La déportation des Juifs natifs d'Algérie

Résumé : Parmi les mesures visant à exclure puis à éliminer les Juifs de la communauté nationale – législation antijuive, recensement, marquage des papiers d'identité et d'alimentation, exclusion de l'activité professionnelle, spoliation économique, port de l'étoile jaune, rafles et internement –, la déportation vers les camps d'extermination en constituait l'ultime étape. Les exceptions et exemptions dont bénéficiaient certains d'entre eux – anciens combattants, veuves de guerre, femmes de prisonniers, conjoints d'aryens, détenteurs de la carte de légitimation de l'UGIF, etc. – allaient s'avérer n'être finalement qu'une succession de leurres. Tous, hommes, femmes, enfants et vieillards, Français et étrangers, connaissaient le même sort atroce.
Suivant les recherches menées par Serge Klarsfeld, près de 76 000 Juifs de France furent déportés, la plupart vers le camp d'extermination d'Auschwitz et 3 000 environ, morts dans les camps d'internement en France. De ces quelque 80 000 victimes de la “Solution finale” en France, on dénombrait environ 24 500 Juifs français. Dès le premier convoi de déportation, le 27 mars 1942, Juifs français et immigrés se trouvaient côte à côte, dans les mêmes wagons. Il en sera de même pour les autres convois.
Concernant ces Juifs français, Serge Klarsfeld estime qu'environ 1 500 d'entre eux sont natifs d'Algérie. Français depuis près d'un siècle, les Juifs d'Algérie, par l'abrogation du décret Crémieux du 24 octobre 1870, se voyaient brutalement relégués collectivement, par la loi du 7 octobre 1940, à la condition de simples « sujets français ».
Les droits civils, le statut réel ainsi que le statut personnel des Juifs indigènes des départements de l'Algérie restent réglés par la loi française. Les droits politiques sont par contre alignés sur les mêmes textes régissant les droits des indigènes musulmans algériens. Les Juifs indigènes sont désormais qualifiés, comme l'indiquent les fiches d'internement ou encore les listes de déportation, de « sujets français », « Français d'origine » ou de « protégé français ».
La déportation des Juifs d'Algérie s'est effectuée à partir du territoire français métropolitain, avec également quelques cas individuels à partir du camp de Malines en Belgique. Aucune déportation n'a été opérée à partir du territoire algérien. Établis en France depuis plusieurs années, voire de décennies ou alors seulement de passage, les Juifs d'Algérie s'inscrivent dans le terrible bilan de la Shoah, des six millions de morts de la “Solution finale”.
Dans les listes figurant dans cette étude ne sont retenues que les personnes pour lesquelles un lieu de naissance est mentionné. De nombreux patronymes originaires d'Afrique du Nord ne possédant pas d'indications suffisantes n'ont pas été pris en compte. D'autre part n'y figurent que les natifs d'Algérie et non leurs enfants, qui bien souvent ont vu le jour en France métropolitaine, à l'instar de Camille Sayagh née le 7 juin 1914 à Oran (retenue) déportée le 7 octobre 1943 avec ses cinq enfants, tous nés à Paris : Reine 10 ans, Henri 8 ans, Claude 4 ans Georges 3 ans et Nicole 1 an (non retenus).
Des grandes métropoles aux confins des petites villes, chaque communauté juive d'Algérie ressent cruellement la perte de l'un des siens. Oran, avec près de 320 déportés, est la ville dont les originaires sont le plus nombreux. Suivent Alger avec près de 270 victimes, Constantine quelque 85, Tlemcen un peu plus de 70... Sur les 1 111 Juifs natifs d'Algérie recensés ayant été déportés, seuls 53, soit 4,7 % furent rescapés des camps d'extermination.
C'est à partir du convoi n° 35 du 21 septembre 1942, que la proportion des Juifs d'Algérie est importante : en effet, ce convoi se compose pour plus de la moitié, de Juifs français – 540 sur 1 007 déportés – parmi lesquels 50, originaires d'Algérie. Dans les convois précédents, bien que présents lors de la première déportation du 27 mars 1942, leur nombre se limite à quelques individus.
À Marseille, fin janvier 1943, au cours de l'« action Tiger », de nombreux Juifs sont arrêtés. Ceux-ci allaient constituer la grande majorité des déportés du convoi n° 52 – 780 sur 994 – partis le 23 mars 1943 vers Sobibór. La plupart d'entre eux – soit 571 déportés –, possédaient l'une des multiples formes juridiques de rattachement à la citoyenneté française : Français d'origine, Français par option, Français par mariage, Français naturalisé, Français par déclaration, protégé français, ou encore sujet français. Parmi les 212 déportés natifs d'Algérie, 198 étaient domiciliés ou réfugiés à Marseille. De ce convoi, aucun déporté ne survivait en 1945.
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Contributor : Jean Laloum <>
Submitted on : Tuesday, June 12, 2007 - 2:09:32 PM
Last modification on : Wednesday, July 17, 2019 - 2:37:53 AM

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  • HAL Id : halshs-00153968, version 1

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Jean Laloum. La déportation des Juifs natifs d'Algérie. Le Monde juif. Revue du Centre de documentation juive contemporaine., 1988, janvier-mars (129 (Nouvelle série)), pp.33-48. ⟨halshs-00153968⟩

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