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Ethiques et pratiques éthyliques en milieu urbain marocain

Résumé : Les jeux de lumière suivent le rythme endiablé des dernières musiques à la mode. Un verre à la main, une bouteille sur la table, la jeunesse dorée marocaine vit sa nuit à l'abri des regards de la rue. Sur le bar, des danseuses en tenue légère font la promotion d'une nouvelle marque d'alcool et abreuvent généreusement une foule ramassée autour d'elles : un samedi soir comme les autres dans cette boîte de nuit très prisée de Marrakech. Dans ces lieux, la consommation d'alcool est une condition nécessaire à l'entrée ou à la réservation d'une table. Pour franchir la barrière en velours rouge consciencieusement surveillée par les vigiles, il faut transgresser un certain nombre de lois, car au Maroc, la consommation d'alcool est l'objet d'une condamnation religieuse, juridique et sociale. La société marocaine se caractérise par l'importance des représentations sociales, ici définies comme des formes de pensée sociales ancrées au sein d'un groupe et d'un système de valeurs qui lui est propre, et qui joueraient un rôle de filtre analytique à toute nouvelle information. La mise en œuvre des représentations sociales semble déterminer l'appréhension des pratiques liées à l'alcool. Cependant, l'interdit qui les frappe ne fait pas consensus. En milieu urbain marocain, la consommation d'alcool est présente sous différentes formes, sans être exposée de manière évidente, ni avoir un usage social et socialement accepté. Au Maroc, l'alcool est produit, commercialisé et surtout consommé par diverses catégories sociales, ce qui donne à voir une multiplicité des pratiques, dont le point commun est d'être régi par une morale de la visibilité (Buisson-Fenet ; 1997). A partir du moment où les apparences sont sauvées, les buveurs ne sont pas des marginaux ; c'est l'acte de boire et non l'individu qui est condamné par le corps social. En étudiant les enjeux spatiaux et sociaux d'une pratique a priori transgressive, cet article pose deux questions majeures. Sur le plan individuel, comment se résout le dilemme entre la volonté de suivre sa propre envie et le respect des convenances sociales pour échapper à la marginalité ? Dans quelle mesure la question de l'alcool, objet d'interdictions mais aussi d'un certain pragmatisme de la part de l'état, finit par cristalliser un certain nombre de tensions, et demeure un sujet sensible et instrumentalisé sur la scène politique et médiatique ? Les études de terrain menées à Rabat en 2010 permettent d'affirmer que ce sont les dimensions spatiales de l'acte qui préfigurent sa conformité aux normes. Reléguée à la sphère des pratiques privées, la question de la consommation d'alcool dans la sphère des débats publics est réduite au rôle d'exemple d'une politique marocaine dite hypocrite et à double vitesse, tout en étant l'écho d'un choix de société indécis qu'il conviendrait de régler.
Document type :
Journal articles
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00871878
Contributor : Marie Bonte Connect in order to contact the contributor
Submitted on : Thursday, October 10, 2013 - 9:11:23 PM
Last modification on : Wednesday, October 20, 2021 - 1:52:05 AM

Identifiers

  • HAL Id : halshs-00871878, version 1

Collections

CNRS | PACTE | UGA

Citation

Marie Bonte. Ethiques et pratiques éthyliques en milieu urbain marocain. Confluences Méditerranée , l'Harmattan, 2011, 3 (78), pp.145-156. ⟨halshs-00871878⟩

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