| Cet article porte sur la (ré)écriture de l'histoire des Kirant du Népal oriental, à partir de livres, feuillets, articles qui sont localement produits et largement diffusés. Les acteurs de cette production récente de nouvelles histoires sont, ce que j'appelle des intellectuels « indigénistes », c'est-à-dire des représentants de l'ensemble kirant, appartenant à une classe moyenne urbanisée et éduquée, et qui ont adopté un style académique afin de poser leur historiographie comme scientifique, et par là vraie. Ces nouvelles formes de production de l'histoire se présentent comme des alternatives aux versions nationales standard, conçues par les indigénistes comme fausses et biaisées en faveur des Indo-népalais des hautes castes. Alors que jusque là, les Kirant étaient communément perçus comme des groupes tribaux placés, depuis deux cents ans, dans l'orbite de la civilisation par la royauté hindoue, les indigénistes kirant renversent ce mouvement. Ils affirment notamment qu'autrefois, en des temps anciens, les Kirant avaient bâti une civilisation brillante, qui fut détruite par l'expansion militaire des Indo-népalais. On voit comment ce passé réinventé, légitime pour eux la revendication de cette nation perdue dont ils auraient dû hériter. Ces débats sur l'histoire sont accompagnés par une « revitalisation » ou ré-invention des traditions rituelles Il apparaît alors qu'à travers ces discussions sur l'histoire, s'immiscent aussi des actes plus vindicatifs, comme la défense des droits culturels, politiques, économiques et fonciers. |