Le marchŽ fait-il la ville?  Ecole thŽmatique dÕAussois 2010

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Les marchŽs dans la ville : vers des hypervilles comme on dit hypermarchŽ ?

 

 

Dominique Lorrain, CNRS, Cems/Ehess.

Ecole thŽmatique du CNRS, Aussois, 29 et 30 septembre 2010.

 

 

 

 

Le jeudi 26 novembre 2009 l'Žmirat de Duba• annonce qu'il suspend le remboursement de sa dette et la restructure[1]. Ds le lendemain les bourses chutent d'environ 3% de Tokyo ˆ Londres et dans les pays Žmergents. Un an aprs la faillite de Lehman Brothers les marchŽs sont nerveux et pendant quelques jours plane la menace d'une banqueroute. Elle ne se produira pas mais la ville-Etat doit rŽviser ses projets grandioses. Ce fait divers mŽrite attention car il tŽmoigne d'une transformation rŽcente des rapports entre la ville et les marchŽs. Surgie des sables en quelques annŽes Duba• se dŽveloppe par la volontŽ d'une famille rŽgnante, par le recours ˆ une dette sans limite, gagŽe par le crŽdit d'un Etat du croissant pŽtrolier, et tout ce projet repose sur l'idŽe qu'une ville peut se dŽvelopper comme une entreprise en se spŽcialisant sur quelques fonctions dans des marchŽs globaux : la finance, le loisir, la logistique. Duba• marque-t-elle l'Žmergence de villes pensŽes dans une logique de marchŽ ? PrŽfigure-t-elle un nouveau modle de rŽfŽrence qui viendrait aprs celui de la ville globale et ses activitŽs financires ? (Sassen )

Pour rŽpondre ˆ ces questions un dŽtour par l'histoire s'impose car les villes ont en gŽnŽral une histoire qui s'inscrit dans un site, un cadre b‰ti, des institutions et des forces sociales. Plus que toute autre activitŽ humaine elles sont hŽritŽes et encastrŽes, ˆ l'opposŽ de la page blanche du modle Žconomique standard et d'un Žchange mathŽmatique sans Žpaisseur. Rares sont les grande villes qui Žmergent soudainement ˆ la diffŽrence d'entreprises : Cisco, Microsoft, Google, Huawei.

 

Les villes et les marchŽs entretiennent depuis longtemps des relations complexes. Elles ont toujours eu ˆ faire avec le marchŽ mais elles n'ont jamais ŽtŽ totalement organisŽes par les marchŽs. Elles se sont formŽes comme lieu de pouvoir (militaire, politique ou religieux) mais aussi comme espace d'Žchanges de biens et de services. La ville dans sa morphologie se compose de briques de base – des logements, des bureaux, des h™tels, des grands magasins, qui ont une valeur marchande et s'Žchangent mais elles s'est aussi construite ˆ partir d'espaces publics – rues, places, accessibles ˆ tous (Mumford, 1964 ; Bairoch, 1985 ; Soja, 2000). Autrement dit si la ville respire par les marchŽs elle ne s'y trouve pas entirement soumise. D'autres principes l'organisent. Ds le dŽpart une large partie des activitŽs urbaines Žchappe au marchŽ et au capitalisme. Cette influence limitŽe et encadrŽe des marchŽs sur la ville s'applique-t-elle toujours aprs trente annŽes de libŽralisation et une montŽe de l'industrie de la finance et du conseil ? Dans les rapports entre la ville et les marchŽs retrouve-t-on la progression que la grande distribution a connue : marchŽ< supermarchŽ< hypermarchŽ ?

 

Une histoire entre proximitŽ et distance.

 

L'image qui rend compte, le mieux, de leurs rapports particuliers nous semble tre celle proposŽe par Fernand Braudel avec sa topique de l'Žconomie ˆ trois couches qui distingue : l'autoconsommation, l'Žconomie de marchŽ et le capitalisme. Pour lui jusqu'au XVIIIe sicle "un Žnorme secteur d'autoconsommation reste tout ˆ fait Žtranger ˆ l'Žconomie d'Žchange (avec) des zones qui participent peu ˆ la vie gŽnŽrale et, dans leur isolement, s'obstinent ˆ mener leur propre existence, presque entirement fermŽe sur elle mme" (Braudel, 1985: 43). L'Žconomie de marchŽ qui sŽduit les historiens et remplit des pages d'archives, "est une simple couche plus ou moins Žpaisse et rŽsistante É entre l'ocŽan de la vie quotidienne qui la sous-tend et les processus du capitalisme qui, une fois sur deux, la manÏuvre par en haut" (ibid: 45). Dans cette belle image l'historien des Annales nous invite ˆ ne pas tout rabattre sur les marchŽs mais ˆ les situer comme une forme de l'Žchange parmi d'autres, entre l'Žnorme masse des Žchanges ordinaires et la pointe d'excellence de l'Žchange marchand que reprŽsente le capitalisme.

 

A bien des Žgard le moyen ‰ge reprŽsente un ‰ge d'or des villes. A partir du 13e sicle "l'Europe s'incarnera essentiellement dans des villes" (Le Goff, 2003: 135). Elles se forment comme place de marchŽ (les foires et les marchŽs) et y ajoutent des activitŽs de production (Braudel, 1985 ; Chaunu et Gascon, 1977 ; See, 1980); les fonctions militaires n'y sont plus principales. Mais cette lecture appelle une double nuance. Premirement la production s'organise sous un registre artisanal qui n'a rien ˆ voir avec la grande industrie de la rŽvolution industrielle, donc le marchŽ s'y manifeste d'une manire singulirement rŽduite, on reste trs loin du capitalisme. Jacques Le Goff utilise la jolie formule "du peuple des menus et du peuple gras" pour rappeler la hiŽrarchie entre les arts mineurs des artisans et les arts majeurs des riches marchands qui interviennent dans un rayon d'action international. Deuximement, ces forces des marchŽs urbains restent largement contenues par les structures hŽritŽes du fŽodalisme (Le Goff,  2003: 141, 146).

 

L'avnement de l'industrie va maintenir cette mise en distance entre le marchŽ et la ville mais pour d'autres raisons et sous d'autres formes. Plusieurs arguments convergent. 

