La construction processionnelle de l'espace communautaire

Résumé : La question de la formation médiévale des espaces de domination (les territoires) et du rôle spécifique qu'ont pu jouer l'église, le château, le droit ou la coutume, préoccupe une partie notable des médiévistes depuis les années 1970 et a donné naissance à divers modèles explicatifs de grande valeur heuristique (incastellamento, encellulement, communalisme, ensagrerament, inecclesiamento...). Loin de vouloir ajouter un nouveau modèle à cette liste, quelques médiévistes ont entrepris, à partir de 2002, de revisiter ce processus en insistant sur son aspect spatial, c'est-à-dire en tant que processus de sociogenèse non pas dans l'espace, mais de l'espace - bref en considérant l'espace non pas comme un cadre ou comme une ressource, mais comme un résultat, sous la forme d'un ensemble de représentations, discours et pratiques, en dehors desquels l'espace n'existe pas. Partant du principe que les communautés d'habitants, qui résultent de ces transformations, sont d'une autre nature spatiale que les paroisses auxquelles elles peuvent pourtant parfois correspondre, et avec lesquelles elles ont fini par fusionner, si bien que les limites paroissiales ont pu être en divers endroits converties en limites communales au tournant de l'époque contemporaine, on doit alors s'interroger sur les modalités pratiques qui ont conduit à faire coïncider socialement (et pas seulement de fait, par simple et éventuelle coextensivité) communauté d'habitants et paroisse. Une pratique sociale récurrente et institutionnalisée semble pouvoir être examinée sous cet angle: les processions générales, qui font déambuler les paroissiens dans un espace correspondant pour bonne part au finage. C'est à une première approche du phénomène processionnel dans la perspective indiquée, comme contribution à la formation à long terme de l'espace communautaire paroissialisé, qu'est consacré cet article, qui examine successivement trois formes processionnelles distinctes : 1) les processions rencontrées dans les documents des Xe-XIIe siècles, qui permettent d'avancer l'hypothèse d'une contribution peut-être non négligeable du phénomène processionnel à l'évolution qui mène du système domanial au système seigneurial encellulé, donc à l'espace communautaire ; 2) l'ensemble des processions organisées à partir de Xanten et notamment leur contribution à la configuration somme toute tardive, à partir du XIIIe siècle, d'espaces de domination spécifiques en fonction desquels peuvent s'affirmer des identités communautaires ; 3) enfin l'éventualité d'une contribution particulière des Rogations à la configuration ecclésiale de l'espace communautaire. Au bout du compte, on observe, en une sorte de paradoxe, que les processions fonctionnent à partir du XIIe siècle comme un mode de déplacement qui fixe les populations au sol - fixation au sol qui n'a justement rien d'une opération brutale (elle est d'ailleurs corrélative de la grande vague d'affranchissements et de disparition du servage) mais réside dans l'inculcation de l'esprit de clocher et de l'identification au lieu d'habitation.
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Contributor : Joseph Morsel <>
Submitted on : Tuesday, May 28, 2013 - 5:37:50 PM
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Citation

Ludolf Kuchenbuch, Joseph Morsel, Dieter Scheler. La construction processionnelle de l'espace communautaire. Didier Boisseuil, Pierre Chastang, Laurent Feller et Joseph Morsel. Écritures de l'espace social. Mélanges d'histoire médiévale offerts à Monique Bourin, Publications de la Sorbonne, pp.139-182, 2010, Histoire ancienne et médiévale - 101. ⟨halshs-00825504⟩

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