LATTARA (Lattes, Hérault) 2012 : Rapport de fouille programmée

Résumé : Dans la zone 1, l'abondance des aménagements et des vestiges de construction en matériaux périssables, conjuguée aux difficultés de lecture du sédiment et à la nécessité de procéder à de nombreux prélèvements, ont considérablement ralenti le rythme de la fouille. La phase 1R, parfaitement calée du point de vue chronologique sur le deuxième quart du Ve s. av. n. ère, se présente au niveau de la zone 1 comme étant à la fois complexe et révélatrice des profonds changements qui affectent alors la ville de Lattara. À l'issue de cette campagne, il est désormais possible de disposer d'une vision d'ensemble de cette phase, qui apporte des éléments de réflexion nouveaux quant aux conditions qui président à la réoccupation du site après ce que l'on pressent encore plus aujourd'hui comme une destruction généralisée. En effet, la phase sous-jacente (phase 1S) est désormais entrevue dans la partie occidentale de la zone. Les principes constructifs renvoient, à l'image de ce qui a été vu dans la zone 27, à la mise en oeuvre de techniques nouvelles d'ambiance méditerranéenne. Plus encore, il apparaît qu'un programme d'ampleur a été entrepris à l'échelle du site, mettant nécessairement en jeu une composante exogène et une main d'oeuvre importante. Le fait nouveau est que l'identité de cette composante ne se résume peut-être pas nécessairement aux seuls tyrrhéniens. Si la zone 27 a bien livré des maisons occupées par des étrusques, la zone 1 se profile en revanche comme ayant accueilli une composante ethnique peut-être plus diversifiée, où les indigènes ont pu être présents. Plus encore, si les produits étrusques prédominent au sein des amphores, la vaisselle quant à elle est très largement indigène... ou grecque, avec des taux significatifs de céramique à pâte claire, voire de céramique attique. Enfin, cette phase 1S, bien que perturbée par des travaux de terrassement et de déblaiement, c semble bien s'achever par un épisode de destruction dont témoignent des traces d'incendie. L'hypothèse en cours d'une éviction de la composante étrusque par les marseillais demande de fait à être relativisée. Si les tendances observées en 2012 demandent encore à être confirmées, pour le moins a-t-on là une piste à suivre qui devrait permettre de préciser la nature de l'établissement lattois du début du Ve s. et son insertion dans un réseau indigène, dont notre perception a considérablement évolué depuis les fouilles récentes de La Cougourlude (I. Daveau-INRAP) et du Mas de Causse (C. Newman-Oxford Archéologie). Pour en revenir à la phase 1R, la complexité de la stratigraphie évoquée plus haut laisse encore entrevoir un potentiel dans la partie Est de la zone où les tendances observées en 2011, à savoir une succession très rapprochée dans le temps d'aménagements divers principalement liés à la présence de bétail, se sont vues largement confirmées. En revanche, une nouveauté est apparue via la fouille d'un bâtiment quadrangulaire (UNF141) dont la technique de construction, en bauge sur solin de pierre, évoque assez directement celle utilisée pour la maison à absides voisine (UNF139). Plus encore, ce bâtiment semble avoir été abrité des fonctions domestiques avant de se voir transformé en annexe de l'habitation proche. Si la coexistence de deux formes architecturales (absidiale d'un côté, quadrangulaire de l'autre) peut poser question, les donnes acquises ne permettent pas d'imaginer de réelles différences de fonction. Dans le même temps, la fouille a révélé que le bâtiment absidial mis au jour en 2011 connaissait un premier état, caractérisé par une architecture en torchis. Cette construction légère semble n'avoir fonctionné que sur une courte durée, au tout début de la séquence, et correspond peut-être à une réalisation volontairement provisoire, liée à la phase de réinstallation sur le site. Le phasage, bien qu'encore provisoire, est désormais mieux cerné, permettant de restituer avec suffisamment de précision l'histoire de ce quartier dont l'originalité, au regard de la zone 27, ne cesse de se renouveler d'une phase à l'autre. Concernant les maisons à cour, qui font l'objet de deux programmes menés en parallèle, l'intérêt