| L'indépendance de la République de Macédoine en 1991 a provoqué des réactions vives de la part d'un pays voisin, la Grèce, qui a refusé de reconnaître ce nouvel état en prétendant que son nom et ses symboles nationaux appartiennent exclusivement à l'héritage de la culture hellénique. De l'hystérie collective du début des années 90, jusqu'à son oubli médiatique des ces dernières années, “l'affaire macédonienne” a laissée des traces visibles sur la mémoire collective et les représentations de l'identité nationale grecque. Dans le cadre de cet article, nous nous focalisons sur l'importance capitale des noms dans ce qu'ils véhiculent de symbolique, d'identitaire et de menaçant pour les groupes nationaux. Le sentiment collectif d'une mise en cause identitaire représentée par le partage d'un même nom est mis en lumière de manière flagrante dans l'effort des Grecs de refuser de reconnaître une dénomination nationale trop chargée historiquement, celle de “Macédoine”, et de persister à en utiliser une autre, celle de “Skopje”. Ainsi, toute ressemblance sémantique, phonétique, historique et identitaire entre les deux régions, pays, peuples est éliminée. Derrière les noms propres se cachent des significations, des usages spécifiques dans le langage, et des représentations sociales. Nous examinerons l'apport des travaux des sociolinguistes et des philosophes de l'esprit autour de la dimension sociale de la dénomination et nous illustrerons à l'aide de résultats empiriques son rôle capital dans l'élaboration d'une réalité commune, afin de voir comment on peut mieux appréhender en psychologie sociale la nature complexe des relations intergroupes. |