Lattara (Lattes, Hérault) 2011

Résumé : L'année 2011 marque le début d'un nouveau programme triennal sur le site de Lattes/St-Sauveur, l'antique Lattara. Dans la zone 1, la fouille des niveaux du deuxième quart du Ve s. av. n. ère, déjà appréhendés de manière partielle en 2009, s'est poursuivie au cours de l'année 2011. Cette phase (1R), considérée comme intermédiaire entre la phase 1S qui, chronologiquement du moins, correspond à la phase étrusque mise en évidence dans la zone 27 et la phase 1R qui, vers -450, voit la mise en place d'une trame urbaine qui conditionnera grandement les phases ultérieures, cette phase intermédiaire donc, se présente au niveau de la zone 1 comme étant à la fois complexe et révélatrice des profonds changements qui affectent alors la ville de Lattara. La campagne de fouille de 2009 avait permis de mettre en évidence dans la partie ouest de la zone les restes très arasés d'une construction de plan bi-absidial (UNF139) matérialisée au sol par une empreinte irrégulière correspondant aux vestiges d'une élévation en terre crue dont la nature restait à préciser, de même que les limites exactes de la construction, très dégradée dans sa partie nord. La fouille de ce bâtiment, reprise en 2011, permet désormais de disposer d'un plan plus complet, tout en précisant les techniques de construction mises en œuvre (bauge). Un plan bi-absidial relativement régulier peut ainsi être restitué avec suffisamment de précision : la construction, avec un maximum de 8,50 m de long (NE/SO) pour 5,30 m de large, occupe une surface hors œuvre d'un peu plus de 35 m2. Aux abords de cette construction se trouve un espace extérieur (secteur 65) dont les limites nord, ouest et sud sont conditionnées par les palplanches délimitant la zone, et à l'est par les constructions en matériaux légers du secteur 63, une limite plus ou moins nette avec ce dernier étant défini par un épandage de cailloux et une structure en pierres (SB53840) qui, à tout le moins, semble indiquer une séparation au niveau des aires d'activité. La stratigraphie s'avère à la fois assez complexe et monotone en raison de l'existence de nombreux aménagements (four, foyers, trous de poteau...) et de séquences où se succèdent des phases de sédimentation caractéristiques d'espaces ouverts, caractérisées par des rejets cendreux ou charbonneux plus ou moins ponctuels. À côté de plusieurs trous de poteau et piquet, on note la présence d'un ensemble composé d'un four construit, d'une fosse-cendrier, d'une cuve enterrée ainsi que d'une fosse constituant une réserve d'argile. La vocation artisanale de ces aménagements (atelier de potier ?), bien que probable, demande encore à être confirmée. La partie orientale de la zone 1 est caractérisée quant à elle par la succession, très rapprochée dans le temps, d'une série de constructions légères telles que appentis et enclos, situés à proximité d'un puits. La présence de nombreux restes végétaux témoigne dans ce secteur de la présence de litières, qui semble clairement témoigner de la présence de bétail, ce dont témoigne par ailleurs la présence de coprolithes. Plus généralement, l'abondance de restes organiques gorgés d'eau a permis sur l'ensemble de la zone de multiplier les prélèvements et vient enrichir un corpus de données particulièrement riche dans la perspective d'analyses paléoenvironnementales et d'étude des pratiques de consommation. À l'issue de cette campagne, il est possible de disposer d'une vision d'ensemble de cette phase pour la zone 1, qui apporte des éléments de réflexion nouveaux quant aux conditions qui président à la réoccupation du site après ce que l'on imagine être une destruction généralisée. Si l'on ne peut encore préjuger de la nature de l'occupation sous-jacente (phase 1S), l'apparition de deux murs arasés appartenant à cette phase permet à tout le moins d'imaginer une situation comparable à celle de la zone 27, indépendamment de la question de l'identité des occupants de ce quartier : Etrusques ou autres... Pour la phase 1R, l'image fournie par la zone 1 est cependant plus complexe que celle fournie pour la zone 27 (phase 27G) où, globalement, seules des architectures légères ont été mises en évidence, avec les difficultés de lecture que cela présuppose (Lebeaupin et al. 2010). Tandis que dans la zone 27 apparaissent alors de probables habitations bâties selon ce mode, qui voisinent avec des espaces ouverts et des constructions annexes, la zone 1 présente en revanche la particularité d'abriter une construction