de ces bâtiments réside dans l'ancienneté et, dans le cas de la maison 5210, danssa taille exceptionnelle, d'un type rare sur les sites préromains du Midi de la Gaule. Par ailleurs, l'apparition de la maison à cour centrale marque une transformation importante du paysage urbain et sans doute des rapports sociaux au coeur de Lattara. Les problématiques sont nombreuses, et la campagne de 2012 a déjà amélioré notre Introduction 5 compréhension de l'organisation de l'espace, la fonction des pièces et la datation des phases d'occupation. Concernant la maison 52101 (zones 52/55), la fouille des secteurs 1, 4, 5 et 6 a livré des données importantes sur la datation et la fonction des pièces. En effet, il est maintenant clair que les pièces 3 et 8, au milieu des ailes orientales et occidentales de la maison, ont servi pendant tout le IIIe siècle av. n. è. comme cuisine, munies d'un grand foyer construit et de quelques foyers lenticulaires présents sur chacun des sols successifs. Ces sols ont été réaménagés plusieurs fois sur des remblais, avec des aires de circulation et de passage entre les pièces. Toutefois, les éléments de base, de même que la nature fonctionnelle de la céramique, sont restés les mêmes d'une phase à l'autre. D'ailleurs, l'aménagement de ces pièces ressemble beaucoup à celui mis en évidence dans la pièce 5, avec quelques aspects particuliers révélés au cours de cette année, ce qui irait dans le sens d'une répétition des salles de cuisine au milieu de chaque aile de la maison. En revanche, la pièce 1 possédait plusieurs petits foyers lenticulaires, un four, une grande fosse-foyer, et des structures un peu énigmatiques. La fonction de cette pièce n'est pas encore claire, mais le contraste avec la pièce 3 est évident. Enfin, la petite pièce 4 a changé de fonction et d'axe de circulation au cours du temps. Au début du IIIe s. av. n. è. elle possédait une fonction évidemment culinaire,se distinguant toutefois des grandes pièces de cuisine connues par ailleurs. Dans la zone 54, la fouille a essentiellement concerné les niveaux situés entre la fin du IVe s. et le premier quart du IIIe s. av. n. è. Les travaux ont été poursuivis sur l'ensemble des pièces de la maison à cour centrale, dont le plan -original- présente de nombreux points communs avec la maison adjacente : l'ensemble 52101. Il a été possible d'approfondir notre connaissance des maisons de plan méditerranéen de la ville de Lattara, avec l'objectif principal de dater leur mise en place, probablement vers la fin du IVe s. av. n. è. Les travaux développés dans la cour pendant la campagne 2012 se sont attachés à continuer le sondage ouvert en 2011, ce qui a permis d'approfondir l'exploration de la séquence sédimentaire du secteur central de la maison. La séquence archéologique documentée dans cet espace atteste une dynamique stratigraphique complexe, des structures et des activités propres à un espace extérieur non couvert. Ces observations s'intègrent parfaitement dans ce qui a pu être décrit depuis la première campagne sur la zone 54. Cette année la fouille s'est attachée à l'exploration simultanée des ailes est et ouest de l'ensemble. L'aile orientale, formée des pièces 54/1 et 54/2, a livré plusieurs niveaux de sols attribués au premier quart du IIIe s. av. n. è. En ce qui concerne le secteur 1, s'il est évident qu'il n'est plus voué au stockage, contrairement aux niveaux plus récents, sa fonction précise est encore difficile à appréhender. Les aménagements sont rares et se limitent à des foyers, plusieurs trous de poteau et une banquette ; le mobilier archéologique demeure peu abondant, voire absent. La pièce 2, située directement au sud de la précédente, a livré des niveaux synchrones. À l'image du secteur 1, les structures mises au jour sont peu abondantes (banquettes, trous de poteau et foyers) et ne semblent pas définir un espace destiné à un usage proprement productif ou uniquement de stockage. À l'inverse, une lecture préliminaire permet d'y voir davantage une pièce de vie, ou même une salle à manger. L'aile occidentale est constituée d'une série de pièces mitoyennes : les secteurs 54/4, 54/5 et 54/6. En 2012, les derniers niveaux atteints sont datés du premier quart du IIIe