Mgr Daguin : du tout à tous paulinien à la lutte pour la condition de la femme en Mongolie au 19ème siècle.

Résumé : Conclusion de la communication: Derrière les petits-pieds, il y a l'image de la femme dégradée et regardée comme un objet de plaisir. Les missionnaires sont nombreux et unanimes à condamner cette pratique. Ils la qualifient de barbare parce qu'elle "condamne la femme à des souffrances inutiles et sans mérite, mais atroces, qui commencent à l'aurore de ses jours et finissent à son dernier soupir" . Il ne s'agit pas ici d'une simple remarque d'un missionnaire opposé à la coutume, mais bien de la description d'une terrible réalité. Ce constat résume l'ensemble des témoignages des missionnaires, mais, il semble bien difficile de s'attaquer à une coutume ancrée dans les moeurs et qui, au fil du temps, s'est généralisée en Asie. Et pourtant un vicaire apostolique part en guerre contre le bandage des pieds. La sensibilité et la profonde charité de Mgr Daguin nous permettent de comprendre le choc qu'il a du ressentir à son arrivée en Chine lorsqu'il s'est trouvé en face de ces femmes aux pieds déformés. L'évêque condamne la coutume au nom de la Création divine parfaite en son essence car celle-ci porte atteinte à l'intégrité physique de la créature et donc à sa dignité. Corrélativement, il s'ensuit qu'elle est insoutenable sur le plan humain et donc que c'est un devoir qui relève de la vertu de charité que de tenter de l'éradiquer. L'acte de Mgr Daguin est le catalyseur des consciences révoltées des missionnaires et il devient le défenseur de la dignité de la femme. Finalement il a osé faire ce beaucoup n'osaient pas probablement par crainte de compromettre l'évangélisation et par peur des réactions violentes dans une conjoncture défavorable au christianisme dans l'Asie de l'époque. D'autre part, Rome ayant par prudence toléré la coutume il était difficile d'oser s'y attaquer sans avoir pesé les conséquences. Pourtant, une fois amorcé le combat, les missionnaires ont suivi malgré les réserves de Mgr Mouly. Les témoignages des successeurs de l'évêque, tous en sa faveur, montrent les fruits postifs qu'en a retiré l'évangélisation. Mais, si Mgr Daguin a condamné fermement la coutume, il n'a pas condamné ceux qui la pratiquait. Il a demandé et veillé à une application sans sévérité de ses décisions. Or, à la même période cette coutume est contestée dans son propre milieu. Des courants et des mouvements de contestation féministes condamnent le bandage des pieds symbôle même du pouvoir de l'homme sur la femme et empêchant son émancipation. Si, donc cette réforme est indépendante, elle s'inscrit cependant dans un contexte général très défavorable à la coutume. A partir du XVIIIème et du XIXèmesiècle, cette pratique commence à être contestée et combattue, notamment par le féministe Yu Tchangsie (1775-1840). Au XVIIIème siècle, le romancier Li Ru-zhen, dans son ouvrage Fleurs dans le miroir, dénonce avec violence le sort cruel résérvé aux femmes dont le bandage des pieds. Il imagine un pays où les femmes font subir le bandage des pieds aux hommes et il se complet à en décrire les souffrances. Le mouvement politico-religieux T'ai-p'ing qui déclenche une révolte contre la dynastie Mandchoue des Qing entre 1850 et 1864, affiche des revendications féministes et englobe dans sa réprobation des coutumes dégradantes, à l'égard des femmes, celle du bandage des pieds . Ainsi, dans une période où cette pratique était remise en cause dans son milieu par son propre milieu, Mgr Daguin n'arrivait pas en marge de celui-ci. Bien au contraire, il y trouvait sa place et nul ne pouvait lui reprocher de s'attaquer à une culture ou de vouloir européaniser. En Chine et, plus particulièrement, en Mongolie, l'action de Mgr Daguin marque une étape dans le processus d'évangélisation. Au delà d'une simple lutte contre une coutume cruelle, il repose le problème des méthodes d'apostolat, de la pédagogique missionnaire à mettre en oeuvre pour instaurer le christianisme. Il montre que la pastorale et la pédagogie est au service de l'évangélisation et qu'il faut savoir l'adapter aux circonstances. Elle n'est pas immuable. Il a montré que l'Eglise est capable d'opérer un tri dans les cultures en condamnant ce qui porte atteinte à la dignité de l'homme, image de Dieu. Enfin, Mgr Daguin a été un missionnaire qui a su parfaitement s'insérer dans le milieu et la culture Mangoux. De cette manière il était prêt pour travailler ce milieu plus en profondeur et lancer des réformes qui ont été acceptées parce qu'il était devenu un des leur, Mangoux parmi les Mangoux. Ainsi, par son action il a peut-être permis la véritable évangélisation de la Mongolie.
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Conference papers
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Contributor : Yannick Essertel <>
Submitted on : Wednesday, July 10, 2013 - 7:02:09 PM
Last modification on : Thursday, January 18, 2018 - 1:30:48 AM

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Yannick Essertel. Mgr Daguin : du tout à tous paulinien à la lutte pour la condition de la femme en Mongolie au 19ème siècle.. Mgr Daguin : du tout à tous paulinien à la lutte pour la condition de la femme en Mongolie au 19ème siècle., Jan 2003, Paris, France. p.117-129. ⟨halshs-00843216⟩

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