Des Semences en partage : construction sociale et identitaire d'un collectif "paysan" autour de pratiques semencières alternatives.

Résumé : Cet article se penche sur une dynamique portée par des producteurs en France, qui cherchent à réhabiliter la sélection à la ferme à partir de variétés anciennes. Notre travail vise à analyser les éléments qui soudent la communauté de pratiques constituée autour des dénommées " semences paysannes ". Dans un premier temps, nous rendons compte des ressorts matériels et idéels qui poussent des producteurs de blé à se lancer dans la recherche de variétés anciennes et dans le réapprentissage de techniques de sélection. Pour ces agriculteurs alternatifs cultivant le plus souvent sous le label Agriculture Biologique, les variétés anciennes offrent d'abord des possibilités techniques (une meilleure adaptation à leurs conditions de production). Elles représentent aussi un levier politique (reconquérir une autonomie par rapport à l'industrie semencière) et un positionnement ontologique (construire une relation de compagnonnage avec les plantes). À partir de la création du Réseau Semences Paysannes en 2003, qui met en relation ces personnes jusqu'alors isolées, les semences deviennent aussi les vecteurs d'un réseau de sociabilités privilégiées. De l'étude du réseau de circulation des semences ressort un fort rejet de la centralisation de l'activité de sélection : " la semence, ça regarde tout le monde ". Dans le même temps, l'économie morale des échanges de semences révèle que tout le monde ne peut pas rentrer dans ce collectif : les nouveaux entrants sont sélectionnés sur leur capacité à se mettre à l'écoute de ces variétés, dans un renversement des épreuves où l'humain est testé par la plante, et non pas l'inverse. En tant qu'objet qui circule et évolue de ferme en ferme, les semences constituent un objet intermédiaire, qui à la fois coordonne l'action collective et incarne les résultats de cette action. Parce qu'elles portent l'empreinte de ceux qui les ont travaillées, ces semences contribuent à resserrer le réseau, en l'inscrivant dans un tissu sans couture mêlant intimement les histoires des hommes et des blés. La pratique commune de la sélection à la ferme, matérialisée par la circulation physique des semences paysannes, constitue un acte performatif par lequel ces producteurs éprouvent le sentiment d'appartenir à un monde " paysan " construit en rupture avec la figure moderne de l'exploitant agricole.
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Techniques et culture, Éditions de la Maison des sciences de l'homme 2011, 57 (2011/2), pp.202-221
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Contributeur : Elise Demeulenaere <>
Soumis le : mardi 4 juin 2013 - 07:00:10
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Elise Demeulenaere, Christophe Bonneuil. Des Semences en partage : construction sociale et identitaire d'un collectif "paysan" autour de pratiques semencières alternatives.. Techniques et culture, Éditions de la Maison des sciences de l'homme 2011, 57 (2011/2), pp.202-221. 〈hal-00704163〉

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