s. av. n. è dans les secteurs 4 et 5, alors qu'ils sont plus anciens dans le secteur 6, soit au tout début du IIIe s. av. n. è. Même si la fouille s'attache à avoir une vision synchrone sur l'ensemble des secteurs, le pendage important des couches implique une décalage stratigraphique entre la pièce 6 et les autres secteurs de l'aile ouest. La campagne de 2012 dans les secteur 54/4 et 54/5 s'est essentiellement attachée à la compréhension d'une importante phase de restructuration générale aux deux pièces, mise notamment en évidence par deux grandes fosses qui occupent chacune des deux salles. Ces changements pressentis depuis 2011 ont pu être documentés cette année par une stratégie de fouille commune aux pièces 4 et 5. Il est désormais possible de dresser le déroulement des événements qui ont conduit à la réfection de la plupart des murs autour de 275 av. 6 Pierre garmy n. è. Il semble également que ce processus de réaménagement architectural traduit un changement fonctionnel dans les deux pièces. La fouille du secteur 6 s'est bornée à la caractérisation de SL54917=54857, dernier niveau atteint en 2011. La mise au jour de la base de deux des murs de la pièce nous a cependant encouragé à poursuivre nos investigations notamment en raison de l'imposante mise en oeuvre de ces élévations. Cette pièce a livré une image similaire de celle fournie par les secteurs 1 et 2 de l'aile est, avec des aménagements peu abondants dont essentiellement des foyers et des trous de poteau. Dans la zone 75, les nouvelles données acquises au cours de la campagne 2012 concernent tout d'abord l'occupation de la zone 75 au cours de la phase C (-125/-50). La mise en évidence sur le secteur 6 d'un fournil, dont les capacités de production dépassent celles des besoins du cadre familial, nous conduit à reconsidérer l'hypothèse d'une unité domestique. L'ensemble composé des pièces 3, 6 et de la cour attenante (secteur 7) semblerait plutôt correspondre à un espace de service au sein duquel la pièce 3 pourrait faire office de taverne. Le sondage effectué entre les secteurs 75/8 et 137/5 a permis quant à lui, d'apporter de nouvelles données relatives à la restructuration de ce quartier, qui est marquée par le déplacement de la voirie au début de la deuxième moitié du Ier s. av. n. è. Cette restructuration s'accompagne de la construction d'un vaste édifice, vraisemblablement cultuel, aux fondations imposantes de 80 cm de large en moyenne, qui s'étend jusque sur la zone 76 et dont le plan a été complété cette année. Ce plan correspond cependant à celui de structures épierrées, dont les sols ont de plus été arasés. Il n'est donc pas certain qu'elles appartiennent toutes au même édifice. Les derniers niveaux d'occupation conservés, dans lesquels ces structures sont implantées en fondation, sont datés autour du milieu du premier siècle av. n. è. Ils sont donc à peu près contemporains du déplacement de la voirie. Or les nouvelles données acquises à l'occasion du sondage réalisé entre la rue 137 et la zone 75 nous conduisent à dater les murs périphériques de cet édifice (TR60015, MR76015, MR76020, MR76027) de la fin du dernier quart du Ier s. av. n. è. Le déplacement de la rue ne serait donc pas à mettre en relation avec leur construction. Il serait justifié par un autre aménagement, peut être la construction d'un autre bâtiment public, qui aurait fonctionné entre -50 et -15 environ. On notera à ce sujet que parmi les structures de la phase B (-50/-1) mises au jour sur la zone 75, plusieurs d'entre elles étaient constituées de fragments de fût et de base de colonne pouvant provenir de la destruction d'un édifice antérieur situé à cet emplacement.
Type de document :
Rapport
2012
Liste complète des métadonnées

https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00962439
Contributeur : Pierre Garmy <>
Soumis le : vendredi 21 mars 2014 - 12:11:04
Dernière modification le : vendredi 16 septembre 2016 - 15:08:11
Document(s) archivé(s) le : samedi 21 juin 2014 - 11:10:12

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Pierre Garmy, Eric Gailledrat. LATTARA (Lattes, Hérault) 2012 : Rapport de fouille programmée. 2012. <halshs-00962439>

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