| Dès le XVe siècle, les quarantaines ont été fondatrices, en Europe, d'une gestion collective de la maladie. À partir de la seconde moitié du XIXe siècle, le dispositif quarantenaire, désormais jugé obsolète et pénalisant pour la navigation commerciale, mais qui était demeuré jusqu'alors dans des cadres nationaux, est construit en enjeu international. Les travaux d'une série de conférences sanitaires internationales aboutissent à son transfert sur la rive sud de la Méditerranée. Le nouveau dispositif s'adresse en priorité aux pèlerins de La Mecque, jugés depuis la pandémie de choléra de 1865 comme le groupe le plus apte à diffuser la maladie. Au cours de leur voyage sacré, les pèlerins sont donc immobilisés, pour un temps plus ou moins long en fonction de l'état sanitaire du Hedjaz, dans deux gigantesques lazarets établis à l'entrée et à la sortie de la mer Rouge. Ils y sont soumis à des mesures sanitaires qui, en dépit de leur caractère coercitif, les place en présence de la médecine moderne, encore peu répandue dans leurs pays d'origine. Ce n'est d'ailleurs pas contre les actes médicaux que s'expriment les résistances, mais contre le principe même de l'enfermement, les dysfonctionnements et le manque de respect à l'égard des individus. |