| On considère souvent que les actions de Jean XXII marquent un tournant dans l'affirmation de l'autorité papale. Jamais auparavant, un souverain pontife n'avait exercé personnellement un tel contrôle doctrinal, jusque dans le champ de la production du savoir universitaire. On peut cependant suggérer que le tournant eut lieu un peu plus tôt. Dès les premières décennies du XIVe siècle, les théologiens prirent l'habitude de soumettre leurs œuvres au jugement du Saint Siège. Ces mesures de précautions paraissent répandues dès les années 1310. Il remarquable que les experts sollicités pour intervenir dans les procès doctrinaux se soient eux-mêmes exprimés de la même façon. Ce tournant peut être décrit comme une criminalisation de la pensée : dès lors, les intellectuels devenaient passibles de sanctions pénales du fait de leurs opinions. Un traité récemment identifié, le Sexdequiloquium, montre qu'en 1352, le franciscain Jean de Roquetaillade, emprisonné à Avignon, fut contraint de s'expliquer face aux critiques que François de Meyronnes avait exprimées contre la Lectura super Apocalipsim de Pierre de Jean Olivi. En l'absence du décret de condamnation émis par Jean XXII, qui était visiblement perdu, Roquetaillade parvient à défendre des positions identiques à celles d'Olivi, tout en abandonnant certaines de ses formulations les plus imprudentes. Sa profession de foi finale, dans laquelle il rétracte tout ce qu'il aurait pu dire ou pourra dire contre tout décret papal, passé, perdu ou futur, exprime bien le caractère provisoire de l'argumentation théologique au XIVe siècle, dont les déductions n'obtiennent une valeur de vérité que lorsqu'elles sont confirmées par l'autorité dogmatique. |