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le marché du travail vu d'en bas : quelques enseignements d'une recherche comparative sur le travail à bas salaire en Europe et aux Etats-Unis

Résumé : La situation des travailleurs peu qualifiés et peu rémunérés s'est fortement dégradée à partir de la fin des années 1970, non seulement en termes relatifs, mais aussi, dans certains pays comme les Etats-Unis, en termes absolus - leurs salaires progressant moins vite que l'inflation - ce qui s'est traduit notamment par une augmentation importante des inégalités. A partir de la fin des années 1980, de nombreux travaux empiriques ont tenté d'analyser les facteurs à l'œuvre, mettant en lumière deux facteurs principaux, la globalisation, et, surtout, les nouvelles formes d'organisation du travail et technologies de production (regroupées sous le terme de " progrès technique ") qui exigeraient un nouveau de qualification croissant, et donc seraient " biaisées ", selon le terme employé, en défaveur des travailleurs peu qualifiés. Partant de ce constat, la Russell Sage Foundation a lancé un programme de recherche de grande ampleur sur l'avenir du travail peu qualifié . L'objectif était de déterminer si, face aux mutations auxquelles elles faisaient face, les entreprises ne gardaient pas cependant une certaine marge d'autonomie dans le choix des modes de gestion de leur main-d'œuvre peu qualifiée. Plus précisément, à côté de stratégies " basses " (" low roads ") qui semblaient assez largement répandues - consistant à comprimer la rémunération et à intensifier et flexibiliser le travail -, ne pouvait-on pas déceler des " bonnes pratiques " ou " stratégies hautes " (" high roads ") ? Et comment les institutions pouvaient-elles contribuer au choix des entreprises ? Il faut entendre ici le terme d'institution en un sens relativement large : il renvoie à l'ensemble des lois, règles, normes et conventions qui, dans un pays donné, affectent le fonctionnement des marchés, et en premier lieu - mais pas uniquement - le marché du travail. D'une première série de travaux, portant uniquement sur les Etats-Unis, (Appelbaum, Bernhardt et Murnane, 2003), il en ressort que si les stratégies " basses " dominent dan la plupart des secteurs étudiés, il existe cependant des exemples de stratégies " hautes ", pour lesquelles certaines institutions - syndicats, associations d'employeurs plus rarement - peuvent jouer un rôle. Mais pour mieux saisir le rôle des institutions, il faut se tourner vers la comparaison internationale. De fait, dans les pays d'Europe continentale et du Nord, pourtant soumis aux mêmes mutations économiques (globalisation, progrès technique), on ne constate pas, jusqu'au milieu des années 1990, la même dégradation de la situation des travailleurs les moins qualifiés - les inégalités de salaire, notamment, restant relativement constantes. Les effets sur le marché du travail des mutations économiques à l'œuvre semblent donc dépendre des systèmes institutionnels nationaux. Mais ces derniers doivent eux-mêmes s'appréhender en dynamique : mutations économiques et dynamiques sociétales interagissent de façon complexe. Le programme de recherche a donc été étendu, dans une deuxième phase, à cinq pays européens, au niveau de développement comparable, mais aux systèmes institutionnels relativement contrastés : l'Allemagne, le Danemark, la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni . Le choix a été de se concentrer sur le travail à bas salaire, défini comme le travail dont la rémunération horaire est inférieure à deux tiers de la rémunération horaire médiane du pays considéré. Une méthodologie commune a été adoptée, combinant une analyse macroéconomique, pour l'essentiel de nature statistique, et des analyses sectorielles essentiellement fondées sur des études de cas d'entreprises, se concentrant plus particulièrement sur cinq catégories professionnelles : les opérateurs dans l'industrie agro-alimentaires, les femmes de chambre dans les hôtels, les aides-soignants dans les hôpitaux, les téléopérateurs dans les centres d'appel, et les caissiers et vendeurs dans le grand commerce de détail - toutes ces catégories étant massivement à bas salaire aux Etats-Unis. L'objectif n'était pas seulement de comprendre les niveaux de rémunération, mais plus largement, les différences de qualité de l'emploi entre entreprises, secteurs et pays, celle-ci renvoyant à l'ensemble des conditions de travail et d'emploi. Cette contribution se propose de tirer quelques enseignements de cette recherche comparative sur le travail à bas salaire en Europe et aux Etats-Unis. Elle s'organise en trois parties. La première dresse un panorama rapide du travail à bas salaire dans les six pays, en se focalisant sur son niveau, son évolution, sa composition. La deuxième partie adopte un point de vue " macro-sociétal " pour essayer de rendre compte des différences entre pays, en se focalisant sur les cohérences et dynamiques sociétales. Enfin, la troisième partie, se focalise sur les pratiques des entreprises, pour analyser notamment, de façon rapide, leur stratégies de segmentation de la main d'œuvre.
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00675195
Contributor : Jérôme Gautié <>
Submitted on : Wednesday, February 29, 2012 - 12:38:58 PM
Last modification on : Tuesday, January 19, 2021 - 11:08:29 AM

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  • HAL Id : halshs-00675195, version 1

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Jérôme Gautié. le marché du travail vu d'en bas : quelques enseignements d'une recherche comparative sur le travail à bas salaire en Europe et aux Etats-Unis. Ariel Mendez, Robert Tchobanian, Antoine Vion. Travail, compétences et mondialisation, Armand Colin, pp.187-198, 2011. ⟨halshs-00675195⟩

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