De l'intérêt de lier " TMS " et " RPS " : quelles implications pour l'organisation de l'action de prévention ?

Résumé : Les retours des praticiens comme les travaux scientifiques récents dans le champ des troubles musculo-squelletiques et/ou des risques psychosociaux liés au travail soulignent l'intérêt de ne pas trop dissocier les deux risques dans les démarches de prévention. Ceci nous conduit finalement à considérer que les démarches collectives de prévention gagnent en efficacité lorsque le risque, quel qu'il soit, est appréhendé comme une occasion (un prétexte ?) pour interroger le travail.

Le travail comme expérience : le risque de soi au travail par-delà les risques professionnels
Interroger le travail, pour les intervenants de la prévention, c'est prendre le soin d'en respecter au moins 2 caractéristiques essentielles : la complexité et l'imprévisibilité partielle du travail, qui sont relatives aux multiples dimensions de la mobilisation humaine au travail et aux différentes formes de prescription portant sur lui, y compris celles du travail lui-même, nécessitant à chaud des arbitrages situés ; la systématique singularité des situations de travail, où l'interprétation des écarts à la " normalité organisationnelle prescrite" s'avère décisive.
L'évolution des travaux épidémiologiques est convergente : elle invite à renouer des liens entre les types de risques. La prévention collective interroge à ce titre l'organisation du travail, autrement dit, la nature et la mise en oeuvre des prescriptions et procédures qui tendent à organiser socialement l'expérience humaine du travail. Les TMS et les RPS peuvent alors être appréhendés comme le refet de l'impossibilité pour le travailleur de négociation avec son milieu professionnel, à l'aune de ses critères du travail bien fait.

L'organisation de l'action collective de prévention
Mais la prévention collective doit aussi elle-même s'interroger sur sa propre organisation. La tendance à la spécialisation par risques des professionnels du champ de la santé au travail s'avère un atout essentiel à condition que la compétence à parler Travail soit également présente. Sinon, cela conduira à observer des actions spécialisées sans cohérence globale (et généralement sans mémoire des expériences antérieures de prévention), parfois contradictoires, déplaçant les problèmes, en créant de nouveaux... À trop vouloir réduire l'objet (pour le simplifier), on finit par le dénaturer. Les actions alors conduites ne traitent plus du problème initial mais de ce qu'il en reste après les filtres spécialisés des uns et des autres, dont les langages techniques respectifs rendent extrêmement coûteuse toute tentative ultérieure de partage.
L'enjeu apparait donc d'intégrer ces spécificités au sein d'une organisation collective de la prévention qui n'oublie pas le Travail. Des questions très pratiques se posent alors : Qui impliquer ? Comment et sous quelles formes différenciées ? Comment partager et avancer ensemble avec des spécialisations différentes ? Faut-il faire de l'action en santé au travail un projet spécifique ou un projet intégré ? Quelle place pour les questions de performance ?...

La démarche adaptée reste nécessairement contextualisée : prendre l'entreprise là où elle est
Il ne s'agit cependant pas ici de rester sur une vision naïve des contextes d'intervention rencontrés, qui alimenterait alors le " one best way de la prévention " (les " bonnes pratiques "). La diversité des contextes et des acteurs invite davantage à ouvrir des possibles qu'à les restreindre. D'autre part, certains milieux ne sont pas prêts à réinterroger le statut du Travail et du travailleur dans l'organisation. Il ne faut donc sans doute pas opposer de manière trop caricaturale les approches et prendre les acteurs là où ils en sont. Si le saut apparaît trop grand, le risque perçu fait reculer ; il vaut parfois mieux faire un petit pas en avant qu'un saut en arrière. Mais cela n'est possible qu'avec le souci d'une évaluation sérieuse des résultats aux regards des ressources mobilisées.
Complete list of metadatas

Cited literature [10 references]  Display  Hide  Download

https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00605066
Contributor : Catherine Morel <>
Submitted on : Tuesday, July 12, 2011 - 2:06:47 PM
Last modification on : Friday, December 1, 2017 - 11:11:46 AM
Long-term archiving on : Thursday, March 30, 2017 - 12:35:22 PM

File

Coutarel-1.pdf
Files produced by the author(s)

Identifiers

  • HAL Id : halshs-00605066, version 1

Collections

Citation

Fabien Coutarel. De l'intérêt de lier " TMS " et " RPS " : quelles implications pour l'organisation de l'action de prévention ?. Troisième Congrès francophone sur les troubles musculosquelettiques (TMS). Échanges et pratiques sur la prévention / Organisé par l'Anact et Pacte, May 2011, Grenoble, France. ⟨halshs-00605066⟩

Share

Metrics

Record views

630

Files downloads

744