Les villes n'ont pas toujours ŽtŽ au centre du dŽveloppement industriel mme si sur le long terme il y a bien une relation entre l'industrialisation et l'urbanisation des pays occidentaux. Sur ce point Paul Bairoch dŽmontre ˆ partir de la synthse de nombreux travaux que le dŽveloppement de la grande industrie s'est fait souvent en contournant les villes hŽritŽes du moyen ‰ge. L'Angleterre de la rŽvolution industrielle se rŽalise dans des villes "nouvelles"[2] ou dans des petites villes (Bairoch, 1985: 331).  Le dŽcalage semble encore plus vrai dans le cas de l'Italie dont l'Žconomie semble ŽcrasŽe par des villes taillŽes pour commander un vaste empire et trop amples pour l'Žtat du pays au 19e sicle. Bairoch parle de "villes parasitaires" (345). Le mme argument se retrouve chez Pierre Chaunu en des termes plus vifs et pour une pŽriode antŽrieure : "la sociŽtŽ antique conna”t la citŽ (et non l'Etat)ÉÉ. L'empire romain est autour de la citŽ cancŽreuse de Rome une fŽdŽration de citŽs É Le collapsus dŽmographique (au moment de la chute de l'empire) Žtait dž en partie ˆ la surcharge urbaine" (Chaunu, 1982, 127).

Le dŽveloppement de l'industrie en Angleterre au milieu du 19e sicle va avoir des consŽquences terribles soulignŽes par de nombreux observateurs : habitat insalubre, densitŽ Žnorme dans les quartiers populaires, insuffisances d'Žquipement public. Dans son beau livre sur l'histoire des villes et de la pensŽe urbaine Peter Hall entre dans le vif du par un long chapitre sur la ville du cauchemar : the City of Dreadful Night, reaction to the nineteenth century slum city (Hall, 2002). L'impact des forces du marchŽ (ici l'industrie) va appeler une rŽaction publique. Elle se manifestera par le dŽveloppement d'infrastructures qui apportent l'hygine : adduction d'eau potable, rŽseaux d'Žvacuation des pluviales, rgles pour le ramassage des dŽchets. Des infrastructures de transport (chemins de fer) ouvrent et relient les villes. La planification urbaine fait son entrŽe, des architectes et urbanistes conoivent des citŽs jardins et des citŽes radieuses (Jacobs, 1961 ; Le Corbusier, 1946). Des rgles d'urbanisme dŽterminent les droits ˆ construire au niveau de la parcelle. Ds la fin du 19e sicle les pays occidentaux Žlaborent des catŽgories juridiques pour organiser l'Žconomie des infrastructures en rŽseaux; ce sera le service public industriel en commercial en France (SPIC), la notion de utility dans les pays anglo-amŽricains[3]. Toutes ces expŽriences convergent pour Žtablir que la ville dans ses composantes – du grand systme technique, ˆ l'infime parcelle – ne correspond pas ˆ un territoire ouvert librement aux forces du marchŽ. Il existe des rgles qui introduisent des principes publics de transparence, et de justice.

Cette position dŽcalŽe par rapport aux marchŽs et plus encore par rapport au capitalisme – l'industrie et la haute finance – a encore ŽtŽ accentuŽe ˆ partir des annŽes 1930 par la montŽe de l'interventionnisme public : New Deal aux Etats-Unis, planification et nationalisations dans les pays europŽens, Gosplan en URSS qui dŽclinent des mŽthodes pour domestiquer les forces brutes du marchŽ (Kindleberger, 1969 ; Millward, 2005).

 

Au dŽbut des annŽes 1970, la ville reste encore distante par rapport au marchŽ et au capitalisme. Pour une part sa production relve toujours de l'Žconomie quotidienne avec l'auto construction, le troc et l'Žconomie informelle. Dans les pays industriels cette part est devenue rŽsiduelle (quoique le poste "bricolage" occupe une part importante dans le budget des mŽnages[4]) mais elle continue d'occuper une place essentielle dans les pays Žmergents si l'on considre l'auto construction de quartiers entiers et ce que l'on peut appeler un urbanisme des "franges"[5]. Les principes de marchŽ se sont diffusŽs et un grand nombre d'Žchanges se trouvent rŽglŽs par le mŽcanisme des prix mais une large partie d'entre eux relve du cercle des Žchanges rŽgionaux o les rgles locales l'emportent sur le grand mouvement des marchŽs mondiaux. Pour les affaires urbaines les marchŽs restent largement tempŽrŽs par des rgles publiques qui dŽfinissent tant des droit ˆ construire que l'organisation des services publics. Des firmes capitalistes interviennent, elles ont progressŽ depuis le 19e sicle mais elles occupent une place rŽduite dans l'organisation des villes. La grande firme intervient dans quelques grandes opŽrations privŽes de dŽveloppement urbain (logements de standings, bureaux, centre commerciaux) ; son r™le dans les infrastructures reste encore une exception limitŽe aux Etats-Unis (dans l'ŽlectricitŽ, la tŽlŽphonie et les dŽchets) et ˆ la France avec son modle de services urbains (Lorrain 1990, 1993)

 

Cet Žquilibre entre le marchŽ et la ville va tre mis en cause ˆ partir de la rŽcession qui suit la premire hausse des prix du pŽtrole (1973). Des pans entiers de l'industrie s'effondrent (mines, sidŽrurgie) ou doivent se redŽployer pour survivre (chimie, automobile, machine outil, chantier naval). Les territoires industriels prennent de plein fouet ces mutations, l'histoire est la mme que ce soit en Pennsylvanie ou dans la rŽgion des grands lacs, dans le centre de l'Angleterre ou dans la Ruhr et la Wallonie, dans le Nord Pas-de-Calais ou la Lorraine. A l'inverse d'autres rŽgions tirent partie de la gŽographie (soleil, ocŽan), pour attirer de nouvelles industries qui ne sont pas contraintes par la proximitŽ aux matires premires et dont le dŽveloppement repose d'abord sur du capital humain : informatique, biotech, NTIC[6]. Les choix rŽsidentiels des cadres supŽrieurs et des universitaires convergent pour localiser ces industries lˆ o la vie est plus agrŽable. Le mouvement est particulirement visible aux Etats-Unis o la taille d'un continent permet ces choix de localisation et o l'Žconomie est plus fluide. Donc les vieux territoires industriels du nord souffrent (rust belt) tandis que ceux du sun belt, au sud  (GŽorgie, Floride) et ˆ l'ouest (Californie, Arizona, Texas) connaissent une forte croissance (Alcaly et Mermelstein, 1977)[7]. 

