Reconnaissance des visages et analyse fonctionnelle

Résumé : Les visages constituent une partie importante de notre environnement perceptif et social1. Que la reconnaissance des visages soit l'opération d'un module cognitif spécialisé est une thèse de la psychologie évolutionniste, tout se passant, à en croire les chercheurs dans ce domaine, comme si l'existence d'un tel module était hors de doute et que le rôle, l'ontogenèse et la phylogenèse de ce module étaient eux aussi bien connus2. Ma perspective sera de développer une évaluation critique de cette thèse, évaluation qui relie le débat sur la modularité de la reconnaissance des visages au débat en philosophie de la biologie sur la définition du concept de fonction. La raison de ce rapprochement n'est pas simplement que lorsque les psychologues évolutionnistes disent que la reconnaissance des visages est l'opération d'un certain module, ils désignent en fait la fonction de ce dernier. Elle est également que le concept de fonction qu'ils utilisent est manifestement un concept bien particulier, le concept explicité par la théorie étiologique. Selon la théorie étiologique la fonction F d'un trait est l'effet qui a contribué au recrutement de ce trait par la sélection naturelle dans le passé de l'histoire évolutive3. Et elle est donc aussi la raison d'être du trait en question, ce qui explique, comme on dit, " pourquoi il est là ". Or c'est exactement ce que soutiennent les partisans d'un module de la reconnaissance des visages. Premièrement, cette capacité aurait été recrutée en raison des bénéfices qu'elle conférait à ceux qui en étaient dotés dans l'environnement ancestral. Deuxièmement, elle est la raison d'être de ce module cognitif tel qu'il existe dans l'esprit et le cerveau des membres de notre espèce. En psychologie évolutionniste, la décomposition de l'esprit selon la thèse de la modularité massive est une décomposition fonctionnelle et cette décomposition fonctionnelle présuppose ce qu'affirment de leur côté les partisans de la théorie étiologique, qu'il ne peut y avoir de fonction d'un trait là où il n'y a pas d'histoire évolutive propre à ce trait.
Type de document :
Communication dans un congrès
Jean Gayon, Armand de Ricqlès. Les fonctions, des organismes aux artefacts, 2008, Paris, France. Presses Universitaires de France, pp.319-332, 2010, Science, Histoire et Société
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Contributeur : Denis Forest <>
Soumis le : jeudi 21 février 2013 - 14:02:41
Dernière modification le : mercredi 28 septembre 2016 - 14:11:18

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Denis Forest. Reconnaissance des visages et analyse fonctionnelle. Jean Gayon, Armand de Ricqlès. Les fonctions, des organismes aux artefacts, 2008, Paris, France. Presses Universitaires de France, pp.319-332, 2010, Science, Histoire et Société. <halshs-00792466>

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