| Dans les premières années qui ont suivi l'indépendance de la Tunisie, l'Université s'est trouvée dans une position particulière, à la fois au cœur du projet politique et dans une sorte d'espace à part, ne paraissant pas obéir exactement aux mêmes règles que celles s'appliquant au reste du tissu social tunisien. Ce statut d'extra-socialité lui a dans un premier temps valu d'être placée « en amont » de la société toute entière, avec la mission de créer les cadres de la Nation. Progressivement, elle a également assumé le rôle d'espace politique de substitution permettant l'expression et la confrontation de courants et de sensibilités politiques interdits ou très fortement contrôlés en dehors de l'espace des campus. A partir des années 1990, cependant, ce statut d'exception s'est peu à peu transformé, l'université tunisienne s'est effectivement « banalisée » par rapport au reste de la société et elle semble aujourd'hui soumise aux grandes tendances actuellement à l'œuvre dans la société tunisienne : l'accélération de la transition vers une économie libérale d'une part, le contrôle politique croissant d'autre part aboutissant à une dépolitisation de la société. |