| A Saragosse, les jurados et les procureurs développent tout un arsenal législatif et rhétorique pour endiguer les troubles de l'ordre public causés par des maris qui maltraitent leurs épouses sans raison, ou qui préfèrent la vengeance au juge pour les punir en cas d'adultère. Exil et séparation sont les réponses proposées ou essayées contre ces deux catégories de maris, auteurs réels d'une violence parfois objet de symbolisation. Le conflit conjugal conduit ainsi à une fragilisation du pouvoir marital par l'irruption de la justice publique au sein du couple. Cette fragilisation naît d'une forme de contestation de l'arbitraire dont jouissent les maris, contestation qui dans son énoncé n'est pas neuve pour le XV siècle puisqu'elle rejoint la critique, sur le plan politique, de celui qui ne gouverne pas bien, tel le tyran. Toutefois, il n'est pas certain que ces maris se laissent faire (bannis ou séparés), ou qu'ils soient les perdants de cette relation d'affrontement horizontal (entre conjoints légitimes) et vertical (entre maris et officiers publics) |