La " philologie numérique " : tentative de définition d'un nouvel objet éditorial

Résumé : Les linguistes travaillant sur l'histoire du français ont toujours basé leurs travaux de recherche sur des éditions scientifiques de textes anciens. Depuis bon nombre d'années, le développement de la linguistique de corpus et de ses méthodes empiriques a par ailleurs favorisé la constitution de grandes bases de données largement diffusées. Les besoins et les exigences des linguistes ont donc évolué et se sont progressivement accrus au fur et à mesure que le développement des technologies modernes rendait le recours à de nouveaux outils (concordances, index, calculs statistiques) indispensable à la recherche basée sur corpus et offrait d'une part des possibilités d'enrichissement des textes inédites jusque là (étiquetage morphologique, parsage syntaxique, etc.), d'autre part des possibilités étendues d'accès critique au texte de base (navigation entre niveaux de transcription suivant l'objet linguistique étudié, lecture synoptique de facsimilés et de transcriptions, etc.). Plus récemment, les progrès continus de la technologie ont également permis d'envisager la réalisation d'éditions d'un nouveau type. Les éditions numériques de textes anciens, de plus en plus nombreuses depuis les années 1990, ont permis d'explorer les nouvelles potentialités offertes par les outils informatiques et ont parallèlement mené au développement de nouvelles pratiques éditoriales. Le numérique a ainsi conduit les philologues éditeurs de textes à repenser et à redéfinir des pratiques qui pouvaient, par ailleurs, sembler relativement hétérogènes et diverses (Duval 2006). Le moment semble donc venu d'adopter une attitude réflexive à l'égard de l'ensemble de ces recherches et de mener une réflexion théorique et méthodologique dans le but de mieux définir ce que sont l'édition numérique, ses enjeux, ses principes et ses méthodes. La pratique et la théorisation de la philologie numérique ('digital philology') ont déjà fait l'objet de plusieurs publications majeures essentiellement anglophones (par exemple Burnard & al. 2006 et Ciula & al. 2006), sans parler de nombreux articles de la revue Literary and Linguistic Computing et de communications au colloque annuel Digital Humanities. Les publications sont nettement moins nombreuses dans le domaine de la philologie romane. Par ailleurs, les relations entre la philologie numérique et la philologie traditionnelle sont encore loin d'être définies et de nombreuses éditions continuent à être produites " à l'ancienne " (même si depuis plusieurs décennies toute édition passe par le médium électronique lors de sa production). Cette situation est dûe en partie au manque de consignes claires quant à la production d'une édition numérique, à l'absence d'un cadre de description précis des multiples usages qui peuvent en être fait au-delà de la simple lecture et de critères solides pour leur évaluation. En nous fondant sur notre expérience et sur l'Édition numérique interactive de la Queste del saint Graal (http://txm.bfm-corpus.org/txm), notre communication proposera une tentative de définition d'un objet éditorial d'un genre partiellement nouveau, dont nous aborderons les principales composantes : - l'étude de la tradition manuscrite et la procédure de choix du/des manuscrit(s) ; - l'apparat critique (introduction, notes, glossaire, index, recherches linguistiques, etc.) et la place de la traduction en langue moderne ; - l'établissement du texte : les types de transcription (plus ou moins diplomatique, plus ou moins normalisée), les possibilités de choix multiples à travers différentes facettes permettant une navigation interactive ; - les outils et les stratégies d'interrogation et de recherche ; - les modes et conditions de diffusion et les publics visés. Ce faisant, notre exposé détaillera les principaux enjeux méthodologiques et scientifiques liés aux outils numériques et aux pratiques éditoriales émergentes, en proposant une réflexion sur le concept de " philologie numérique ", et en montrant, à partir d'exemples de recherche concrets, ses principaux apports pour la recherche philologique et linguistique - mais aussi littéraire ou historique. Nous espérons que cette réflexion contribuera à promouvoir de nouvelles pratiques éditoriales qui allient la qualité du travail philologique à la facilité d'accès et d'usage pour différentes catégories d'utilisateurs.
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Chapitre d'ouvrage
Richard Trachsler; Frédéric Duval; Lino Leonardi. Actes du XXVIIe Congrès international de linguistique et de philologie romanes (Nancy, 15-20 juillet 2013). Section 13 : Philologie textuelle et éditoriale, 2016, 〈http://www.atilf.fr/cilpr2013/actes/section-13.html〉
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Contributeur : Alexei Lavrentiev <>
Soumis le : jeudi 31 octobre 2013 - 15:16:55
Dernière modification le : dimanche 15 octobre 2017 - 22:44:16
Document(s) archivé(s) le : samedi 1 février 2014 - 02:40:17

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Céline Guillot, Alexei Lavrentiev, Thomas Rainsford, Christiane Marchello-Nizia, Serge Heiden. La " philologie numérique " : tentative de définition d'un nouvel objet éditorial. Richard Trachsler; Frédéric Duval; Lino Leonardi. Actes du XXVIIe Congrès international de linguistique et de philologie romanes (Nancy, 15-20 juillet 2013). Section 13 : Philologie textuelle et éditoriale, 2016, 〈http://www.atilf.fr/cilpr2013/actes/section-13.html〉. 〈halshs-00846767〉

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