bi-absidiale originale, du moins dans le contexte lattois. Si la technique utilisée (bauge) n'offre en soi rien d'extraordinaire, le soin apporté à la construction et la continuité d'occupation liée à cette maison (UNF139) sur toute la durée de la séquence, permettent d'écarter l'idée d'une phase " instable " faite de tâtonnements et ne répondant pas à un schéma pérenne de l'occupation. Autre argument allant dans ce sens : l'apparente pérennité de l'utilisation de l'espace (habitat et fonctions artisanales/économiques d'un côté ; annexes et logement du bétail de l'autre) existant entre cette phase et la phase suivante (1Q) caractérisée quant à elle par la mise en place d'un urbanisme régulier préfigurant celui des siècles suivants. Ce constat laisse alors à penser que, durant cette phase de réinstallation du deuxième quart du Ve s., une réelle division formelle de l'espace a été réalisée. Dans la zone 27, une intervention limitée sur les maisons étrusques datées du premier quart du Ve s. av. n. ère a été menée afin de compléter la documentation architecturale, notamment en ce qui concerne les questions de mise en œuvre. La hauteur remarquable de l'élévation en terre des murs axiaux (3,50 m), calculée à partir de pans de murs effondrés, pose un problème d'interprétation en l'absence avérée d'étage ou de demi-niveau. La spécificité d'une mise en œuvre liant un soubassement en pierre à une élévation en bauge puis brique crue constitue également une singularité. Dans la zone 52, la fouille de la maison à cour dont l'origine peut être située dans le courant du IVe s. av. n. ère 2101 met en lumière l'intérêt évident de cet ensemble architectural d'un type rare sur les sites préromains du Midi de la Gaule, non seulement du fait de son ancienneté et de sa taille exceptionnelle, mais également parce que l'apparition de la maison à cour centrale marque une transformation importante du paysage urbain et sans doute des rapports sociaux. La campagne de 2011 a permis d'améliorer notre compréhension de l'organisation de l'espace, de la fonction des pièces et de la datation des phases d'occupation. Dans le détail, la fouille des secteurs 1, 3, 4 et 8 a livré des données importantes sur la datation et la fonction des différentes pièces. En effet, il est maintenant clair que les pièce 3 et 8, respectivement au milieu des ailes orientale et occidentale de la maison, ont servi pendant tout le IIIe siècle av. n. è. de cuisines, avec un grand foyer construit et quelques foyers lenticulaires disposés sur chacun des sols successifs. Ces sols ont été réaménagés plusieurs fois sur des remblais, avec des aires de circulation et de passage entre les pièces un peu différentes, mais les éléments de base et la nature fonctionnelle de la céramique, sont restés les mêmes. D'ailleurs, l'aménagement de ces pièces ressemble beaucoup à celui de la pièce 5, ce qui constitue une indication de la répétition des salles de cuisine au milieu de chaque aile de la maison. En revanche, la pièce 1 est équipée de plusieurs petits foyers lenticulaires, d'un four et des structures un peu énigmatiques. Sa fonction n'est pas encore claire, mais le contraste avec la pièce 3 est évident. Enfin, la fouille de 2011 a aussi livré pour la première fois des traces plausibles d'un état architectural plus ancien. Sa nature demande à être vérifiée, de même que sa chronologie, l'intérêt étant de pouvoir fixer plus précisément la date de construction de la première maison à cour. Dans la zone 54, adjacente à la précédente, la fouille d'une autre maison à cour vient compléter notre connaissance des édifices de plan méditerranéen de la ville ancienne de Lattara. Edifiées au IIIe s. av. n. è. ces bâtiments partagent certaines caractéristiques communes, notamment la cour qui articule l'ensemble et la fonctionnalité des espaces. L'étude de l'évolution diachronique de la maison à cour de la zone 54 a été au centre des travaux menas en 2011, le but du programme en cours étant d'atteindre les niveaux de construction sur tous les secteurs ouverts, avec une priorité accordée à la cour qui reste l'élément le plus essentiel, singulier et significatif de cette maison. Concrètement, la campagne 2011 a donc porté de manière simultanée sur tous les secteurs de cet ensemble. Cependant, pour être sûrs d'atteindre l'objectif fixé et tout en privilégiant une lecture synchrone des vestiges, il a été choisi de réduire la surface d'intervention, notamment dans la cour centrale (secteur 54/3). En l'état, la stratigraphie