| Le présent n'existe pas. Pourtant nous le vivons au jour le jour, entre un passé révolu mais gardé en mémoire et un futur déjà projeté sinon réalisé. Pour l'homme industrieux, copier un modèle s'apparente au passé qui demeure alors présent, tandis qu'inventer consiste à créer un prototype qui, comme son nom l'indique, appartient, bien que déjà là, à l'avenir incertain. Seuls les mots sont porteurs du temps, et ceux d'aujourd'hui témoignent bien du présent. Jadis il y avait des villes et des citadins qui flânaient parfois dans les jardins publics. Désormais hommes, villes et parcs sont qualifiés d'urbains, deux syllabes aussi rudes que béton et bunker. L'urbain sera-t-il indestructible ? Au mot urbanisme, cette « science de l'urbanité», l'usage vulgaire substitue souvent urbanisation, qui martèle à nos oreilles « la concentration croissante des populations dans les agglomérations urbaines », tandis que espace vert s'efface un peu, trop vague et terne pelouse qui a sévi dans les banlieues, au profil de jardin, planté, rythmé, et miniaturisé. |