« Le Gisant mis en lumière » : dérive mélancolique, deuil et généalogie de l'écriture (René Char, Michel Deguy)

Résumé : Le « gisant », qui a motivé le rapprochement de Char et de Deguy - qui rend souvent hommage au premier -, est chez ces auteurs à la fois une personne et une forme littéraire : on écrit un gisant. D'abord, la scène d'agonie ou la vision du mort constituent une scène originaire fortement intériorisée par le poète et qui recouvre la perception du réel, qui fait office de comparant et impose une vision du monde mélancolique. La représentation endeuillée précède la perception du réel. Mais quand le sujet lyrique donne ainsi son énergie au mort, c'est « donnant donnant » (Michel Deguy) et le tombeau littéraire devient berceau du poème. La défiguration à l'œuvre dans le texte rend possible une autre figuration : le poème s'élabore dans le processus même de lente décomposition d'un corps, d'une figure (père, épouse). Les motifs composant la scène de deuil peuvent ainsi se disséminer dans l'œuvre de Char, se soumettre à la variation obsessionnelle, tandis que l'œuvre de Deguy réfléchit en permanence les conditions matérielles de sa production, notamment en attribuant à la respiration de l'épouse agonisante le phrasé et la composition très particuliers de A ce qui n'en finit pas. Finalement, le poème de deuil concrétise une aventure unique du sujet lyrique, qui à cette occasion fait parler un autre en soi et prend une voix poétique désaffectée. Il radicalise aussi un aspect de la poésie contemporaine, le deuil de l'accès au sens, perdu dans la prétérition, l'oxymore ou la contradiction, et de l'accès à une forme accomplie, comme chez Deguy qui « mène ces pages vers une sorte de livre » en voie permanente d'inachèvement. La manière d'inachever une œuvre est effectivement au centre de la poésie de la deuxième moitié du XX ème siècle (Claude Royet-Journoud dit : « la « modernité » a montré qu'on ne pouvait qu'inachever nos livres. Oui, structurer un livre c'est chercher le « déséquilibre » du livre, la façon dont il ne peut que s'inachever»). Enfin, dans cette « affaire privée » qu'est le deuil, confronté à ce « gisant » qui lui lègue son silence, le lecteur perd son temps, temps mort et désœuvré de « ce qui n'en finit pas », de ce qui n'a pas commencé, de ce qui requiert toute la participation du lecteur, d'autant plus désireux du poème qu'il en est exclu.
Type de document :
Communication dans un congrès
Le Deuil dans la littérature française et francophone moderne et contemporaine, Mar 2003, France. 2005
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Mireille Raynal-Zougari. « Le Gisant mis en lumière » : dérive mélancolique, deuil et généalogie de l'écriture (René Char, Michel Deguy). Le Deuil dans la littérature française et francophone moderne et contemporaine, Mar 2003, France. 2005. 〈halshs-00517549〉

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