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Monstres, humanité et sacrements dans la pensée médiévale, Paris : France (2005)
L'humanité des monstres et leur accès aux sacrements dans la pensée médiévale
Maaike Van Der Lugt 1
(2008)

Cet article examine les opinions des savants médiévaux sur l'appartenance à l'espèce humaine et l'accès aux sacrements des monstres : tant certaines « races monstrueuses » aux confins du monde connu, que les naissances prodigieuses individuelles. L'article montre qu'il n'existe pas de discours unifié à leur sujet au Moyen Âge. Pour les races monstrueuses, Augustin, qui accorde peu d'importance à l'apparence physique et tend à inclure les races monstrueuses dans sa vision universaliste de l'humanité, constitue une référence incontournable. Cependant, à partir du XIIIe siècle, l'idée d'un nécessaire accord entre corps et âme rend sa position moins facile à défendre, tandis que la prise en compte d'autres critères (comportement social et religieux, capacités linguistiques), conduit à l'exclusion des pygmées de l'espèce humaine. En revanche, en droit canon et en théologie, l'humanité des monstres nés de parents humains semble plus ou moins aller de soi. La question de leur baptême ne se pose que pour les jumeaux siamois et il s'agit alors non pas de savoir si, mais comme combien de personnes il faut les baptiser. C'est paradoxalement en droit civil que l'on trouve, à partir du XIVe siècle, l'idée que les enfants qui n'ont pas d'apparence humaine ne doivent pas être baptisés. Dans la ligne du droit romain classique, la forme, et non l'âme, y constitue le critère décisif d'humanité. Ce principe s'accompagne de l'idée que certaines naissances monstrueuses sont dues à des rapports bestiaux, croyance que les médecins et philosophes médiévaux ont cependant le plus souvent réfutée. À l'Époque moderne, le droit canon finira toutefois par assimiler la position civiliste. En ce qui concerne l'hermaphrodite, les savants médiévaux admettent parfois l'existence d'un intermédiaire parfait entre l'homme et la femme, mais soutiennent plus souvent qu'un des deux sexes domine forcément. Il est intéressant de remarquer que les critères de classification sont aussi souvent sociaux qu'anatomiques. Considérant l'hermaphrodite parfait comme une personne empêchée, l'Église médiévale autorise le mariage des hermaphrodites à dominance masculine ou féminine, interdisant toutefois strictement l'alternance des rôles sexuels, qu'elle reproche à l'homosexuel auquel l'hermaphrodite est souvent associé. L'ordination est plus épineuse, car l'Église exclut les femmes. Selon certains canonistes, seuls les hermaphrodites « mâles » peuvent être ordonnés, alors que d'autres excluent tous les hermaphrodites pour cause d'irrégularité de la personne. L'article se termine par une réflexion sur l'importance relative des débats médiévaux sur le monstre, en signalant, entre autre, que la plus grande richesse des discussions sur l'hermaphrodite dans le droit musulman médiéval semble correspondre à l'importance plus grande de la différence des sexes dans les sociétés du Moyen Orient.
1 :  Groupe d'anthropologie scolastique/Equipe CRH (GAS-CRH)
École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) – CNRS : UMR8558
Sciences de l'Homme et Société/Histoire
monstres – jumeaux siamois – hermaphrodites – sacrements – baptême – mariage – ordination – droit canon – droit civil – humanité – irrégularité
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