 

Cette nouvelle rŽpartition de la richesse va remettre en cause les conceptions de l'action publique urbaine largement fondŽe sur l'interventionnisme public qui quelque part retranchait la ville des forces du marchŽ. Certaines villes se retrouvent en grande difficultŽs financires ; la quasi faillite de la ville de New York en 1975 n'est que la pointe d'un phŽnomne plus vaste[8]. Les travaux de recherche illustrent fort bien cette situation avec la montŽe du thme du fiscal crisis (O'Connor, 1973 ; Merlstein, 1975). Les responsables urbains doivent trouver de nouvelles rŽponses. On observe donc des politiques de reconversion, des stratŽgies de dŽveloppement pro growth dans les villes qui se dŽveloppent, et plus tard des nouvelles politiques de regŽnŽration dans les anciens lieux d'industrie (Le Gals, 1993 ; Hall, 2002, chapitre 11).  Mais ces politiques s'Žlaborent ˆ un moment o le balancier des grandes conceptions de l'action publique bascule. Les idŽes favorables aux marchŽs, ˆ la libertŽ de l'entreprise, ˆ la concurrence prennent le pas, portŽes par quelques figures acadŽmiques (Freidrich Hayek ou Milton Friedman) et surtout popularisŽes et traduites en rgles de droit par Ronald Reagan prŽsident des Etats-Unis de 1980 ˆ 1988 et par Margaret Thatcher, 1er ministre britannique de 1979 ˆ 1989.

 

D'un pays ˆ l'autre les dates qui marquent l'arrivŽe de nouveaux acteurs et l'application d'un nouveau rŽfŽrentiel peuvent changer mais la tendance, sur les annŽes 1990-2010, est partagŽe par de nombreux pays : des Etats-Unis ˆ la Chine. Les responsables urbains se dŽtournent des mŽthodes de l'action publique traditionnelle et cherchent leur inspiration du c™tŽ des firmes. Avec ce basculement de nouveaux outils d'action font  leur entrŽe dans le gouvernement urbain.

 

La manire dont la recherche a rendu compte de ces questions.

 

En posant un ordre des facteurs entre  les phŽnomnes de production et de reproduction, considŽrŽs comme deux moments d'une rŽgulation globale de l'Žconomie (Aglietta, 1976 ; Castells, 1972) les sociologues et gŽographes urbains marxistes ont contribuŽ ˆ entretenir la lecture d'une ville dŽcalŽe par rapport au capitalisme ou activŽe par l'Žconomie, plut™t qu'une ville se trouvant au cÏur d'un nouveau rŽgime d'accumulation. Pour eux ce qui se passe dans la sphre productive est premier dans l'ordre des facteurs car c'est lˆ o se produit la valeur. La ville se pense donc de manire secondaire comme le lieu o se territorialisent les Žchanges (les marchŽs urbains) et o s'organisent les fonctions de reproduction de la force de travail – logement, Žquipements collectifs, loisir, santŽ etcÉ Donc pour penser et dŽcrire la ville il faut d'abord comprendre les logiques productives, elles apportent une intelligibilitŽ de ce qui se passe dans les autres Žtages de la structure urbaine : marchŽs du travail, classes sociales et institutions locales[9]. A dire vrai ces analyses vont tre rapidement rŽvisŽes par des gŽographes urbains (Scott, Storper, Brenner) qui introduisent l'espace (territory, place) dans les phŽnomnes de production ; Manuel Castells, figure de proue d'une Žcole marxiste prendra ses distances par rapport au structuralisme[10]. Des chercheurs principalement aux Etats-Unis Žtudient les impacts de la globalisation des systmes productifs ˆ l'Ïuvre ds le dŽbut des annŽes 1980 (new international division of labour). Alan Scott (1998) montre que les espaces urbains se recomposent dans un nouveau cadre rŽgional. De trs nombreux auteurs travaillent sur les impacts de la globalisation dans les rapports entre les villes et sur les Žquilibres sociaux dans les villes[11]. Le rŽsultat est que les villes globales sont aussi des villes duales. DominŽes par des forces Žconomiques elles se spŽcialisent et leurs activitŽs s'Žtirent des emplois peu qualifiŽs aux super cadres de la finance. Le thme des inŽgalitŽs occupera une place centrale (Harvey, 1973 ; Fainstein, Gordon, Harloe, 1992 ; Marcuse et Van Kempen, 2000)[12]. Il reste cependant qu'une Žtude fine des processus et des acteurs qui produisent ces phŽnomnes fait le plus souvent dŽfaut que se soit en s'intŽressant ˆ ce qui se passe dans les firmes ou en Žtudiant les acteurs urbains. Ici intervient un second postulat, aprs le primat de la production, celui de l'importance accordŽe aux grands facteurs structurels. L'histoire s'explique par des grandes forces qui dŽterminent les acteurs, scandent l'histoire en grandes phases. Aprs une pŽriode fordiste-keynesienne vient un cycle nŽoliberal (Brenner et Theodore, 2002: 357 ; Swyngedouw, 1997). Ce cadrage n'est pas inexact mais en postulant le rŽsultat il n'incite pas s'intŽresser aux processus qui explique le passage d'un rŽgime ˆ un autre, ni ˆ s'intŽresser finement aux acteurs qui auront ŽtŽ les acteurs actifs de ces transformations. Ces approches s'intŽressent plus aux dŽterminants qu'aux acteurs et aux forces sociales qui mettent en marche les mŽcanismes qui dŽterminent.

 

Donc si on rŽsume, les Žcoles marxistes ont pensŽ les rapports entre la ville et les marchŽs d'abord en affirmant le caractre premier des phŽnomnes de production sur la consommation et l'Žchange ; cela conduisait ˆ faire de la ville un lieu secondaire dans le fonctionnement du capitalisme. Cette lecture a ŽtŽ rŽvisŽe par les gŽographes urbains qui ont affirmŽ la dimension territoriale des phŽnomnes productifs; d'autres se sont intŽressŽs ˆ des acteurs impliquŽs dans la production urbaine (Fainstein ) mais ces travaux peinent ˆ dŽvoiler les processus et par la mme la place des villes dans les cha”nes de la valeur. Intervient ici un second postulat sur l'importance des facteurs structurels comme dŽterminant des acteurs.

