| Le cadre dans lequel s'est déroulée la longue existence de l'abbesse bénédictine rhénane Hildegarde de Bingen (1098-1179) a sans doute été propice à son étude de la Nature, notamment le cloître où elle vécut ses trente dernières années : à la fin des années 1140, Hildegarde quitta en effet l'oasis du Disibodenberg, son monastère d'origine, pour fonder un autre cloître, peu éloigné, mais au beau milieu d'une nature encore inculte et sauvage, et son installation au Rupertsberg coïncida avec le début de ses travaux de science naturelle qui, d'après ses dires, l'occupèrent pendant huit ans, de 1150 à 1158 environ. La flore et la faune rhénanes sont donc bien représentées dans l'encyclopédie naturelle de Hildegarde, qui ne s'en tient toutefois pas à l'environnement local : connue sous les noms de Liber subtilitatum diversarum naturarum creaturarum et de Physica , cette œuvre consacre quatre de ses neuf livres à la description et au recensement du monde animal en général. Ces quatre livres reflètent une catégorisation, et leur économie interne obéit à des principes que, faute d'indications explicites de la part de l'auteur, nous tâchons ici de mettre en lumière. Quelle place est notamment dévolue au monde des animaux domestiques dans cet ordonnancement, si tant est que les espèces domestiquées puissent y être considérées comme un tout? Et les divisions introduites par les livres zoologiques rendent-elles vraiment compte de la profusion du vivant et de l'unité de la Création dans laquelle l'homme aussi doit avoir sa place? |