permet de situer la mise en place de cette dernière dans le premier quart du IIIe s. av. n. è. Elle permet également de restituer un espace formant une légère cuvette, forme peut-être due aux effets du ruissellement des eaux de pluie et à la circulation des personnes, où se sont accumulées des couches détritiques issues des activités domestiques. Plusieurs structures de type foyer ou fosse sont également présentes. L'aile orientale de la maison, formée par les pièces 54/1 et 54/2, a également été concernée par es travaux menés en 2011. Dans la première pièce, la fouille a concerné des niveaux de la première moitié du IIIe s. av. n. è., jusqu'au niveau d'un sol qui pourrait être attribué au premier quart de ce siècle. Contrairement à ce qui avait été observé dans les états plus récents, il semble que cette pièce n'ait alors pas une vocation en tant qu'espace de stockage. Sa fonction précise demeure néanmoins incertaine, les aménagements étant à la fois peu abondants et se limitant pour l'essentiel à plusieurs trous de poteau et foyers, tandis que le mobilier archéologique demeure rare ou pratiquement absent. Dans la seconde, la fouille a concerné des niveaux synchrones,permettant d'atteindre des contextes archéologiques du premier quart du IIIe s. av. n. è. Il était jusque difficile de proposer une interprétation fonctionnelle de la pièce. Au terme de la campagne 2011, quelques éléments de réflexion ont été apportés. Les structures mises au jour (banquettes, trous de poteau et foyers sont peu abondantes et ne semblent pas caractériser un espace destiné à un usage proprement productif ou uniquement de stockage mais plutôt une pièce de vie, voire une salle à manger. L'aile ouest de la maison est constituée d'une série de pièces mitoyennes (secteurs 54/4, 54/5 et 54/6) de plan et de dimensions très similaires, avec une surface intérieure comprise entre 15,6 et 18 m2. L'extrémité méridionale a été arasée et la connexion entre la maison et le parement interne du rempart a disparu. En 2009, la fouille s'était arrêtée sur des niveaux du milieu du IIIe s. av. n. è., à l'exception du secteur 6 où un sol du début du IIIe s. av. n. è. avait été atteint. Cette année les travaux se sont essentiellement concentrés sur les secteurs 4 et 5 alors que les recherches dans la pièce 6 ont été consacrées à la fouille de quelques structures spécifiques. Dans secteur 54/4, les travaux menés lors du précèdent programme triennal (2007-2009) avaient permis de mettre en évidence un changement fonctionnel et architectural de la pièce dans le troisième quart du IIIe s. av. n. è. où une pièce de vie se substitue à une salle vouée au stockage de denrées, évolution accompagnée de réaménagements architecturaux. En 2011, la fouille a permis de poursuivre l'exploration stratigraphique de ce secteur, les niveaux fouillés étant à situer autour de 250 av. n. ère. Plusieurs états ont été reconnus, associant notamment une banquette en L à des foyers disposés vers le centre de la pièce. Dans le secteur 54/5, les campagnes précédentes ont montré qu'il s'agissait très probablement de la cuisine de la maison, vu la quantité de foyers successifs découverts dans les niveaux de la deuxième moitié du IIIe s. av. n. è, associés à des structures de calage de vases. Au cours de cette campagne 2011, trois fosses ont pu être délimitées qui se répartissent sur au moins deux états différent et témoignent de réaménagements dont la motivation demeure incertaine ; l'une d'entre elles (FS54634) occupe ainsi une grande partie de la surface de la pièce. La zone 75 a fait l'objet d'une extension portant désormais la surface fouillée à environ 600 m2,. À l'occasion de cette extension, deux nouvelles zones ont été enregistrées : la zone 142, en limite ouest de la zone 75, qui correspond à l'emprise d'un grand collecteur nord-sud traversant le rempart à l'emplacement de la porte du Ve s. av. n. è ; la zone 76, à l'ouest de ce collecteur, dont l'exploration a été limitée pour l'essentiel à un repérage de surface. Sur l'ensemble des zones, la stratigraphie conservée, sous la couche de terre arable, reste antérieure au deuxième quart du Ier s. av. n. è. L'occupation postérieure n'est perçue depuis la surface qu'au travers de structures en fondation, le plus souvent épierrées, mais dont le négatif permet de restituer un plan et d'en tirer des informations. En incluant la phase d'épierrement de ces structures, trois phases principales ont été individualisées. La phase C (-125/-75) correspond aux