne avec une évolution architecturale marquée de nombreux réaménagements, mais qui malgré tout voit la persistance sans altérations notables d'un seul et même schéma. Ce processus se reflète dans l'évolution fonctionnelle et la spécialisation des différentes pièces constatée tout au long du IIIe siècle av. n. è., et plus particulièrement dans les pièces septentrionales (secteurs 54/1 et 54/4). En définitive, après avoir achevé le programme de fouille portant sur la zone 54, il s'agit d'entamer les travaux qui nous conduiront à la publication monographique des résultats acquis au cours de ces anénes concernant la mise en place et l'évolution de la maison à cour 54101, et au delà, de mieux comprendre ce qui semble se définir comme une différenciation urbanistique et architecturale, voire sociale, dans l'habitat lattois. La zone 52, définie lors de la campagne de repérages extensifs effectuée en 2001, correspond à un îlot bâti entre la courtine sud-ouest du rempart et la rue 116, immédiatement à l'ouest des îlots 17 et 27. Une grande maison à cour centrale (ensemble 52101) avait été repérée et une première datation proposée, vers la fin du IIIe et le début du IIe siècle av. n. è. (Saffiotti et al. 2001, p. 146). Cette chronologie ancienne pour une maison à plan méditerranéen donnait un intérêt particulier à cette découverte et a incité à développer à partir de 2002 un nouveau programme de recherche sur cette problématique (voir Dietler et al. 2008). Le programme triannuel 2011-2013 à été ciblé sur la poursuite des niveaux plus profonds dans l'aile est (secteurs 1, 3, et 4) et ouest (secteur 8) de la maison, la reprise des fouilles dans l'aile nord (secteurs 5 et 6), délaissées depuis 2003, et l'extension de la fouille de la cour centrale (secteur 11). Pendant la première semaine de la campagne de 2011 les numéros d'US pour la zone 52 ont été épuisés et on a passé à la zone 55 pour la numérotation des niveaux suivants. Les niveaux atteints pendant les triannuels précédents dans les différentes salles et dans la cour de la maison 52101 présentaient des chronologies légèrement différentes dues à la pente générale des couches dans cette partie du site : elles remontent vers le sud et les niveaux les plus récents ont été progressivement arasés par les labours, à proximité du rempart. Donc un des buts du triannuel 2011-1013 a été de mettre en phase les niveaux de base dans tous les secteurs. Un autre but principal a été de trouver les traces cohérentes d'architecture plus anciennes sous la cour qui permettraient une datation de la première mise en place de la maison à cour centrale. Grace aux données livrées par ces fouilles récentes on peut maintenant confirmer que celle-ci est construite avant la fin du IVe siècle av. n. è., que durant la deuxième moitié du IIIe siècle av. n. è. sont réalisées des réfections ponctuelles, et que les niveaux les plus récents conservés se situent au début du IIe siècle av. n. è. Une mise en phase de l'évolution de la maison peut se résumer comme suit : *État 1 (avant 325 av. n. è.) : traces (surtout dans le secteur 19 et au fond des sondages 11c et 11f dans la cour centrale) d'un urbanisme antérieur à la mise en place de la maison à cour centrale. Ces traces, alors que ponctuelles, sont suffisantes pour démontrer que la maison 52 a été construit sur un remblai de destruction dans lequel on trouve les restes de structures plus anciennes qui ont été démantelées. La forme et l'étendu précis de ces structures antérieures à la maison 52 ne sont pas clairs, mais on a plusieurs traces de murs en partie détruits qui se trouvent sous les niveaux de la cour et qui n'appartient pas aux murs des ailes de la maison. *État 2 (325-250 av. n. è.) : construction de la maison à cour intérieure, avec indications des sols en place dans les secteurs 1, 3, 4, 5, 6, et 8, les couches de remblai et de sédimentation d'habitation dans les sondages 11a, 11b, 11c, 11d, 11e et 11f dans la cour, la construction et plusieurs réfections du mur oriental de la cour liées aux couches de Introduction 7 remblai dans la cour, et réemploi d'une statue comme piédroit de porte dans le mur nord de la cour vers 250 av. J.-C. *État 3 (250-200 av. n. è) : plusieurs étapes ont été repérées dans cette phase, matérialisées par des sols successifs dans la cour et plusieurs pièces, des réfections dans l'aménagement de la porte entre la cour et la pièce 5, l'ouverture d'un passage étroit (6b) donnant sur la cour dans la partie ouest de la maison, et des réfections du mur est de la cour. *État 4 (200-175 av. n. è.) : réfection architecturale concernant l'ensemble de la cour, la façade sud du secteur 5 et le rapport entre la cour et le porche qui communique avec la rue 116. À ces deux derniers états correspondent la plupart des niveaux fouillés avant 2011 dans l'ensemble des secteurs explorés dans la partie nord de la maison. Le programme 2011-2013 a permis d'améliorer notre compréhension de l'organisation de l'espace, de la fonction des pièces et de la datation des phases d'occupation. La fouille des secteurs 1, 4, 5 et 6 a en particulier livré des données importantes sur la datation et la fonction des différentes pièces. En effet, il est maintenant clair que les pièces 3 et 8, au milieu des ailes orientale et occidentale