 

Avec les travaux sur les rŽgimes urbains (Stone) et les coalitions de croissance (Logan et Molotch) la recherche s'intŽresse cette fois directement ˆ l'emprise des intŽrts Žconomiques sur la conduite des politiques publiques. On sort de l'approche surplombante, ces travaux relvent des sciences politiques ou du government. A partir du cas d'Atlanta, Stone (1989, 1993) explique comment le gouvernement local et des acteurs Žconomiques (industriels, opŽrateurs de transport, promoteurs) se coordonnent pour promouvoir le dŽveloppement Žconomique de la capitale de la GŽorgie[13]. Ces rŽseaux d'acteurs forment un ensemble assez stable pour que l'on puisse parler de rŽgime urbain par analogie avec les rŽgimes politiques (Fukuyama, 2006: 28). Relevons cependant que ces travaux soulignent principalement des alliance entre des intŽrts Žconomiques pour promouvoir le dŽveloppement - les industries high tech et la finance- plus qu'un engagement des acteurs de la fabrique urbaine (Sellers, 2002: 290 suiv.).

Dans un autre ouvrage publiŽ ˆ la mme Žpoque, et toujours ˆ partir des villes des Etats-Unis, Logan et Molotch (1987) mettent cette fois l'accent sur des acteurs directs de la ville (propriŽtaires fonciers, promoteurs et dŽveloppeurs, industriels de la construction) et parlent de growth machine ; leur analyse est qu'il existe des alliances objectives entre les Žlus locaux et ces acteurs urbains pour engager une spirale de dŽveloppement qui sera bŽnŽfique ˆ tous.  Observons que le fait d'utiliser le terme de "machine" suggre des liens particuliers de types clientŽliste/corrupteurs entre ces acteurs et les gouvernements urbains[14].

En Europe, de nombreux travaux s'intŽressent aux stratŽgies de dŽveloppement menŽes en direction des milieux industriels et pour ces milieux – politiques de reconversion, aides aux nouvelles technologies (Sellers voir aussi Bagnasco, Trigilia, Le Gals). Ici on est dans les politiques Žconomiques des villes (thme ancien qui fait son apparition au dŽbut des annŽes 1970[15] (ARU, 1986, Entretiens CDC 2000). Mais aucun de ces travaux ne trouvera la formule qui s'impose, mme inexacte, car elle porte une reprŽsentation des phŽnomnes, donc rŽgimes urbains, gouvernance urbaine et growth machines s'imposeront comme reprŽsenter ces phŽnomnes.

Retenons cette idŽe que dans les annŽes 1980 les gouvernements urbains mnent des politiques de dŽveloppement urbain en Žtroite articulation (partenariat) avec des acteurs Žconomiques, ceux de l'industrie comme ceux de la fabrique urbaine. Ces rapprochements ne sont pas sans effets. Au dŽbut l'Žchange porte sur des apports en capital ou des adaptations des rgles, avec le temps l'Žchange sera plus approfondi avec la diffusion de montages de projets, de mŽthodes de chiffrage, l'implication plus grande des entreprises dans la conception.

 

Ces formalisations laissent cependant de c™tŽ trois sŽries de problmes qui psent pour comprendre les rapports des villes et des marchŽs. Premirement, l'horizon pris en compte reste celui du moyen terme. C'est un pas de temps trop court. La ville matŽrielle est une construction de long terme dont la morphologie et les grands systmes techniques contraignent l'acteur. Deuximement, la description des rŽgimes urbains reste trop souvent limitŽe aux institutions formelles si nous reprenons les catŽgories de North[16]. Cette lecture fait l'impasse sur les institutions de second rang (les instruments) et sur les institutions informelles (culture et mentalitŽs). Or ces deux constituants des modles de gouvernement urbains, ignorŽs par les rŽgimes urbains fonctionnent aussi sur le long terme et peuvent tre les voies de transformation d'un modle. Autrement dit, l'influence des marchŽs sur la ville ne se rŽduit pas ˆ la transformation des institutions traditionnelles, elles peut prendre la voie discrte de l'action sur les outils, les normes[17], bref toutes ces institutions de second rang qui assistent l'acteur. Troisimement, la dŽfinition des rŽgimes urbains ou de la gouvernance localisŽe reste trs gŽnŽrale; des acteurs nombreux ont des buts en commun, se coordonnent etcÉ Dans cette lecture manque une hiŽrarchie des acteurs, tous ne psent pas de la mme manire, il en est de plus stratŽgique que d'autres. La critique que nous formulons ˆ cette lecture est double. Elle est politiquement mystificatrice car elle donne ˆ voir un monde angŽlique avec des but communs et des acteurs partenaires loyaux ; or le monde est Žgalement brutal avec des acteurs opportunistes et des na•fs qui finissent par payer les additions. En ne faisant pas l'effort de pondŽrer l'influence des acteurs, le degrŽ de leur engagement, la nature de leurs intŽrts territorialisŽs elle est descriptivement biaisŽe.

 

Si l'on rŽunit ces trois critiques – le temps long, le tryptique des institutions (formelles, de second rang et informelle), la gouvernance comme alliance hiŽrarchisŽe – il est ressort qu'il fort peu probable que des gouvernances semblables puissent caractŽriser les pays occidentaux. S'il existe bien une transformation caractŽrisŽe par un renforcement du r™le des marchŽs dans la ville, la dŽcrire comme relevant du nŽolibŽralisme et de la gouvernance urbaine, reste ˆ un niveau de gŽnŽralitŽ stŽrile.

 

DŽfinition de localized governance.

La thŽorie de la base va conforter la lecture d'un primat de la production sur le reste des activitŽs que l'on trouve chez les auteurs marxistes. Selon cette thŽorie, le dŽveloppement des villes se trouve tirŽ par l'existence d'une base exportatrice qui enclenche plusieurs mŽcanismes (Cantillon, ; Perroux, ). North en donne une description convaincante pour le cas des villes amŽricaines au dŽbut du 19e sicle (North, 1966). Premirement, les recettes d'exportation vont enrichir la ville et si elles sont rŽinvesties sur place elles vont entra”ner d'autres dŽpenses de consommation qui confortent une base domestique. Deuximement, pouvoir exporter suppose de s'Žquiper en infrastructures – ports, chemins de fer, entrep™ts, force[18] – dont la construction stimule l'Žconomie locale. Troisimement, le fait de s'ouvrir aux marchŽs extŽrieurs suppose pour chaque ville ou pour chaque entreprise exportatrice de dŽvelopper ses avantages compŽtitifs, comme l'affirmait Ricardo. Cela incite tous les acteurs qui interviennent sur la cha”ne de la valeur ˆ tre efficaces et cela les pousse ˆ la spŽcialisation car ce principe se trouve au cÏur de la baisse des cožts unitaires de l'entreprise; donc le dŽveloppement d'un secteur d'exportation diffuse des principes de d'efficacitŽ ˆ l'ensemble de la base Žconomique.

