Descartes atomiste ?

Résumé : Descartes a entrepris de réfuter l'atomisme et il s'est à plusieurs reprises élevé contre une interprétation atomiste de son œuvre. Pourtant, tout au long du XVIIe siècle, il a été rangé parmi les successeurs de Démocrite et d'Epicure. Il s'agissait donc à la fois de restituer les raisons pour lesquelles Descartes s'est opposé aux deux thèses caractéristiques de l'atomisme (l'existence de corpuscules indivisibles et l'existence du vide) et d'expliquer la persistance d'interprétations atomistes de son œuvre. L'article était conséquemment structuré de la manière suivante : 1. J'analysais en premier lieu les deux preuves différentes de la divisibilité à l'infini de la matière que Descartes propose. J'examinais tout d'abord la preuve classique, celle que Descartes mit en place dans les années 1640 et qui repose, pour le dire sommairement, sur l'idée qu'il y a une contradiction entre " être un corps " et " être indivisible ". La question était pour moi de déterminer si cette preuve pouvait être considérée comme réfutant effectivement les atomistes. À cet effet, je pris Gassendi comme exemple d'atomiste. J'en venais ensuite à la preuve singulière que Descartes avance en Principia philosophiae, II 34, de ce que la matière est réellement (reipsa) divisée en particules vraiment (revera) indéfinies ; mon objectif était d'abord de l'expliquer, ce qui à ma connaissance n'avait jamais été fait, mais aussi de montrer qu'elle a un objet différent de la preuve classique : en bref, elle porte sur la division, alors que la preuve classique porte sur la divisibilité. 2. La deuxième partie de cet article examinait l'argument de Descartes contre la possibilité du vide. C'était l'occasion de revenir sur l'" expérience du vide ", faite pour la première par Torricelli, puis reprise dans la communauté expérimentale qui se regroupait alors autour de Mersenne, Roberval et Pascal. J'ai en particulier montré qu'il y avait deux questions distinctes pour cette communauté : la question ontologique de la nature de l'espace en haut du tube, apparemment vide d'air, et la question causale de ce qui explique que le mercure ne monte pas au-delà d'une hauteur donnée. Le fait épistémologique intéressant est que ces deux questions sont effectivement distinctes : la réponse donnée à l'une ne détermine pas la réponse donnée à l'autre. 3. L'opposition de Descartes aux atomistes ayant déjà été en grande partie analysée dans l'ouvrage de Dan Garber, Descartes' Metaphysical Physics, c'était dans la troisième partie que j'examinais l'anomalie qui constituait l'apport significatif de cet article. Comment Descartes avait-il pu passer pour atomiste, alors qu'il avait entrepris de réfuter l'atomisme aussi effectivement que cela lui était possible ? En réponse à cette question, je dégageais les trois motivations qui, au XVIIe siècle, avaient pu conduire à ranger Descartes parmi les atomistes. Première motivation : dans une période de polémiques entre factions religieuses ou philosophiques, il était possible de procéder à des assimilations peu soucieuses d'exactitude doctrinale ; découvrant alors les ouvrages classiques de Francisque Boullier, Joseph Prost et Gaston Sortais, mais aussi les travaux de Roger Ariew et de Lawrence Brockliss, je commençais à m'intéresser aux condamnations du cartésianisme et à la manière dont Descartes était devenu, au moins officiellement, la référence en matière de nouveauté, puis de ce qu'on a appelé modernité. Deuxième motivation : m'appuyant sur des textes de Jean Chapelain et de Christian Huygens, je montrais qu'il avait semblé naturel à ces derniers de distinguer entre deux niveaux de la physique cartésienne, corpusculariste " en théorie ", " en principe " ou " en général ", mais atomiste " en pratique ", " en réalité " ou " en particulier ". Dans ce cas, c'était donc en raison des explications particulières que Descartes avait proposées de certains phénomènes qu'il pouvait être inscrit dans une histoire de l'atomisme figuratif. Enfin, j'argumentais que, dans une histoire de l'engendrement des systèmes, les apories du livre II des Principia philosophiae concernant l'individuation des corps et la persistance de leurs différences dans le temps, d'ailleurs bien relevées par Géraud de Cordemoy, Christian Huygens, Leibniz ou Henry More, avaient pu conduire à voir dans l'atomisme le destin naturel de la physique cartésienne.
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Chapitre d'ouvrage
Atomismo e continuo nel XVII secolo, Vivarium, pp.211-274, 2000
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Contributeur : Sophie Roux <>
Soumis le : mardi 2 avril 2013 - 19:58:00
Dernière modification le : mardi 24 avril 2018 - 17:20:14
Document(s) archivé(s) le : mercredi 3 juillet 2013 - 04:01:55

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Sophie Roux. Descartes atomiste ?. Atomismo e continuo nel XVII secolo, Vivarium, pp.211-274, 2000. 〈halshs-00806455〉

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