Le Grand-Duché de « Finlande » dans la première moitié du XIX e siècle : la genèse laborieuse d'une identité et d'un espace nationaux

Résumé : Il y a longtemps déjà que l'usage du terme de « nation » pose problème aux chercheurs en sciences humaines. Lucien Febvre, en son temps, avait déjà appelé à dépasser l'histoire des nations, source de malentendus parfois tragiques, pour aborder celle des civilisations, reliée à de plus vastes horizons et génératrice d'une meilleure compréhension entre les peuples 1. Plus tard, l'anthropologue britannique Ernest Gellner, inventeur malicieux des Ruritaniens, mit l'accent sur un fait essentiel : « c'est le nationalisme qui crée les nations et non l'inverse », et comme il lui arrive pour ce faire d'être « …créatif, imaginatif et très inventif », il suggéra à mots couverts de ne pas tomber dans les pièges qu'il pouvait nous tendre 2. De fait, comme l'écrivit le sociologue américain Benedict Andersson vers la même époque, les nations sont des « artefacts culturels d'un type bien particulier », « des communautés politiques imaginaires et imaginées comme intrinsèquement limitées et souveraines » 3. Nous partirons donc sans originalité de ces constats généraux. Mais d'autres éléments concrets nous incitent à la prudence. Eric Hobsbawm a ainsi montré qu'avant 1850 les intellectuels européens n'avaient pas une idée parfaitement claire de ce « concept historiquement très jeune ». Le dictionnaire allemand de Zeller confondait encore la nation avec le Volk ; les Américains utilisaient le mot avec la plus grande parcimonie, alors même que les révolutionnaires français, partisans de l'État-nation émanant de la volonté citoyenne, s'engluaient dans leurs contradictions lorsqu'ils prétendaient imposer l'uniformité linguistique, décision contradictoire avec les présupposés qui découlaient de leur principe initial 4. Il convient, en outre, de se rappeler que l'entité « finlandaise » née de la conquête de 1809 n'entrait pas dans les critères retenus par Frédéric List, pour définir une nation : « La nation normale possède une langue et une littérature, un territoire pourvu de nombreuses ressources, étendu, bien arrondi, une population considérable ; l'agriculture, l'industrie manufacturière, le commerce et la navigation y sont harmonieusement développés ; les arts et les sciences, les moyens d'instruction et la culture générale y sont à la hauteur de la production matérielle. La constitution politique, les lois et les institutions y
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Soumis le : jeudi 17 mars 2016 - 15:33:38
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Maurice Carrez. Le Grand-Duché de « Finlande » dans la première moitié du XIX e siècle : la genèse laborieuse d'une identité et d'un espace nationaux. Cultures communistes au vingtième siècle. Entre guerre et modernité, pp.15-30, 2003. 〈hal-01290092〉

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