Caciquismes, résistances, violences. Les pedranos et l'Etat mexicain dans le Chiapas postrévolutionnaire.

Résumé : Fondée sur l’étude d’un corpus riche composé de récits de vie, d’observations participantes réalisées entre 2003 et 2010, d’archives et de documents récoltés sur le terrain, cette thèse explore les rapports de pouvoir et les dominations multiples qui agitent la vie politique de la municipalité de San Pedro Chenalhó, située dans la région des hautes-terres du Chiapas, Mexique. Afin de rendre compte de plusieurs processus qui se croisent sur ce même territoire, la thèse prend appui sur un cadre théorique inspiré de Gramsci dans lequel s’encastrent des analyses empruntées à la sociologie des mouvements sociaux, l’anthropologie politique de l’État et des ONG, la médiation politique ainsi que la micro-histoire. L’étude en trois volets remonte aux années 1940 et s’achève en 2010, pour mener une topographie du pouvoir. Elle analyse la genèse et les transformations des rapports des pedranos à l’État mexicain et intègre les jeux d'échelle du local au global, par le biais de portraits de leaders politiques et religieux, locaux et régionaux. La crise politique et économique que connaît le Chiapas au tournant des années 1990 s’est exprimée à Chenalhó par un double phénomène d’autonomisation du politique et de la justice : la rébellion des pedranos contre des caciques culturels entraîna d’abord la création d’une municipalité autonome zapatiste à Polhó en 1996 (analysée depuis la vie quotidienne et articulée à la mise en scène de l’organisation zapatiste) et engendra ensuite la formation d’un groupe d’autodéfense dans l’ejido de Los Chorros en 1997. La réactivation d’anciens antagonismes politiques, religieux ou familiaux entraîna des violences en cascade tout au long de l’année 1997. L’analyse détaillée des assassinats et du massacre d’Acteal atteste d’une combinaison d’un « art de la guerre » des pedranos (rumeurs, accusations de sorcellerie, privatisation des espaces communautaires, armement de civils, déguisements en uniformes militaires) et d’un rituel sacrificiel de l’État mexicain visant à réinstaurer un ordre profondément menacé. Puis la thèse se concentre sur le massacre d'Acteal (22 décembre 1997) qui eut un retentissement international, déclencha une « affaire » en deux temps : d'abord en 1998 puis en 2007, autour de controverses interprétatives (conflit intercommunautaire/guerre de basse intensité, massacre/bataille). Il généra des mobilisations des victimes et entraîna l'arrivée au Chiapas de l'aide humanitaire et de nombreuses ONG. Enfin, les dispositifs de réconciliation « par le bas » mis en œuvre par la « société civile » illustrent la manière dont le passé est approprié par les pedranos et servent de moteurs à de nouvelles actions collectives par des acteurs politiques et religieux qui s’emparent a posteriori de telles ruptures historique, morale et symbolique. Cette thèse tente ainsi de saisir quelques-uns des enjeux du Mexique contemporain, notamment la violence politique constitutive d’un Centaure mexicain moderne traversé par des crises récurrentes.
Type de document :
Thèse
Anthropologie sociale et ethnologie. Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), 2014. Français
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Contributeur : Sabrina Melenotte <>
Soumis le : mardi 23 juin 2015 - 12:59:53
Dernière modification le : jeudi 29 septembre 2016 - 01:21:02
Document(s) archivé(s) le : mardi 15 septembre 2015 - 21:45:59

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Sabrina Melenotte. Caciquismes, résistances, violences. Les pedranos et l'Etat mexicain dans le Chiapas postrévolutionnaire.. Anthropologie sociale et ethnologie. Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), 2014. Français. <tel-01166862>

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