derniers temps de l'occupation d'un quartier d'habitation, mis au jour sur la zone 75, à l'angle de deux rue. Il comprend un ensemble de deux pièces (secteur 6 et 3) disposées en "L", donnant à l'ouest sur une cour (secteur 7). Côté est, cet ensemble est mitoyen d'un autre espace ouvert (secteur 5) en bordure duquel plusieurs murs (secteur 5) semblent marquer l'emplacement d'une nouvelle unité d'habitation. La phase B (-75/-1), correspond à une profonde restructuration de ce quartier, marquée par la construction d'un ensemble public dont la vocation pourrait être cultuelle et qui s'étend jusque sur la zone 76. L'espace consacré est délimité par un large mur d'enceinte construit au dépend de la rue VO75113 qui est alors déplacée plus au sud. À cela s'ajoute la construction d'un grand collecteur COL142019 qui traverse l'espace public et débouche au nord, hors du rempart, qui à la fin du Ier s. av. n. è. est partiellement démoli. La phase A, d'abandon, est marquée par des épierrements massifs qui débutent dès le troisième quart du Ier s. de n. è. et se terminent au plus tard au cours de la première moitié du IIe s. La campagne de fouille 2011 a fourni de nouvelles informations qui permettent de mieux cerner l'évolution de l'urbanisme dans cette partie de la ville. Bien que des lacunes demeurent, ces recherches mettent en évidence une restructuration profonde de l'habitat qui intervient dans le courant de la deuxième moitié du Ier s. av. è. Au quartier d'habitation de la zone 75 succède alors un ensemble public, délimité à l'est et au sud par un puissant mur qui pourrait faire office d'enclos. La construction de ce mur se fait au dépend de la rue VO75113 qui est déplacée plus au sud où prend place la rue 137. Cette restructuration de l'espace s'inscrit dans un phénomène plus général marqué, notamment, par l'aménagement de la place 143 (60-nord/5), au dépend de l'habitat préexistant (Piquès 2005). De même, au nord, le rempart est partiellement démoli. Un espace de grande dimension est décaissé le long de sa façade septentrionale et un nouveau dispositif urbain se met en place. Il vise d'une part à niveler le sol pour l'installation des nouvelles constructions dans l'espace occupé par la ville ancienne et d'autre part à permettre l'extension de la cité au-delà de ses limites initiales (Lopez, Asencio 2006). Ces nouvelles constructions mises au jour dans les zones 75, 76 et 142, correspondent à cet ensemble public dont la restitution se heurte à l'arasement et l'épierrement important de ses structures. Sur la base de données disponibles, cet ensemble apparaît s'organiser de la manière suivante : à l'intérieur du mur d'enclos (TR60015) sont disposés deux édifices dotés de fondations imposantes, d'une largeur de 1,10 m. De plan quadrangulaire, et d'orientation nord-ouest/sud-est, ils sont distants l'une de l'autre d'environ 12 m. L'édifice oriental, situé sur la zone 75 présentent une largeur en œuvre de 4,20 m et une longueur estimée d'environ 9,40 m. Quant au second (zone 76), son plan n'a pas encore était totalement délimité, mais il présente une largeur en œuvre d'environ 4 m, comparable à celle du précédent. La distance de leur façade méridionale au mur d'enclos est environ de 2 et 3 m. Entre ces deux édifices sont implantés plusieurs bases maçonnées ainsi que des aménagements de fond de fondation (en mortier ou radier de pierre) pouvant correspondre aux bases d'un portique et pour d'autres à des soubassements d'autels. Cet ensemble public, semble s'apparenter à un espace à vocation cultuel dans lequel on pourrait entrevoir deux édifices géminés. À noter, entre parenthèse, que les dimensions de l'édifice oriental correspondent à celle de la cella du sanctuaire de l'oppidum de Roque-de-Viou, de 4,40 m de largeur et de 9,50 m de longueur en œuvre.
Type de document :
Rapport
2011
Liste complète des métadonnées

https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00694495
Contributeur : Eric Gailledrat <>
Soumis le : vendredi 4 mai 2012 - 14:31:24
Dernière modification le : vendredi 16 septembre 2016 - 15:08:11
Document(s) archivé(s) le : dimanche 5 août 2012 - 02:35:17

Fichier

LAT2011.pdf
Fichiers produits par l'(les) auteur(s)

Identifiants

  • HAL Id : halshs-00694495, version 1

Collections

Citation

Pierre Garmy, Elsa Ciesielski, Emilie Compan, Michael Dietler, Stéphanie Dubosq, et al.. Lattara (Lattes, Hérault) 2011. 2011. <halshs-00694495>

Partager

Métriques

Consultations de
la notice

976

Téléchargements du document

1148