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"Désordre" scolaire dans les collèges de quartiers populaires

Résumé : La recherche se donnait pour objectif de comprendre les situations de « désordre » scolaire, leurs enjeux pour les protagonistes, la manière dont les enseignants et les collèges « font face » à ces situations scolaires. Dépassant le discours omniprésent sur la « violence scolaire », notion floue et normative, la recherche propose une analyse du « désordre » scolaire en son émergence et ses effets au cours des interactions tout en le rattachant à la confrontation entre les logiques scolaires et les logiques sociales dans lesquelles les collégiens sont socialisés dans leurs familles comme dans les quartiers populaires où ils vivent. Les classes observées ne sont pas dans des situations de chahut traditionnel. Le « désordre » scolaire dans les collèges populaires n'est pas ou peu intégrateur aux logiques scolaires. Les pratiques de résistance, de perturbation de l'ordre de la classe, de défi de l'autorité pédagogique sont en quelque sorte a-scolaires et manifestent une faible adhésion aux normes pédagogiques. Les collèges sont confrontés à l'appropriation hétérodoxe de l'espace et du temps scolaire, à l'affirmation d'autres logiques que les logiques scolaires, à l'introduction dans l'espace scolaire de logiques propres aux jeunes des quartiers populaires. Pour autant, les collégiens ne sont pas sans cesse dans l'affrontement avec les agents de l'institution scolaire. On observe une adaptation différenciée des comportements aux différentes situations de classe créées par les enseignants. Aux perturbations de la classe s'ajoutent des tactiques d'évitement des contraintes pédagogiques, des collégiens parvenant à construire un véritable chemin buissonnier à l'intérieur de l'espace du collège. Par ailleurs, la recherche met en évidence la forte ambivalence de la plupart des collégiens qui reconnaissent une valeur sociale à l'école et tentent de se faire reconnaître par celle-ci tout en ne parvenant pas à se conformer à ses exigences. En outre, soumis à des injonctions paradoxales et à des contraintes discordantes, notamment celles de leurs pairs et celles des enseignants, les collégiens semblent conduits à mêler des tactiques de survie dans l'espace scolaire en essayant de s'approprier selon leurs propres logiques le quotidien de la vie scolaire. Pour les enseignants, le « désordre » scolaire, les pratiques des collégiens les plus réfractaires à l'ordre scolaire, constituent une tension au cœur de leurs pratiques pédagogiques et de leur identité d'enseignant. Cette tension est liée à l'écart entre leurs logiques pédagogiques et les comportements de leurs élèves. La nécessité de maintenir un minimum d'ordre et de paix scolaires ainsi que les conduites de protection de soi conduisent à des concessions en matière d'exigences de travail scolaire ou à des abandons de pratiques pédagogiques reposant sur « l'autonomie » des élèves qui peuvent être vécus comme des renoncements à l'idéal pédagogique initial. La tension est également imputable à l'insécurité pédagogique à laquelle les enseignants ont affaire : insécurité pédagogique au premier sens où les conditions d'enseignement ne sont jamais assurés, au sens également où règne une incertitude quant aux activités pédagogiques que les enseignants vont pouvoir mener ; insécurité pédagogique au second sens où le maintien de l'ordre scolaire est toujours précaire et où le risque d'un « dérapage » est toujours présent avec plusieurs collégiens dans chaque classe. Du coup, la pratique pédagogique suppose de l'enseignant une vigilance permanente quant au comportement des élèves mais aussi quant à son propre comportement pouvant induire lui-même des perturbations de l'ordre pédagogique. Ce que montre également la recherche, c'est une forte distance sociale et symbolique avec les élèves. Cette distance s'enracine dans la tension pédagogique évoquée précédemment. Elle est également distance entre des manières d'être différentes. Le langage des collégiens, leurs postures corporelles et vestimentaires, entre autres, viennent heurter l'ethos de nombreux enseignants qui sont ainsi face à la question de l'acceptabilité morale des élèves, selon l'expression de H. Becker. Cette distance contribue à construire une séparation ou une opposition de type « eux » / « nous » entre enseignants et collégiens. Enfin, tension et insécurité pédagogiques, distance sociale et symbolique avec les élèves participent à une mise en cause des enseignants dans leur identité professionnelle qui, moins assurés de leur légitimité, voient leur autorité pédagogique affaiblie. Concernant la manière de faire face au « désordre » scolaire dans les collèges de quartiers populaires, deux tendances se dégagent de la recherche. D'une part, on observe une tendance à la disjonction de la « socialisation » et des apprentissages scolaires. Le point de vue selon lequel un travail de « socialisation » préalable à toute action d'enseignement est nécessaire avec nombre de collégiens des quartiers populaires est largement répandu dans les collèges comme dans les dispositifs qui leur sont périphériques. Dans les collèges, cette opinion s'accompagne souvent de discours renvoyant cette « socialisation » hors des compétences et des rôles de l'établissement. Un certain nombre de collégiens sont donc tenus pour « inenseignables » car n'étant pas dotés des « pré requis » comportementaux exigés par l'organisation et le travail pédagogiques au collège. D'autre part, une tendance à la pénalisation se dessine, repérable par la multiplication des sanctions et le recours fréquent aux instances policières et judiciaires pour répondre aux écarts verbaux et comportementaux des collégiens. Ici, la recherche rejoint d'autres travaux s'interrogeant sur les évolutions des modes de prise en charge des jeunes de milieux populaires dans notre formation sociale.
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Contributor : Daniel Thin Connect in order to contact the contributor
Submitted on : Wednesday, April 21, 2010 - 3:49:49 PM
Last modification on : Tuesday, May 12, 2020 - 3:56:08 PM
Long-term archiving on: : Tuesday, September 28, 2010 - 12:11:47 PM

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Daniel Thin. "Désordre" scolaire dans les collèges de quartiers populaires. 1999. ⟨halshs-00475259⟩

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