 

A partir de ses recherches sur l'Žconomie des villes franaises Laurent Davezies rŽvise cette thŽorie de la base et par lˆ mme celle des rŽgimes urbains et des coalitions de croissance. Les villes Žchappent assez largement ˆ une activation directe par les forces des marchŽs car une vaste boucle redistributive fonctionne et les protge. Davezies  applique aux Žconomies urbaines la logique contenue dans les politiques de l'Etat providence : constituer un amortisseur aux ˆ-coups trop brutaux des marchŽs; c'est une vieille histoire depuis la rŽvolution industrielle[19]. Son idŽe forte est que la richesse des territoires n'Žquivaut plus ˆ leur PIB tout simplement parce que la richesse circule. On peut donc avoir des territoires riches par leur production (mesurŽe en valeur ajoutŽe et PIB) qui psent moins en revenus de leurs habitants parce qu'une partie de la richesse est rŽaffectŽe par les firmes (exemple de l'Irlande) ou parce que des mŽcanismes de redistribution fonctionnent au niveau national (cas de l'Ile de France)[20]. En France, pays qui prŽlve 55% de son PIB (Etat, collectivitŽs locales et budgets sociaux) l'argument se reoit sans peine ; la localisation de ces flux change les Žquilibres des territoires et contribue ˆ rŽduire les inŽgalitŽs. L'intŽrt du raisonnement de Davezies est d'avoir Žlargi le champ en considŽrant d'autres flux de redistribution moins admis : les revenus des retraites, la dissociation entre le lieu de travail et de rŽsidence, le tourisme. Sur ces trois mŽcanismes il apporte des donnŽes convaincantes. La vision qu'il propose conduit ˆ un renouvellement de la thŽorie de la base Žconomique et de sa dualitŽ entre une base exportatrice et une Žconomie domestique. Le modle s'enrichit d'une base publique (les emplois publics) et d'une base rŽsidentielle avec les retraites, le tourisme et les revenus d'actifs travaillant ailleurs. La dŽmonstration est sŽduisante et elle a une portŽe en termes de politiques publiques. Le maire stratge devrait autant Žquiper sa ville pour attirer les retraitŽs et les touristes que conduire des coalitions de croissance. Le message est dans l'air du temps et correspond bien ˆ l'engouement pour les villes crŽatives (Florida.

 

Mais ce raisonnement sur les Žconomies urbaines contemporaines a tout de mme une limite ; le modle n'est pas bouclŽ sur ses implications macro-Žconomiques. Les flux qui rŽŽquilibrent les territoires (tourisme, retraites, dŽpense publique) restent des flux de redistribution. Donc la question est de savoir si un pays peut redistribuer sans avoir produit. La rŽponse Žconomique est non ; les pays qui ont su maintenir une base Žconomique – Allemagne, Japon, Chine – forts d'une balance commerciale excŽdentaire peuvent redistribuer. La rŽponse politique est - oui mais É.  pendant un certain temps -, tant que le dŽcalage entre production et consommation peut se combler par l'endettement. Rappelons les Žquations de base en France avant la crise de 2008. La dŽpense publique y est de 53% du PIB et les prŽlvements d'environ de 47% ce qui se traduit par un dŽficit public de l'ordre de 6-7% de PIB ; la somme de ces dŽficits conduit  ˆ une dette publique de 68% du PIB. L'Žquation des nouveaux territoires performants dont parle Davezies n'est pas durable car ces villes se trouvent en compŽtition pour attirer des flux dont le volume global reste fixŽ par le dynamisme des bases productives. Au niveau d'un pays ce jeu de la rŽpartition de la richesse reste un jeu ˆ somme nulle qui quelque part correspond ˆ une Žconomie insouciante et injuste ˆ l'encontre de territoires productifs et soumis ˆ la duretŽ de la compŽtition internationale. Aborder le problme de la sorte permet aussi permis de discuter des relations entre la base productive (le front office) et le back office (base publique et Žconomie domestique). En quoi le fonctionnement des seconds est-il un facteur de performance ou un fardeau ? Ces questions sont essentielles, elles commandent les choix de politiques locales Žconomiques. Le bon maire doit-il mettre en avant son climat, sa gastronomie, ses musŽes et attirer touristes et retraitŽs ? Ou prendre la voie exigeante de la recherche, des investissements en infrastructures, du soutien aux PME ? L'exemple de plusieurs pays Žmergents asiatiques (Chine, Hong Kong, Singapour) dŽmontre que la vieille thŽorie de la base avec ses revenus externes d'exportation comme source de richesse reste une donnŽe incontournable.


Fin du 20e sicle et l'entrŽe de la ville dans le capitalisme.

 

Notre argument est que la fin du 20e sicle se caractŽrise par une emprise plus grande des marchŽs dans des activitŽs jusqu'alors rŽglementŽes et surtout par une extension du capitalisme – ses firmes et ses instruments – ˆ l'organisation des marchŽs urbains. A l'inverse de la lecture globalisante en grands modles d'accumulation (Brenner et Theodore, 2002) nous privilŽgions une approche par les problmes, les acteurs, les processus de construction des marchŽs avec tout le cha”nage des institutions.

 

Le premier phŽnomne visible est bien sžr celui de la dŽmographie. Des millions nouveaux urbains doivent tre accueillis ; la Chine ˆ elle seule a augmentŽ sa population urbaine de 320 millions d'habitants entre 1994 et 2004. De grandes mŽtropoles se forment et montent en densitŽ rŽseautique, ce que nous avons rŽsumŽ comme le passage de polis, ˆ mŽgalopolis, puis ˆ gig@city (Tarr et Konvitz, 1981 ; Lorrain, 2001 et 2008a). Cela fait de la grande ville et de son environnement b‰ti un nouveau marchŽ pour les firmes. On assiste ˆ la formation d'une industrie de la ville (Lorrain, 2002b). Des firmes anciennes dŽjˆ prŽsentes dans les rŽseaux urbains se dŽveloppent, d'autres qui Žvoluaient ˆ la pŽriphŽrie (tels les conglomŽrats, les grands industriels, les banques) interviennent de plus en plus dans la fabrique urbaine. La pression des problmes sur les dŽcideurs publics explique largement leur recours ˆ des firmes qui disposent de rŽfŽrences et de ressources ; le projet nŽolibŽral n'est qu'un facteur parmi d'autres.

