Les dynamiques périglaciaires actuelles dans un milieu de haute montagne atlantique : parcs nationaux du Oppland et du Sor-Trondelag, Norvège centrale

Riwan Kerguillec 1
1 LETG - Nantes - Littoral, Environnement, Télédétection, Géomatique
LETG - Littoral, Environnement, Télédétection, Géomatique
Résumé : Les massifs norvégiens du Dovrefjell et des Rondane appartiennent à la chaîne des Scandes et comptent parmi les plus hauts sommets scandinaves en raison de leurs altitudes voisines de 2 200 m. Leur faible distance à la mer justifie leur appartenance aux montagnes atlantiques de l’Europe du nord-ouest en même temps qu’ils sont positionnés aux avant-postes des domaines polaires : ces montagnes subissent donc, de fait, les effets combinés de la latitude, de l’altitude, de l’océanité et de la continentalité. Cette situation géographique particulière détermine un climat montagnard de transition entre le subpolaire océanique et le polaire continental, favorable à une fréquence élevée de cycles gel/dégel notamment aux saisons intermédiaires. Elle justifie par ailleurs le maintien d’un pergélisol sporadique à des altitudes relativement basses en raison de températures moyennes annuelles proches de 0°C dès 900-1 000 m. Ces paramètres climatiques s’exercent sur une structure éminemment révélatrice des processus périglaciaires. Parce qu’il est entièrement constitué de quartzites, le Dovre-Rondane appartient également aux montagnes quartzitiques de l’Europe du nord ouest et sa structure lithologique se montre par conséquent éminemment propice aux dynamiques cryogéniques. Unanimement reconnus pour être particulièrement aptes à fournir des débris en quantité abondante, les quartzites sont par ailleurs enrichis en feldspaths et produisent de ce fait des substrats argileux plus favorables que d’autres à enregistrer les effets du gel. Pour l’ensemble de ces raisons, les massifs du Dovre-Rondane comportent dès 900-950 m d’altitude l’un des étages périglaciaires fonctionnels le plus épais et le plus lisible d’Europe, d’autant que l’absence (Rondane) ou la minceur (Dovrefjell) de l’étage glacio-nival facilite son extension en altitude. Le premier objectif de cette thèse consiste à fournir des éléments de délimitation de cet étage en ayant prioritairement recours à l’observation des formes. Dans chaque massif, les recherches se sont d’abord attachées à déterminer l’altitude de la limite inférieure du périglaciaire en raison de sa signification éminemment géographique en tant que discontinuité majeure entre domaine tempéré et domaine froid. Identifiable dès 960 m au sud des Rondane à l’aide de formes périglaciaires élémentaires, cette limite s’abaisse progressivement à 900 m dans le Dovrefjell en raison des effets classiques de la zonalité. Par la suite, le classement des formes selon leur signification morphoclimatique a servi de base à la distinction de trois sous-étages à partir de cette limite fondamentale. En raison de l’aggravation des conditions climatiques avec l’altitude, ces trois sous-étages comportent des formes à chaque fois caractéristiques et plus élaborées. Des correspondances satisfaisantes ont en outre été établies entre l’étagement des formes et les autres étagements montagnards fondamentaux (étagement du pergélisol, étagements phytogéographiques). Des relevés ont également été effectués à la même latitude que le Dovre-Rondane mais sur les montagnes du littoral norvégien afin d’étudier la tendance régionale suivie par l’étage périglaciaire. Les observations rapportent son abaissement progressif vers l’ouest, cette tendance étant conforme à celle suivie par l’étage forestier mais contraire au relèvement de l’étage à pergélisol dans la même direction. À la lisibilité exceptionnelle des étagements périglaciaires du Dovre-Rondane s’ajoute leur sensibilité vis-à-vis des vicissitudes du climat. Le second objectif de cette thèse est de démontrer l’existence de dynamiques spatiales caractéristiques d’une mobilité de l’étage périglaciaire depuis la fin du Petit Age Glaciaire en Norvège centrale. Les relevés réalisés attestent cette mobilité, qui associe d’une part des dynamiques de reconquête actuelles sur les marges glaciaires et sur certains sites de névés, d’autre part des dynamiques de déprise actuellement à l’œuvre dans l’ensemble de l’étage périglaciaire fonctionnel. Les reconquêtes périglaciaires se produisent dans des contextes variés en même temps qu’elles impliquent des formes périglaciaires de catégories différentes. De ce fait, elles ont une durabilité inégale selon les conditions de site et selon le type de forme. Dans le même temps, les dynamiques de déprise se manifestent dès la limite inférieure de l’étage périglaciaire et sont particulièrement bien révélées par un certain nombre de formes élémentaires en raison de leur réactivité vis à vis des changements climatiques. Actuellement, ces dynamiques de déprise sont particulièrement efficaces au sein des étages de déprise critique (950 à 1 300 m) caractérisés par la fréquence des formes en voie d’abandon, en cours de destruction par le ruissellement ou simplement entretenues par des dynamiques cryonivales. Ces deux types de dynamiques sont antagonistes mais complémentaires en ce sens qu’elles aboutissent, depuis la fin du Petit Age Glaciaire, à une translation en altitude de l’étage périglaciaire comprise entre 100 et 250 m, ce que l’utilisation du calage chronologique fourni par les moraines de poussée ou l’évolution de l’altitude des isothermes caractéristiques sur cette chronoséquence permettent de démontrer. Les deux massifs montagneux bénéficiant du statut de parc national depuis plusieurs décennies, l’objectif final de cette thèse consiste à extraire de ces données de recherche fondamentale un lot d’informations de nature géomorphologique susceptible d’être transmis au public fréquentant ces structures par le biais d’une vulgarisation des reliefs. Il s’agit par conséquent d’un nouvel exemple de recherche appliquée en géomorphologie qui s’applique à des massifs où l’information de nature géomorphologique est pratiquement inexistante. Pour transmettre des informations de ce type à un public profane, la méthode de vulgarisation proposée s’appuie sur l’observation des formes et sur l’analyse de leur langage. Elle tient compte, par conséquent, des caractéristiques spécifiques des praticiens des parcs étant donné qu’il s’agit d’un public cultivé, familial, homogène, sportif et dont les pratiques, comme les préoccupations, sont essentiellement naturalistes. Cette méthode permet finalement de valoriser la géomorphologie et ses apports, en même temps que de participer à combler la lacune d’information précitée. 29 géomorphosites ou itinéraires ont été sélectionnés selon une méthode déductive. Les moyens de vulgarisation proposés consistent d’une part en 29 planches de vulgarisation, d’autre part en un fascicule de vulgarisation de 70 pages traitant de l’ensemble des aspects du relief du Dovre-Rondane.
Type de document :
Thèse
Géographie. Université de Nantes, 2013. Français
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Contributeur : Riwan Kerguillec <>
Soumis le : jeudi 5 mars 2015 - 18:04:42
Dernière modification le : mercredi 6 décembre 2017 - 15:55:00

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Riwan Kerguillec. Les dynamiques périglaciaires actuelles dans un milieu de haute montagne atlantique : parcs nationaux du Oppland et du Sor-Trondelag, Norvège centrale. Géographie. Université de Nantes, 2013. Français. 〈tel-01114222〉

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