| En 1787, le projet de Constitution Fédérale que Madison transmet à Jefferson comporte une lacune étrange : elle n'est pas précédée d'une " Déclaration des Droits. Ceci apparaît d'autant plus paradoxal que c'est Madison, que les historiens qualifient de libéral, qui refuse une Déclaration des droits, alors que le démocrate Jefferson défend jalousement les libertés des citoyens. Or Madison défend aussi la liberté, mais dans une nouvelle conception de la république : pour lui, lorsque le peuple est non seulement gouverné, mais aussi gouvernant, les libertés et droits à défendre ne sont plus ceux du peuple, mais ceux " des minorités et des individus ", en l'occurrence les propriétaires, contre les abus d'un pouvoir qui est maintenant celui des majorités gouvernantes. Mais ici le désaccord devient fondamental, et Jefferson et Madison développent alors deux conceptions opposées de la république : pour Jefferson la loi de la majorité est une loi naturelle de la république et la propriété une commodité municipale sur laquelle la discussion publique peut et doit porter ; alors que pour Madison, inversement, la propriété est un droit naturel, hors de toute atteinte légitime de la part du pouvoir politique, et d'autre part c'est le vote majoritaire qui n'est qu'une disposition juridique relative, et qui doit être désamorcée dans sa dangerosité. Cependant, le quiproquo de 1789, lorsqu'est adjointe une Déclaration des Droits à la Constitution Fédérale, fait place à une synthèse, lorsque Jefferson et Madison fondent en 1791 le Parti Républicain-Démocrate : ils élaborent alors un programme d'orientation " démocratique " de la société par le politique, programme qui est essentiellement un programme de maintien d'une petite propriété indépendante. Car la république ne peut se maintenir que si elle administre une société " démocratique " - sinon elle n'est que le masque de l'oligarchie. |