 

Ces transformations se trouvent Žgalement portŽes par une transformation du r™le des villes dans les phŽnomnes d'accumulation. Dans une Žconomie globale la recomposition des cha”nes de valeur rend l'Žconomie plus directement articulŽe ˆ la ville. Premirement la ville offre des infrastructures absolument centrales pour les activitŽs de production, cela fonctionne sur l'amont (recherche, marketing, ingŽnierie, finance) comme sur l'aval (logistique, distribution)[21]. Deuximement la ville devient le lieu o se gre une part croissante des flux de redistribution et constitutifs d'une Žconomie de services – tourisme, Žducation, santŽ. Troisimement la prise en compte de l'environnement conduit ˆ organiser les activitŽs en cycle global, jusqu'au recyclage et au traitement ; cela incite les villes ˆ s'Žquiper, et en retour ce niveau d'Žquipement et la qualitŽ qu'elles peuvent afficher les rendent encore plus attractives. De ce fait la grande ville ne se pense plus comme l'espace de gestion d'une production rŽalisŽe ailleurs, mais comme une sorte de "meta moyen de production" qui commande l'ensemble du cycle production/reproduction.

 

Au cÏur de cette transformation, les industries de rŽseaux occupent une place centrale. Les systmes techniques urbains forment l'ossature qui structure les villes et ils sont en mme temps les dispositifs qui les positionnent dans les phŽnomnes Žconomiques que ce soit pour la circulation des biens (ports, aŽroports, chemins de fer, autoroutes), ou pour celle des personnes (tourisme et h™tellerie), ou des informations (NTIC). Par ailleurs, ˆ ces rŽseaux correspond une industrie de la ville dominŽe par de grandes firmes privŽes, cotŽes en bourse[22]. Elles sont trs rŽgulŽes dans leurs activitŽs mais dans le mme temps elles se trouvent trs inscrites dans les dynamiques compŽtitives d'une Žconomie ouverte aux marchŽs. Les auteurs amŽricains ont fait la part belle aux promoteurs (Fainstein  ) ou aux intŽrts industriels et financiers (Sassen ) et  mais ont peu pris en compte ce capitalisme infrastructurel (l'objet est invisible enfouis sous la surface des villes, les firmes se font discrtes).

 

Cette vaste transformation ˆ l'Ïuvre depuis le dŽbut des annŽes 1990 va tre accŽlŽrŽe par la constitution d'une industrie de la finance et du conseil et par son intŽrt pour des actifs urbains. Elle a jouŽ un r™le direct dans l'Žlaboration des politiques de dŽrŽgulation en se faisant l'avocat d'un modle ouvert et concurrentiel. Les entreprises verticales intŽgrŽes et ˆ monopole ont ŽtŽ divisŽes en sous parties indŽpendantes (unbundling) ensuite introduites en bourse (voir les industries du gaz, de l'ŽlectricitŽ et des tŽlŽcommunications). Les institutions urbaines en ont ŽtŽ profondŽment affectŽes. Des grandes institutions compactes, (souvent publiques) ont ŽtŽ remplacŽes par une structure composŽe de nombreux acteurs indŽpendants pouvant faire chacun d'entre eux l'objet de transactions sur les marchŽs boursiers. L'industrie de la finance et du conseil qui par nature vit des conseils et des transactions construisait ainsi son propre marchŽ. Mais son r™le ne portait pas que sur la rŽforme des architectures, elle a aussi diffusŽ ses propres mŽthodes : visions, montages, instruments. Premirement un urbanisme par projet s'est imposŽ; c'est pour cette industrie une manire de monter les opŽrations en divisant les risques et en construisant des partenariats ad-hoc,  (des tours de table). La ville se construit, brique par brique, projet par projet. L'ironie de l'histoire est qu'au niveau local les acteurs pensaient inventer un nouveau modle moderne et efficace (l'urbanisme par projet et par contrat) alors qu'il ne faisaient que reproduire un schŽma depuis longtemps adoptŽ par les banques d'investissement car cette technique du compartimentage Žtait celle qui lui permettait de piloter des opŽrations totalement hŽtŽrognes, par le secteur concernŽ et les pays. Deuximement, cette logique du projet a des implications sur le montage des opŽrations. Les acteurs privŽs ont un r™le grandissant ; la technique des concessions appliquŽe ˆ quelques grands ouvrages et aux distribution d'eau devient une technique universelle sous la forme de partenariats publics privŽs (PPP). Des consortiums prennent en charge la conception, le financement, la construction et l'exploitation de l'Žquipement sur des durŽes de 15 ˆ 30 ans. L'ancienne catŽgorie de ma”trise d'ouvrage publique perd de sa force. Troisimement, des techniques de calcul (cožt en cycle complet, valeur actualisŽe nette, taux d'actualisation du capital) dŽjˆ utilisŽes dans d'autres industries permettent de mettre en comparaison ces projets urbains avec d'autres actifs. La portŽe en est capitale car dŽsormais quelques grands acteurs financiers – banques d'investissement, fonds de private equity – peuvent mettre en Žquivalence dans des pays diffŽrents des projets diffŽrents. Mieux que par une grande thŽorie c'est par ces techniques que les "briques urbaines" rentrent dans les marchŽs. Auparavant on peinait ˆ leur donner une valeur, ces informations restaient cantonnŽes dans des cercles de dŽcision nationaux et locaux; dŽsormais gr‰ce ˆ l'industrie de la finance elle sont calculables et cette information circule.

 

En considŽrant les trois facteurs discutŽs – la globalisation des marchŽs,  le dŽveloppement de grandes firmes urbaines, et l'Žmergence d'une industrie de la finance est-ce ˆ dire que la ville est dominŽe par les marchŽs ? Assiste-t-on ˆ la victoire du projet nŽolibŽral ? Il est clair que l'influence privŽe a augmentŽ; en un mot la ville et en particulier la grande ville constitue un marchŽ, mais est-il totalement organisŽ par des principes de marchŽ ? Les choses ne sont pas univoques. Il nous faut regarder plus en dŽtail les coalitions d'acteurs, les principes et les instruments. La soumission de la ville aux marchŽs et au capitalisme ne se dŽduit pas des politiques de privatisation et ˆ l'inverse le statut public de certaines coalitions ne garantie pas nŽcessairement un distance par rapport aux marchŽs. ConsidŽrons un instant trois manifestations de l'influence du secteur privŽ.

