La Chambre de commerce de Paris comme corps intermédiaire, des origines aux années 1880

Résumé : Bien que la notion de "corps intermédiaire" soit devenue tabou en France après la Révolution, qui avait officiellement proscrit toute expression organisée des intérêts particuliers, une observation attentive des sources du XIXe siècle montre que l'État n'a jamais su se passer de recueillir les vœux ou les informations détenues par les acteurs économiques et a dû pour cela trouver des procédures, bien avant la légalisation des syndicats. Les Chambres de commerce, et en particulier celle de Paris, ont joué un rôle discret mais crucial pour répondre à ce besoin de communication, voire de représentation.
La spécificité de la situation parisienne tient à ce que la Chambre de commerce de la capitale, comptant dans ses rangs, pendant ses premières décennies, les plus grands banquiers et même quelques économistes, s'est construite comme un conseiller de premier plan des pouvoirs publics en matière économique, comme une institution préoccupée de l'intérêt général de l'économie, plus que comme un corps intermédiaire. Ses membres ont longtemps refusé d'admettre qu'ils pouvaient aussi représenter les intérêts d'un lieu, Paris, ou ceux de tel ou tel secteur. En cohérence avec cette vision, ils ont pris très fortement position contre le rétablissement de toute forme de corporation lors des débats houleux sur cette question qui se sont multipliés jusqu'aux années 1820.
Mais l'institution a connu ensuite des tournants importants, liés à la fois aux changements politiques généraux et à l'élargissement de son électorat : on peut les situer autour de 1848 et autour de 1870. Dès les années 1840, en réalité, l'opinion dominante du moment est représentée au sein de la Chambre de commerce de Paris, qui commence à modérer quelque peu, en pratique, ses grands principes libéraux. Cette vulgate affirme qu'il faut faire quelque chose (sans que des projets précis soient bien définis, hors des groupes socialistes) pour organiser les professions – à la fois pour mieux les réglementer et pour leur donner une voix auprès de l'État. La Révolution de 1848 accélère ce mouvement ; elle paraît être à l'origine de la multiplication des chambres syndicales patronales, créées en marge de la légalité mais fort actives dans la capitale. Après le Tribunal de commerce, mais avant les autorités nationales, la Chambre de commerce s'intéresse à ces chambres syndicales, leur offre quelques sièges en son sein, puis se voit débordée par leur organisation interprofessionnelle, particulièrement précoce dans la capitale.
En effet, à la fin du Second Empire, l'union locale des chambres syndicales prend le contrôle de la désignation des candidats aux sièges consulaires – aussi bien à la Chambre qu'au Tribunal de commerce de Paris. Ce moment marque en réalité non un coup de force, mais le stade ultime d'une évolution de long terme. Désormais, il est possible de dire qu'un siège de la Chambre de commerce doit aller aux sucres ou aux fleurs artificielles, et non à M. X ou Y en vertu de ses seules compétences personnelles. La notion de représentativité, évidemment problématique lorsqu'il faut s'accorder sur des critères, est acquise et avec elle l'idée que la Chambre est non seulement un organe consultatif, d'étude, mais aussi – voire d'abord – le porte-parole de branches de l'économie. Ce rôle est d'autant plus prégnant à cette période que la création d'une organisation patronale nationale se fait attendre en France jusqu'à la Première Guerre mondiale, laissant aux Chambres de commerce et en particulier à celle de Paris une place importante parmi les corps intermédiaires, en tant que représentantes du "patronat" – notion qui n'a elle-même émergé qu'à l'issue de la Révolution de 1848.
Type de document :
Pré-publication, Document de travail
Ce texte doit normalement paraître un jour dans les actes du colloque organisé par la Chambre de .. 2003
Liste complète des métadonnées


https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00111053
Contributeur : Claire Lemercier <>
Soumis le : vendredi 3 novembre 2006 - 10:56:17
Dernière modification le : mercredi 28 septembre 2016 - 15:41:17
Document(s) archivé(s) le : mardi 6 avril 2010 - 21:27:01

Fichier

Identifiants

  • HAL Id : halshs-00111053, version 1

Collections

PSL

Citation

Claire Lemercier. La Chambre de commerce de Paris comme corps intermédiaire, des origines aux années 1880. Ce texte doit normalement paraître un jour dans les actes du colloque organisé par la Chambre de .. 2003. <halshs-00111053>

Partager

Métriques

Consultations de
la notice

174

Téléchargements du document

136