Pro(con)fusion du para(con)texte : sur "Le Puzzle de Bestzeller" de Charles Mandica

Résumé : Dès que le lecteur ouvre un exemplaire du Puzzle de Bestzeller ou même n'en regarde que la quatrième de couverture, il est surpris par les différentes strates de paratextes qu'il doit traverser avant d'accéder au texte même. Ce dernier, quant à lui, se déploie selon des modalités différentielles, mêlant deux supports narratifs identifiés respectivement par l'italique et le romain, et une pratique -- étonnante dans l'édition non scientifique d'un texte de fiction -- de la note de bas de page. À cette multitude de dispositifs répond une multiplicité des langues utilisées : si les deux narrateurs utilisent le français, leur langue est émaillée de mots luxembourgeois ou de belgicismes, et certains dialogues sont même retranscrits directement en anglais, sans traduction. De même, le narrateur du cahier jaune, imprimé en italiques, met un soin particulier à retranscrire l'oralité et les idiolectes des personnages, notamment celui des enfants, en modifiant l'orthographe pour rendre compte le plus précisément possible de la déformation des mots ou en mimant les phénomènes d'ellipses ou d'apocope du style oral. Le multilinguisme du roman renvoie à une situation familière à tout résident du Grand-Duché, habitué à mêler les langues. Les multiples procédés de paratextualité, de mise en page, de retranscription de l'oralité font, pour leur part, penser aux œuvres de Perec ou de Queneau. Les notes de bas de page font l'interface entre ces deux aspects : élucidant certains mots ou certaines références pour des lecteurs non initiés, elles sont aussi l'occasion de créer un dialogue direct avec eux en les détournant de leur usage habituel. Enfin, ce roman est auto-édité par l'auteur lui-même : faisant fi des circuits traditionnels, organisant la communication autour de son livre sur Internet, Charles Mandica, CEO chez Steria-Luxembourg, revendique une pratique " punk " de l'édition et, sans doute aussi, de la littérature : la profusion du livre, dans ses méandres textuels, paratextuels et contextuels, renvoie aux procédés de la culture populaire qui sont, comme le soulignait Umberto Eco, les mêmes que ceux de la culture d'avant-garde. La profusion et la confusion ne cessent ainsi de dialoguer dans ce roman-puzzle.
Complete list of metadatas

https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00682023
Contributor : Séverine Barthes <>
Submitted on : Friday, March 23, 2012 - 11:16:41 AM
Last modification on : Thursday, September 5, 2019 - 11:20:04 AM

Identifiers

  • HAL Id : halshs-00682023, version 1

Citation

Séverine Barthes. Pro(con)fusion du para(con)texte : sur "Le Puzzle de Bestzeller" de Charles Mandica. LiFraLu : une belle inconnue. La littérature francophone luxembourgeoise : Bilan et perspectives, Dec 2010, Luxembourg, Luxembourg. ⟨halshs-00682023⟩

Share

Metrics

Record views

192