 

Les firmes privŽes urbaines (utilities, dŽveloppeurs, entreprises de construction, industriels) symbolisent indiscutablement cette influence des marchŽs sur la ville. Elles sont de grande taille (des chiffres d'affaires entre 10 et 60 milliards d'euros), sont puissantes; la thŽorie Žconomique du principal-agent a depuis longtemps exposŽ les risques dans ces situations d'asymŽtrie. Ce faisant, elles ont concentrŽ une grande partie des critiques et des passions. Le cas le plus emblŽmatique Žtant celui du secteur de l'eau o pour certains un contrat avec une firme privŽe s'apparente ˆ un pacte avec le diable. Mais c'est une lecture incomplte qui reste sur la forme –le statut privŽ, la taille – sans considŽrer les principes d'action et les instruments. Ces firmes privŽes urbaines sont trs rŽgulŽes; elles doivent respecter des obligations de service – accs pour tous, non discrimination, fixation des prix rŽglementŽes, programme d'investissement nŽgociŽ etcÉ Bref elles sont privŽes, elles sont cotŽes en bourse et font bien partie du capitalisme – la forme supŽrieure des Žchanges dont parle Braudel – mais dans leur fonctionnement ordinaire elles Ïuvrent selon des principes de marchŽ amoindri. Nous pouvons en dŽduire que tout n'est pas univoque et qu'il peut exister des situations hybrides combinant des propriŽtŽs du capitalisme et l'application de rgles publiques constitutives des services urbains. Le mme raisonnement peut tre tenu pour le fonctionnement des contrats de PPP appliquŽs ˆ des grands objets urbains – Žquipement public, systme de transport. La puissance publique contractualise globalement mais ce n'est pas un chque en blanc. Ces firmes privŽes ne sont pas libres – ni de sortir, ni d'appliquer des prix dans la recherche d'un profit maximum. On est dans un capitalisme rŽglementŽ.

 

Les coalitions de croissance publiques correspondent ˆ une autre configuration a priori moins insŽrŽe dans le capitalisme et plus gardiennes de l'intŽrt gŽnŽral. Elles se sont dŽveloppŽes avec succs ˆ Hong Kong, ˆ Singapour et dans quelques villes chinoises[23]. Comme pour les growth machines de Logan et Molotch elles se mettent en place par une alliance entre l'Etat, le gouvernement municipal et des firmes de statut privŽ et ˆ capitaux publics majoritaires. Si on les Žtudie en dŽtail quel est la part du marchŽ dans ces coalitions ? Elles utilisent des techniques du capitalisme : cotation en bourse et recherche de capitaux sur les marchŽs financiers, multiplication des filiales dŽdiŽes, montages en PPP et en joint ventures. L'Žchange se fait par les prix. Mais pour le reste le contr™le que ces acteurs exercent sur l'ensemble des cha”nes de production du cadre b‰ti fait que les marchŽs restent soigneusement contr™lŽs. Il y a une main visible de ces hiŽrarchies de croissance sur la ville. On ne peut la confondre avec le jeu des marchŽs. Mais est-ce si simple ? Car dans le mme moment ces alliances combinent l'accs ˆ des ressources publiques, une architecture intŽgrŽe qui leur en font des "dŽveloppeurs absolus" : des hiŽrarchies de croissance. Leur pouvoir ne se trouve pas limitŽ par les contrepoids habituels que sont : une comptabilitŽ certifiŽe, le reporting aux actionnaires, le jeu d'une opposition politique et une presse indŽpendante. Donc ces hiŽrarchies de croissances disposent d'un pouvoir inimaginable dans un rŽgime "capitaliste".

 

La main discrte de l'industrie financire. En premire lecture cette industrie ne semble pas faire partie des acteurs urbains, elle intervient ˆ la pŽriphŽrie comme fournisseur d'un input particulier – le capital, elle a pourtant une influence certaine qui rŽsulte de son intervention sur plusieurs maillons stratŽgiques. Elle intervient d'abord par l'Žvaluation de la qualitŽ des acteurs, c'est le r™le des agences de notation (rating) et des Žtudes des grandes banques d'investissement. DŽgrader la note d'un acteur public (un Etat, une rŽgion, une grande ville) est toujours lourd de consŽquences, cela l'incite ˆ rŽduire sa dette et par la mme ˆ revoir ses projets, ˆ cŽder des actifs. Ensuite ces acteurs participent ˆ l'instruction et au montage des grands projets sous plusieurs formes ; on parle de triple play pour dŽsigner l'action d'une banque comme conseil, apporteur de crŽdit et investisseur au capital de la sociŽtŽ qui porte l'opŽration. Des fonds privŽs ont investi dans des actifs urbains[24]. Donc en quelques annŽes l'industrie financire a dŽployŽ une intervention complte. Les fonds d'investissement et les grandes banques ne sont pas engagŽs dans les affaires urbaines au mme titre que les firmes d'infrastructure ou les grands dŽveloppeurs, pourtant leur influence est considŽrable et ils portent directement des principes de marchŽ dans les dossiers urbains. Leur spŽcificitŽ outre la ma”trise des opŽrations financires – introduction en bourse, emprunt obligataire, augmentation – est d'appliquer des critres de marchŽ universels aux questions urbaines et ˆ les mettre en comparaison avec d'autres secteurs. L'entrŽe de principes de marchŽs internationaux se fait doublement, premirement les techniques de calcul sont celles utilisŽes pour tout acteur de marchŽ, deuximement la mise en comparaison entre classes d'actifs et entre pays conduit ˆ englober des marchŽs urbains (localisŽs) dans le vaste mouvement des Žchanges mondiaux.

 

Quelle est la portŽe de ces analyses et les implications en terme de recherche ?

 

Il faut certainement prendre en compte tous les acteurs qui interviennent dans la fabrique urbaine et pas seulement les plus visibles. L'influence commence trs haut dans la cha”ne de dŽcision comme le montre l'industrie financire. Cette recommandation fait d'autant plus sens que l'industrie de la ville va se  dŽvelopper ; donc comme pour tout nouveau marchŽ de nouveaux entrants vont faire leur apparition. Le cercle classique des utilities, des promoteurs et des constructeurs doit tre Žlargi aux conglomŽrats, aux ingŽnieristes, ˆ des firmes industrielles qui dŽveloppent de nouveaux Žquipements (durables).