de la maison, ont respectivement servi pendant tout le IIIe siècle av. n. è. comme cuisine, avec un grand foyer construit et quelques foyers lenticulaires sur chacun des sols successifs. Ces sols ont été réaménagés plusieurs fois sur des remblais, avec des aires de circulation et de passage entre les pièces un peu différentes. Mais les éléments de base, et la nature fonctionnelle de la céramique, sont restés les mêmes. D'ailleurs, l'aménagement de ces pièces ressemble beaucoup à la pièce 5, avec quelques aspects particuliers révélés en 2012 et 2013, ce qui serait une indication de la répétition des salles de cuisine au milieu de chaque aile de la maison. En revanche, la pièce 1 avait plusieurs petits foyers lenticulaires, un four, un fourneau de forge métallurgique, et des structures un peu énigmatiques. La fonction n'est pas encore claire, mais le contraste avec la pièce 3 est évident. D'ailleurs, la petite pièce 4 a changé de fonction et les axe de circulation pendant le temps. Dans la période du début du IIIe s. av. n. è. elle avait une fonction évidement culinaire, mais pas de même façon que les grandes pièces de cuisine. La campagne de 2013 nous a permis de mettre en rapport des sols contemporains pour tous les secteurs de l'aile est, nord et ouest de la maison, afin que l'on puisse avoir une vision globale de la maison durant les différentes phases identifiées. Les fouilles de 2012 et 2013 ont aussi livré pour la première fois des traces convaincante d'architecture plus ancienne que la cour centrale. Cela nous donnes les indices précieux pour une datation de la construction de la première maison à cour vers la fin du IVe s. av. n. è. L'exploration de la zone dite " 75 " est égalment arrivée à son terme cette année. On peut regretter l'arasement des niveaux d'époque romaine dont ne subsistent que des tranchées d'épierrements et des structures isolées, déconnectés de leur stratigraphie qui rend leur interprétation difficile. Néanmoins le bilan n'est pas si négatif. Ces vestiges ont le mérite de témoigner des transformations qu'à pu connaître la vieille ville de Lattara à partir du dernier quart du Ier s. av. n. è. Ces nouvelles données viennent ainsi compléter les observations ponctuelles faites à ce sujet en plusieurs points du site. Sur cette partie de la ville, sur laquelle nous nous sommes penchés, ces transformations se traduisent par la construction d'un vaste ensemble monumental, visiblement public, aux dépends d'un quartier préexistant. S'agit-il d'un forum, de bâtiments cultuel ? On ne peut se prononcer. On remarquera par ailleurs qu'entre la datation des couches de surface et ces constructions, figure une hiatus chronologique d'au moins un quart de siècle, si ce n'est plus. Il est possible que ce nouveau plan d'urbanisme ait été ici accompagné de décaissements importants ayant eu pour but de mettre à niveau les sols du côté intérieur et extérieur de la courtine qui était déjà en partie arasée et n'avait plus de fonction défensive. Dans la mesure où les sols conservés sont antérieurs à la première moitié du Ier s. av. n. è., on peut également se demander si le quartier avait déjà connu des transformations avant celles d'époque augustéenne, entre les années -50/-25. Enfin ces travaux nous ont permis de compléter le plan de la ville pour la période qui précède ces transformations. Parmi les points marquants, on peut noter les nouvelles données obtenues sur la rue 137, 8 Pierre garmy, Eric Gailledrat sur sa datation et son déplacement. À cela s'ajoute sur la zone 75, la fouille d'un fournil- meunerie qui, pour ces années -125/-75, a toute son importance. Cette unité pouvait produire plus que les besoins de son seul propriétaire. Or comme le souligne M. Py, à partir de la fin du IIIe s. av. n. è., les fours en cloche à sole fixe, semblables à ceux de la zone 75, sont de moins en moins fréquents dans l'habitat à Lattes et tendent à disparaître à partir du IIe s. av. n. è. alors que d'autres habitats du Midi en livrent encore. Cette disparition pose la question du développement à Lattes d'une boulangerie artisanale et d'une distribution commerciale qui rendraient obsolètes les pratiques ancestrales de fabrication du pain dans le cadre domestique (Py 2009, p.220). Enfin, il sera intéressant de vérifier à l'occasion de la publication si cette unité pouvait également disposer en ses murs d'une taverne que l'on situerait dans le corps de bâtiment mitoyen. Dans l'attente de l'étude du mobilier (notamment des proportions de vase à boire) et des résultats d'analyse des prélèvements effectués (bioarchéologiques et micromorphologiques) la question reste ouverte.
Type de document :
Rapport
2013
Liste complète des métadonnées

https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00962446
Contributeur : Pierre Garmy <>
Soumis le : vendredi 21 mars 2014 - 12:23:58
Dernière modification le : vendredi 16 septembre 2016 - 15:08:11

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  • HAL Id : halshs-00962446, version 1

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Pierre Garmy, Eric Gailledrat. LATTARA (Lattes, Hérault) 2013 : Rapport de fouille programmée 2013 ; rapport final d'opération 2011-2013. 2013. <halshs-00962446>

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