Périurbanité et dynamiques intercommunales : l'agriculture entre sillons de dépendance et nouvelles priorités d'action publique

Résumé : Lorsque l'Association pour le Développement de l'Agriculture dans le Y Grenoblois (ADAYG) voit le jour, au milieu des années 1980, elle associe d'emblée des représentants de la profession agricole et des représentants politiques des structures intercommunales du secteur. Au principe d'association entre professionnels et politiques s'ajoute donc un principe de reconnaissance de l'échelle intercommunale comme échelle pertinente pour traiter les questions agricoles dans les zones urbaines et périurbaines. Dans la région grenobloise, agriculture périurbaine et intercommunalité apparaissent ainsi étroitement liées : pour les fondateurs des organisations de promotion de l'agriculture périurbaine, le cadre intercommunal semble relativement " naturel ". Dans un pays où la commune est le premier maillon de l'organisation politico-administrative locale et est souvent considérée comme la " cellule de base de la démocratie ", cette référence au niveau intercommunal dans les principes fondateurs de l'ADAYG pose question. Pourquoi cette échelle s'impose-t-elle à ceux qui entendent défendre l'agriculture dans la région urbaine grenobloise ? L'agriculture s'organise-t-elle, plus que d'autres domaines d'activité, à l'échelle intercommunale ? Est-elle plus facilement saisie par les " entrepreneurs intercommunaux " comme un champ d'intervention justifiant le passage à une nouvelle échelle d'action publique ? S'agit-il d'une spécificité grenobloise ? L'agriculture est-elle au final un facteur, ou un moteur, de développement de l'intercommunalité ? Pour répondre à ces questions, les développements qui suivent étudient le traitement politique de la question agricole dans la région urbaine grenobloise, traitement que nous comparerons en fin d'analyse à celui opéré dans la région de Valence, qui constitue l'autre terrain exploré. Cet article analyse donc les processus locaux de politisation de la question agricole, autrement dit la façon dont l'agriculture périurbaine est constituée en enjeu politique, en problème qui nécessite l'intervention d'une ou plusieurs autorités publiques. La façon dont l'ADAYG a lié agriculture périurbaine et intercommunalité amène à se demander en particulier pourquoi le niveau intercommunal s'impose comme niveau de prise en charge au cours de ce processus de politisation. La question se pose d'autant plus que dans les années 1980, l'intercommunalité ne fait pas encore l'objet d'une promotion à l'échelle nationale, comme ce sera le cas dans les années 1990 . L'analyse montre en fait que l'agriculture périurbaine a effectivement été présentée comme un enjeu imposant le dépassement des frontières communales mais qu'elle a aussi servi de ciment fédérateur pour des regroupements de communes ; l'agriculture périurbaine a ainsi alimenté les processus de construction intercommunale et elle apparaît comme un facteur de développement intercommunal (1). S'intéresser à la politisation d'une question, c'est aussi se demander quelle problématisation en est faite : comment le problème est-il présenté, quelles solutions sont avancées ? La deuxième étape de l'analyse consistera donc à regarder de plus près comment le saisissement de la question agricole par les structures intercommunales a orienté son mode de traitement ; nous verrons que cela a favorisé une certaine patrimonialisation de l'agriculture (2). Enfin, nous reviendrons sur ces deux résultats en confrontant les analyses tirées du cas grenoblois avec les tendances, radicalement différentes, observées sur les territoires drômois entourant les villes de Valence et de Romans. Cette approche comparée permet d'esquisser trois séries de montées en généralité. La première concerne la relation forte qui s'établit entre la focale d'observation adoptée par les experts et la nature des diagnostics proposés sur l'agriculture périurbaine. La seconde concerne les sillons de dépendance qui imprègnent chaque histoire professionnelle et administrative locale, et qui orientent la capacité au changement des élites et des institutions. La troisième enfin concerne le dialogue différencié qui s'instaure entre les habitants, les consommateurs d'espaces récréatifs et les élites politiques sur les deux territoires étudiés (3). Au final, ces trois angles de lecture permettent de faire l'hypothèse que c'est la combinaison entre l'échelle, le temps long et l'opinion qui dessine les priorités d'action publique sur la question de l'agriculture périurbaine. La décentralisation favorise, dans le domaine de l'agriculture et du développement local comme dans bien d'autres domaines, une démocratie qui se révèle différentielle au sens où la façon de concevoir la gestion de la cité est rythmée et conditionnée par les règles du jeu que chaque configuration territoriale adopte et légitime.
Mots-clés : ville agriculture
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Contributor : Alain Faure <>
Submitted on : Tuesday, November 30, 2010 - 11:14:28 AM
Last modification on : Tuesday, March 13, 2018 - 4:40:04 PM
Long-term archiving on : Tuesday, March 1, 2011 - 2:46:29 AM

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Anne-Cécile Douillet, Alain Faure. Périurbanité et dynamiques intercommunales : l'agriculture entre sillons de dépendance et nouvelles priorités d'action publique. Nathalie Bertrand. L'agriculture dans la ville éclatée, Laboratoire Développement durable et dynamique territoriale, pp.123-138, 2010. ⟨halshs-00541240⟩

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