| "L'apposition est ici étudiée dans sa dimension textuelle et dans les rapports qu'elle entretient avec le récit et la mise en intrigue dans la nouvelle La mendiante de Locarno de Kleist. La brièveté de ce texte ( 962 mots) autant que l'exemplarité de son schéma narratif fournissent un cadre privilégié à l'analyse textuelle du détachement appositif. Avec Kleist, le lecteur est confronté à une syntaxe syncopée et morcelée qui multiplie les constructions détachées, parmi lesquelles l'apposition joue un rôle de tout premier plan. Les frontières mouvantes de l'apposition avec la segmentation, le choix de la discontinuité entre l'apport et le support nourrissent une ambiguïté qui est caractéristique des récits kleistiens. Ainsi, s'agissant des personnages, réputés pour leur ambivalence, on constate que Kleist n'emploie jamais d'épithètes pour les désigner mais choisit toujours entre les relatives appositives et les adjectifs apposés. Les deux constructions ont en commun de conserver au personnage sa "liberté" (Bakthine), les relatives assumant une fonction de cadrage (exposition et clôture) dans le récit, alors que les adjectifs détachés sont investis d'une fonction évaluative" |