 

Il faut aussi se dŽpartir d'un lecture trop institutionnelle et ˆ court terme (les rŽgimes urbains). La ville nous invite ˆ introduire le temps long, celui de son cadre b‰ti tout comme celui de ses institutions. Il faut Žtudier toutes les modalitŽs de l'action. L'influence des marchŽs sur la ville se joue autant par l'usage d'un instrument technique et invisible (mŽthode d'Žvaluation, outil de reporting) que par la nature juridique d'un opŽrateur. Comme le montre la rapide comparaison des opŽrateurs privŽs, des coalitions de croissance publique et de l'industrie financire l'influence globale des marchŽs sur la ville va dŽpendre du dosage entre les trois niveaux institutionnels. Seront-ils tous tournŽs vers le marchŽ? Le principe de l'un seront-ils compensŽs par les instruments du second ou par la culture des acteurs.

 

Pour dŽcrire les impacts des marchŽs sur la ville il est utile de partir de la ville matŽrielle composŽe d'objets techniques et de voir comment ils sont conus, financŽs, produits et gŽrŽs. L'influence des marchŽs se manifeste par une logique de projets et de produits, congruente avec les intŽrts des financiers et des futurs exploitants. Chaque "bloc" se traite d'une manire autonome avec son tour de table d'actionnaires ; plusieurs actifs peuvent tre regroupŽs dans une sociŽtŽ cotŽe en bourse et entrer dans le marchŽ (la mŽthode Macquarie). Ces montages en projet conduisent ˆ la gŽnŽralisation de grands complexes intŽgrŽs (des paquebots urbains) qui offrent plusieurs fonctionnalitŽs de sorte que comme dans un paquebot, dŽtachŽ de tout territoire, il serait possible d'y vivre sans jamais mettre le pied ˆ terre. Cette Žvolution dans la forme urbaine modifie considŽrablement la ville hŽritŽe de la Grce et du Moyen Age; elle s'organisait autour de b‰timents privŽs et d'espaces publics – les rues, les places -. L'urbanisme actuel en "objets globaux" intgrant toutes les fonctions remet en cause ce type de ville.  

 

 

 

 

 


 

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[1] Une filiale de Duba• World, Nakheel, devait rembourser 4,1 GÛ d'emprunt obligataire ˆ la mi dŽcembre, Financial Times December 17, 2009: 6. Selon Goldman Sachs, Duba• doit au moins 55 G$ pour les trois prochaines annŽes, FT December 17: 16. La Banque des rglements internationaux  Žvalue ˆ 93 G$ l'exposition des banques europŽennes aux Emirats Arables Unis. Le Monde 28 novembre 2009: 13.

[2] Birmingham, Bradford, Leeds, Liverpool, Manchester, Sheffield.

[3] Stoffaes ; Matheu 2002

[4] L'enqute INSEE sur la consommation des mŽnages en 2004 permet de l'estimer autour de 2,5% d'un budget mŽnage. INSEE, SociŽtŽ, n¡40: 36, soit l'Žquivalent du budget tŽlŽcommunications (le budget eau du robinet est de 1%.

[5] Voir les travaux de Michel Agier sur les "villes-bis" formŽes de favelas, bidonvilles, occupations, camps de rŽfugiŽs.

[6] Relevons le caractre contradictoire des ces mouvements avec d'un c™tŽ l'affaiblissement du facteur de proximitŽ aux matires premires qui prŽsida aux premires localisation de l'industrie, et en mme temps l'accs aux rŽseaux et aux services urbains comme nouveau facteur productif qui conduit l'industrie et les services ˆ se localiser dans les villes.

[7] Dans ce livre collectif voir les chapitres de David Gordon, John Mollenkopf, Frances Fox Pivent, Kirkpatrick Sale

[8] Voir les quatre premiers chapitres du livre de Alcaly et Mermelstein (1977: 5-76) consacrŽs ˆ cette crise

[9] Pour cette interprŽtation du fonctionnement de la ville voir "Monopolville" le livre de Castells et Godard, et notre discussion (Lorrain, 2001: 227-266)

[10] Voir son livre d'entretiens avec GŽraldine Pflieger.

[11] Pour ce courant voir les articles publiŽs dans l'IJURR au cours des annŽes 1980.

[12] Voir aussi le dernier chapitre du livre de Peter Hall (2002): The City of Permanent Underclass: 427-468. 

[13] Atlanta dirigŽe par des Žlites noires est le sige de quelques fleuron de l'industrie amŽricaine : Delta Airlines, Coca Cola.

[14] Voir la critique de Gottdiener

[15] Voir les Annales de la recherche Urbaine ; Sociologie du Travail 1991/4 ; L' Annuaire des CollectivitŽs Locales (GRAL) ; la collection des Entretiens de la Caisse des DŽp™ts.

[16] C'est aussi une critique que formule Sellers, en citant pour la Grande Bretagne les typologies comparatives de Page, et Goldsmith et Page. Sellers, 2002: 16-20. Pour la discussion de ces modles de gouvernement urbain voir nos travaux (Lorrain, 2002a et 2008b)

[17] Nous verrons plus loin comment cette explication s'applique au cas de l'industrie financire.

[18] Ancien nom donnŽ ˆ l'ŽlectricitŽ car elle Žtait conues alors comme un manire d'augmenter la force des machines voir Bairoch: 332 ; Paquier et Pflieger 2008, pour le cas de Genve

[19] Voir Charles Kindleberger (1969) pour une histoire Žconomique des cycles longs et R. Castel (1995) pour l'histoire sociologique de la constitution du welfare state

[20] L'Ile de France redistribue considŽrablement mme si le discours politique standard est restŽ ˆ la formule de Franois Gravier "Paris et le dŽsert franais". En 1971 la rŽgion reprŽsentait 27% du PIB et 25% du revenu disponible (aprs prŽlvements) ; en 2000 c'est 29% du PIB et 22% du revenu disponible (Davezies, 2008: 11).

[21] Voir les travaux de Gipouloux sur Hong Kong.

[22] Voir les 27 "portraits d'entreprises" publiŽs dans Flux prŽsentants 65 firmes.

[23] Sur Hong Kong Gipouloux, sur Singapour Haila, sur Shanghai Lorrain

[24] Voir deux portraits de Flux sur les fonds de private equity, et ˆ para”tre : "Macquarie une banque dans les infrastructures".