| La crise de la (petite) noblesse de la fin du Moyen Âge n'est pas le moindre des lieux communs de l'historiographie allemande – et européenne. Mais cette conception ne tient compte ni des divers contre-exemples qui la remettent en cause, ni des apories du modèle historique de la crise agraire, ni enfin du flou de l'usage des notions de « crise » comme de « noblesse ». C'est pourquoi il apparaît indispensable de réexaminer de près tous les phénomènes déjà connus mais superficiellement décrits, et d'en prendre d'autres en compte qui ont été jusqu'alors négligés. Après avoir rejeté de ce fait les méthodes de « démonstration » empirique et impressionniste et relativisé les effets de la prétendue crise agraire de la fin du Moyen Âge, cet article s'attache à mettre en valeur les liens étroits entre la constitution princière de l'État et la restructuration interne de la noblesse (p. ex. la « sémiotisation » de l'appartenance à la noblesse), en tenant compte des différences de rythme d'une région à l'autre en fonction de leur développement sociopolitique. Dans cette perspective, c'est bien plus d'un changement social (« mutation ») qu'il convient de parler pour la fin du Moyen Âge, dont la restructuration de la noblesse n'a été qu'un élément et que la notion de « crise », telle qu'elle est employée de nos jours, de permet pas d'appréhender convenablement. |