Les procès de Ravensbrück : justice, témoignage ou connaissance ?

Cécile Vast 1
1 RESEA
LSH - Laboratoire des sciences historiques - UFC (EA 2273)
Résumé : « Sauce anglaise / un peu d’ail / hacher des fines herbes / râper une noix de coco / éplucher des amandes amères / napper le riz avec la sauce ». Les premières lettres de cette recette en acrostiche composée secrètement par Germaine Tillion à Ravensbrück forment le nom du chef du camp de concentration, Fritz Suhren. L’apparence anodine de ces gourmandises rêvées masque en réalité un plan de survie autrement plus subversif : documenter l’entreprise criminelle nazie pour la faire connaître et la juger. Dans la terreur du camp, de discrètes solidarités quotidiennes tentent de préserver la dignité des déportées ou de retarder les disparitions programmées. À côté d’actions plus abouties, comme les sabotages dans les kommandos d’armement, la volonté de décrypter et de comprendre les ressorts de cet « autre monde » (Germaine Tillion) témoigne aussi d’une forme singulière de résistance. Dès le camp, et au moment de la libération de Ravensbrück le 27 avril 1945, le projet documentaire sur l’univers concentrationnaire imprègne le sens que les rescapées donnent à leur témoignage. Trois dimensions indissociables s’y mêlent : la mémoire, comme fidélité aux morts ; la justice, pour établir les faits, les responsabilités et les réparations ; la connaissance pour analyser et comprendre. Les premiers résultats de l’enquête menée clandestinement dans le camp, et échappés des multiples fouilles, se prolongent en Suède avec le recueil des listes et des témoignages qui formeront l’ébauche du Livre Blanc voulu par Germaine Tillion. Ce travail opiniâtre de reconstitution de sources est d’autant plus essentiel que les SS de Ravensbrück ont pris soin de détruire les archives du camp. Dans les mois qui suivent les retours de déportation, il constitue la matrice d’une recherche collective aux multiples ramifications, dont les strates se superposent et se complètent jusqu’aux années 2000. Parmi d’autres éléments, la préparation, le suivi et la réception des divers procès consacrés à Ravensbrück contribuent à enrichir la réflexion sur l’appréhension du fonctionnement du camp. Restés dans l’ombre du grand procès de Nuremberg (20 novembre 1945 - 1er octobre 1946), les procès successifs du camp de Ravensbrück s’étendent de 1946 à 1950. Ils sont instruits par trois juridictions différentes, qui correspondent chacune à des zones d’occupation de l’Allemagne nazie vaincue : américaine pour le procès des médecins à Nuremberg (1946-1947), britannique pour le procès de Hambourg (1946-1947) et française pour le procès de Rastatt (1949-1950), ville située dans le Bade-Wurtemberg près de Francfort.
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Les armes de l'esprit. Germaine Tillion (1939-1954), Musée de la Résistance et de la Déportation - Citadelle de Besançon, 2015, 9782906778092
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Contributeur : Cécile Vast <>
Soumis le : mardi 21 juillet 2015 - 15:06:11
Dernière modification le : mercredi 22 juillet 2015 - 01:03:13
Document(s) archivé(s) le : jeudi 22 octobre 2015 - 10:12:56

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Cécile Vast. Les procès de Ravensbrück : justice, témoignage ou connaissance ?. Les armes de l'esprit. Germaine Tillion (1939-1954), Musée de la Résistance et de la Déportation - Citadelle de Besançon, 2015, 9782906778092. 〈hal-01178291〉

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